Catégorie: Dégustations

Dégustations

Boire du porto en 2016

Porto-Cruz-Rouge-ambiance-bouteille

La diversité de la gamme des portos permet tous les plaisirs, encore faut-il la connaître.

Parce que boire du porto, c’est comme boire du vin rouge : ça manque un peu de précision dans l’évocation du moment, des circonstances et de la nature véritable du breuvage. Or, comme avait pu le laisser penser Descartes, le bon sens et le porto sont les choses du monde les mieux partagées. Mais il ajoutait afin d’expliquer l’ironie de son propos « car chacun pense en être si bien pourvu que ceux-mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont ». L’arnaque est dans l’emploi du mot « mieux » alors que l’on devrait entendre la chose la « plus partagée ».

Voyons voir ça de près…

En effet, le porto est très partagé dans le monde entier mais de façon très inégale et pas vraiment à l’avantage des consommateurs français !
Ainsi, quand les Anglais boivent un porto après leurs repas festifs, il s’agit d’un vintage qui représente l’aristocratie des portos.
En revanche, nos habitudes d’achat nous conduisent plutôt à, invariablement, choisir les entrées de gammes dans le bas des linéaires de la grande distribution.
Leur service à température ambiante du placard à alcools n’améliore en rien la cérémonie de l’apéro, pas plus que les Tuc® ramollis.

Alors, n’hésitons pas aujourd’hui à remplacer ces mauvaises habitudes : soyons fous, ajoutons des glaçons et une rondelle d’agrume ! Les caouètes seront plus guillerettes, les olives moins fautives, le sauciflard plus flambard et les chips… toujours aussi grasses !
Après tout, nos parents (surtout grands et arrière-grands) trouvaient du dernier chic de siroter des fines à l’eau.
À l’époque du spritz triomphant qui bouscule la hiérarchie de nos access prime time, anisés et rosés, pourquoi pas le « porto piscine » ?
Mais seulement avec des ruby ou tawny sinon il y aurait sacrilège !

Patrick de Mari

 

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Le bien nommé « Bien Luné »

Voilà un vin que j’aime !
Hier encore, je ne le connaissais pas !
Le domaine oui, qui produit de très jolis vins. Et puis, vous commencez à le savoir si vous êtes abonné et que vous lisez avec un peu d’assiduité gretagarbure.com, j’aime l’appellation Costières de Nîmes. Si je pouvais boire ces vins toute la journée, je le ferais volontiers. D’ailleurs, le jour viendra où je vous parlerai plus longuement et plus précisément de mes chères costières.
Aujourd’hui, l’urgence c’est de vous convaincre que cette bouteille contient votre vin de l’été, le « must » comme a dit Jacques Cartier… l’autre, en découvrant le Saint-Laurent… l’autre !

« Bien Luné » © Greta Garbure

« Bien Luné » © Greta Garbure

Une robe sombre, profonde.
Un fruité qui excite les papilles, sans sucrosité grenadinesque.
De la violette, pas seulement décorative.
Dix minutes dans un seau avec de l’eau et des glaçons, de façon à pouvoir l’attaquer entre 12 et 14° : ne lui laissez pas le temps de monter en température.
C’est un vin intense qui procure une émotion pure.
Il m’évoque la rose blanche un peu fanée, comme la dernière fois que j’ai embrassé (sur la joue) une vieille anglaise poudrée…
La texture soyeuse se laisse aborder en souplesse. De la fraîcheur, une gourmandise simple, nette, épicée.
En bouche, on ressent une soupe de fruits rouges glacée, finement poivrée. Un vin pétaradant (des thioles ?) qui peut apporter de la bonne humeur si l’on n’y fait pas attention !
Pas de surmaturité, pas confituré pour deux sous, c’est vraiment un vin de soif, un vin de jouissance immédiate peut-être même trop précoce !
Alors, prévoir de la quantité : ce serait ballot de se retrouver sur les graviers à pisser de la poussière !
Buvez ce vin pour lui-même, il en est digne !

Patrick de Mari

PS : Qu’il ne s’accorde pas idéalement avec la planche de cochonnailles n’est pas très grave car je n’apprécie que modérément la sensation métallique que donnent certains vins rouges au contact des saucisses sèches et saucissons censément apéritifs. En fait, rien de tel qu’un coup de blanc pour ouvrir les shakras et le reste !

Terre des chardons, cuvée « Bien Luné » 2015 – en biodynamie.
AOC costières de Nîmes.
80% grenache, 20% syrah
Vente directe à la propriété.
Tél : 04 66 70 02 51
www/terredeschardons.fr
Prix caveau : 9,50 €, en magnum 20 €.

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Les terrasses du Larzac

Récente Appellation d’Origine Contrôlée (2014 : raison pour laquelle la mention n’apparaît pas sur les anciennes bouteilles), « les Terrasses du Larzac » possède des sous-sols et des micro-climats qui offrent aux vignerons courageux des possibilités infinies. Les cinq principaux cépages — grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, carignan — s’y épanouissent pour le plus grand bonheur des amateurs de très jolis vins rouges. Toutes ces influences concourent à la réussite de cuvées parmi les plus importantes du Languedoc.

Cette partie de piémont du plateau du Larzac est à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Montpellier et à peu près autant au nord de Béziers. L’altitude des vignes et leurs diverses orientations sont les garantes d’une fraîcheur caractéristique et d’un fruité particulièrement séduisant.

Quelques belles propriétés sont tenues par des artistes-artisans dont vous devez absolument déguster les vins, de leurs entrées de gammes jusqu’à leurs plus belles bouteilles selon vos goûts et vos moyens. Vous pouvez les acheter les yeux fermés. Faites l’effort, allez sur leurs sites, prenez des rendez-vous, vous remercierez Greta Garbure.

Domaine de la Seranne © Greta Garbure

Domaine de la Seranne © Greta Garbure

— Mas de la Seranne,
— Mas Jullien,
— Domaine Virgile Joly,
— Mas de l’Écriture,
— Mas Cal Demoura,
— Domaine de Montcalmès,
— Château la Sauvageonne,
— Domaine la Terrasse d’Élise.

Domaine Virgile Joly © Greta Garbure

Domaine Virgile Joly © Greta Garbure


Patrick de Mari

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Ah le picpoul !

La liste des privilèges liés à un statut de journaliste ou de blogueur serait trop longue et surtout mettrait en lumière les petits bonheurs « exhorbitants du droit commun » qui nous sont parfois offerts. Pour autant, nous n’en sommes pas aux prébendes, à la prévarication et Greta Garbure n’est pas à vendre !
Invité durant quatre jours par le Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc à goûter des vins nouveaux, à confirmer d’anciennes réputations, à échanger des propos chaleureux ou aigre-doux avec des responsables politiques, syndicaux et des vignerons, c’est pour moi la récompense suprême avant et après des heures d’écriture solitaire. Les tentatives de mondanités creuses sont immédiatement sanctionnées : même les scribouillards de la vinasse que nous sommes ont des sursauts de perspicacité et discernent aisément les promotions sans objet et les moments de sincérité qui font les dégustations heureuses.
Ici, nous écrivons pour vous, les consommateurs, les buveurs avec ou sans soif, vous qui souhaitez vous faire des plaisirs sains et propres. Alors, profitez de ces quelques conseils gratuits et désintéressés car nous ne proposons rien d’autre que nos convictions.

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Aujourd’hui une appellation m’a sauté aux papilles dans sa globalité, avec ses qualités foncières évidentes. Sur les plateaux de fruits de mer et d’huîtres, vous connaissez par cœur (j’espère !) la relation intime qu’entretiennent les mansengs des jurançons secs, le colombard des côtes de Gascogne, les petits chablis et sylvaners de bistrot. Où que vous soyez, ne boudez jamais ces nouveaux vins de Picpoul de Pinet. Mieux, réclamez-les ! L’appellation a pris conscience du ghetto dans lequel elle risquait de se laisser enfermer, à l’instar des muscadets de base, et ses tentatives de produire d’excellents vins blancs de gastronomie portent désormais leurs fruits, c’est le cas de le dire. Leurs caractéristiques d’aujourd’hui les rendent aimables bien au-delà du bassin de Thau et sur bien d’autres gourmandises que les huîtres roses de Tarbouriech ! Fleurs et pamplemousse complètent souvent l’iode et une acidité raisonnable pour rendre ces belles bouteilles gracieuses sur tous les plats de poissons et de légumes d’été.

Huîtres de Tarbouriech et picpoul de Pinet © Greta Garbure

Huîtres de Tarbouriech et picpoul de Pinet © Greta Garbure

Pour l’anecdote, le joyeux fêlé Jeff Carrel propose également un délicieux picpoul noir, salivant sur sa jeunesse, simplement bon à boire par litres entre amis.

Buvez du picpoul et ce sera un grand pas pour l’humanité !

Patrick de Mari

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Balades bordelaises

Loin de toute tentation de « Bordeaux bashing », tout près au contraire de relations de bon voisinage aquitain, je dois vous rendre compte de deux récentes manifestations, différentes dans leurs organisations mais comparables dans l’esprit.
Enfin, quand je dis « je dois », c’est en fait un plaisir et aussi ma réponse aux personnes qui m’y ont convié. Et puis, c’est l’occasion de faire un point personnel sur ces vins que j’aime tant… et les autres.

Au château Bellefont Belcier, pas très loin du village de Saint-Émilion, le Grand Cercle des Vins de Bordeaux avait mis sur pied pour la presse un tasting du millésime 2011. Pas loin de 220 bouteilles étaient proposées à la dégustation, présentées par leurs propriétaires, directeurs ou maîtres de chais.

Grand vin de Reignac © Greta Garbure

Grand vin de Reignac © Greta Garbure

J’entends dire par-ci par-là que le handicap principal des 2011 est d’arriver après les deux très beaux voire exceptionnels millésimes 2009 et surtout 2010. Alors, aux propriétaires qui ne baissent pas les prix quand la qualité de leurs vins est moindre, pour des raisons qui leur appartiennent, je souhaite bonne chance ! Pareil pour ceux qui ne les auront baissé que de moins de 20%. Et bravo à ceux qui ont tout vendu à ces prix-là, ils sont fortiches. Pour une consommation rapide (non, pas dans la demi-heure quand même, vous pouvez lâcher votre tire-bouchon !), j’ai noté des références plaisantes et parfois excellentes. Des valeurs sûres mais également de bonnes surprises dans un millésime que j’ai entendu qualifier de « grand » par un commercial facétieux ! And my ass, is it chicken ?
Malgré les efforts unis et complices de certains commentateurs, l’honnêteté commande d’avouer que l’année fut difficile et les récompenses du travail fourni rares et parfois même absentes.
Je suis d’accord pour attribuer des tours de ruedo, parfois même un trophée, mais sûrement pas les oreilles et la queue ou bien juste celle de Mickey sur le manège des vanités. J’ai suffisamment de respect pour les vignerons du Bordelais pour ne pas mélanger les bonnes et les mauvaises années, les bonnes et les moins bonnes bouteilles, à des prix avantageux ou détestables. Les dithyrambes ne peuvent s’adresser qu’à quelques-uns particulièrement méritants mais globalement l’enthousiasme doit être relativisé : modéré pour ne pas laisser espérer de grands vins de garde en 2011 mais respecté pour les consommateurs inconditionnels qui trouveront peut-être des rapports qualité/prix à leur convenance, en cherchant vraiment bien !

Dégustation à l'aveugle © Greta Garbure

Dégustation à l’aveugle © Greta Garbure

Autre exercice à Podensac afin de décerner les « Trophées des Grands Crus de Graves ». Entre les éliminatoires et les finales, environ 85 vins à déguster, commenter, comparer et noter : des rouges 2012 et des blancs 2014, secs et moelleux.
Vu le temps imparti, trop court à mon avis, il ne faut pas lambiner ! On oublie la notion de plaisir personnel pour décortiquer chaque échantillon et juger de ses qualités à un instant t. Il est tentant de parler de ce qu’il deviendra à maturité mais on doit surtout le juger par rapport à l’idée que l’on se fait des caractéristiques de l’appellation. Ainsi, la salinité, un léger fumé et une pointe d’amertume rafraîchissante en finale sont souvent la signature de ces vins qui ont toute ma sympathie.
Les rouges 2012 bénéficient d’un agréable fruité allié à des corpulences moyennes, quand ils ne sont pas dominés par un boisé pas encore fondu.
Les blancs 2014 sont plus explosifs et le niveau d’ensemble permettra de trouver son bonheur parmi les vins sélectionnés.
Rappelons que ces délicieux vins de Graves se trouvent à partir de 6/8 euros, y compris chez les bons cavistes qui vendent aux prix de la propriété.

Trophées des Grands Crus de Graves 2015 © Greta Garbure

Trophées des Grands Crus de Graves 2015 © Greta Garbure

Les vainqueurs © Greta Garbure

Les plus hautes autorités de la Belgique et des Graves récompensent le château Crabitey  © Greta Garbure

À Bordeaux comme partout en France, les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas, les appellations non plus et c’est tant mieux. Je lis trop souvent des jugements définitifs sur des vins qui ne méritent généralement ni autant d’indignité et de mépris ni d’éloges aussi démesurés.
En tout cas, un ou deux verres de Bordeaux par jour, c’est bon pour la santé, ai-je affirmé lors d’un séjour en Bourgogne. « Évidemment, m’a-t-on répondu du tac au tac, si vous aimez les médicaments…! »

Vite, docteur, une ordonnance !

Patrick de Mari