Catégorie: Les mots des mets

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Quelle différence entre
le bacon français
et le bacon anglais ?

Brexit gourmand !

À l’origine, bacon — prononcez ba-con comme dans « baba » et dans « balcon » — est un mot français qui, jusqu’au XVIe siècle a désigné la viande de porc salée de manière générique.

Après être passé en Angleterre au Moyen-Âge, le terme revint en France au XIXe siècle avec la prononciation à l’anglaise.

Mais outre-Manche, le bacon français ne ressemble pas au bacon anglais.

En Angleterre, le bacon, c’est la poitrine salée et généralement fumée (mais pas toujours). On le mange essentiellement coupé en tranches fines et frites dans leur propre gras (grillées) jusqu’à ce qu’elles soient croustillantes. On le sert avec des œufs au plat. Il est emblématique du breakfast.

Bacon anglais © Greta Garbure

Bacon anglais © Greta Garbure

En France, on appelle bacon le filet de porc fumé (noix maigre). Il se déguste également en tranches que l’on peut de la même manière faire frire pour les servir avec des œufs. Mais on l’utilise aussi avantageusement pour préparer le rôti de veau en portefeuille : rôti coupé à cru en accordéon (on coupe les tranches en les laissant attachées par le bas), chaque intervalle entre deux tranches étant légèrement tartiné de moutarde puis garni d’une tranche de bacon et d’une fine tranche de fromage type, emmental, comté ou cheddar ; on ficelle alors le rôti fourré pour le maintenir en forme avant de le faire rôtir au four : délicieux !

Bacon français © Greta Garbure

Bacon français © Greta Garbure


Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Avoir les patates au fond du filet

Les patates au fond du filet © Greta Garbure

Les patates au fond du filet © Greta Garbure

Savez-vous ce que signifie l’expression populaire sinon argotique 
« Avoir les patates au fond du filet » ?

C’est une métaphore par rapport aux testicules !
Pour certains, c’est les avoir lourds et congestionnés à force d’abstinence.
Mais pour Pierre Perret au contraire (in Le Nouveau Petit Perret Illustré, éditions J-C. Lattès, Paris, 1984), cela signifie « les avoir pendants et vides d’avoir trop servi » !

Et vous, quelle est votre interprétation ?

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Boire le coup de l’étrier

 Vin-Etrier via fwww.rance-pittoresque.com

L’expression « boire le coup de l’étrier » dérive d’une expression plus ancienne encore : « boire le vin de l’étrier », qui date du temps où la cavalerie était l’arme privilégiée des militaires (car la plus mobile) et où, d’une manière générale, les déplacements se faisaient à cheval car c’était là le mode de locomotion le plus rapide.
Et souvent, que ce soit pour se donner du courage ou de l’audace, au moment de partir, ils avalaient un verre (voire plusieurs) de vin rouge.

Ce serait le maréchal de Bassompierre (1579-1646, homme influent sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII) qui aurait été l’initiateur de cette coutume. L’anecdote historique rapporte qu’en 1625, alors qu’il était chargé d’ambassade en Suisse, après un festin donné le jour de son audience de congé et alors qu’il était déjà sur son cheval afin de rentrer à Paris, le maréchal proposa aux députés des treize cantons avec lesquels il venait de banqueter de boire le coup de l’étrier. Ils lui apportèrent donc un verre. Mais l’ambassadeur le déclina en affirmant que le vin de l’étrier doit se boire dans la botte. On lui ôta l’une de ses bottes qui servit de coupe et qu’on remplit à ras-bord de vin. Le maréchal but longuement le premier puis tous les autres convives burent à sa suite : la botte fut vidée jusqu’à la dernière goutte ! Certaines versions racontent même que c’est lui qui vida intégralement cette coupe improvisée.

François de Bassompierre via Wikipédia

François de Bassompierre via Wikipédia

De fil en aiguille, l’expression est restée dans le langage courant pour signifier « boire un verre de vin quand on est sur le point de partir ». Certes, elle est un peu tombée en désuétude et aujourd’hui, on dit plutôt  « boire un dernier verre » ou « un dernier pour la route ».

Sauf qu’aujourd’hui,  si vous prenez la route, je ne vous conseille pas de boire le verre de trop, quel que soit le nombre de chevaux qu’il y a sous votre capot !

Blandine Vié

 

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

La sobriété de l’améthyste !

Améthystes © Greta Garbure

Améthystes © Greta Garbure


Saviez-vous que l’améthyste a un rapport avec le vin ?
Et en tout cas avec l’ivresse ?

Non ? Et pourtant l’étymologie du mot améthyste nous enseigne qu’il est composé du verbe « methùô » qui signifie « être ivre » et du préfixe « a- » qui est privatif et que l’on retrouve dans de nombreux autres mots (a-nonyme : sans nom ; a-normal : hors norme ; a-typique : sans type déterminé ; a-caule : sans tige, sans queue ; a-patride : sans patrie ; asexué : sans sexe défini, etc.).
Cette pierre fine qui est une variété de quartz macrocristallin aurait été ainsi nommée parce qu’elle a la couleur du vin coupé d’eau… donc moins titré en alcool… donc moins enivrant. Subséquemment, on a attribué à cette pierre la vertu de préserver de l’ivresse. En réalité, chimiquement, la couleur plus ou moins violette est due à la présence plus ou moins prononcée de fer.

La légende mythologique raconte même que ce serait le dieu du vin Dionysos (Bacchus pour les Romains) qui, offensé et ivre, décida de se venger sur la première personne croisée. Ce fut une belle jeune fille prénommée Améthyste contre qui il lança deux tigres affamés pour qu’ils la mettent en pièces et, pour jouir du spectacle, il se versa une coupe de vin. Mais Artémis (déesse de la chasse) veillait au grain et changea la jeune fille en statue de quartz, pierre aussi pure que sa vertu. Toutefois, ce sortilège étant irrévocable, Bacchus fut pris de remords et se mit à pleurer abondamment dans son verre, au point que sa coupe se renversa et que le vin purpurin colora le quartz de la statue.

L’améthyste est une pierre fine que l’on associe également au signe du verseau, sans doute parce que la jeune femme qui le représente verse justement de l’eau.

Bon, encore une devinette avant de se séparer : savez-vous quel était le sceau de Cléopâtre ?
Non ? Eh bien, il s’agissait d’une améthyste sur laquelle était gravée une représentation de Bacchus !

Ah la saveur cachée des mots ! Enivrant ça aussi !

Blandine Vié

Les mots des mets

Quand le Spritz fait des infidélités
au Campari et à l’Aperol !

Le Spritz est un un cocktail né à Venise.  Il se compose de Campari en version bitter ou d’Aperol en version dolce, de vin blanc pétillant — généralement du prosecco — et d’eau de Seltz. Fait au Campari, le spritz a une couleur rouge vif et est plus alcoolisé. Fait à l’Aperol, il est plus doux et plus orangé. On peut encore y ajouter une olive verte et une rondelle d’orange (qui peut-être sanguine) ou de citron. En Italie, il existe aussi une version moins connue préparée avec du Cynar, amer italien à base d’artichaut. Le dosage et la composition varient d’un établissement à l’autre, bien que la recette officielle de l’International Bartenders Association préconise 4 cl de bitter, 6 cl de prosecco et une lampée d’eau. Mais certains barmen n’hésitent pas à remplacer le prosecco par du champagne.

Spritz © Greta Garbure

Spritz © Greta Garbure

De Venise, le spritz s’est propagé dans le nord de l’Italie puis, avec la mode de la mixologie, il a gagné la France où il est devenu l’un des cocktails les plus populaires.
Mais comme chaque fois en cas de succès, on copie, on interprète, on décline !
C’est ainsi que des barmen français ont d’abord imaginé de remplacer le Campari ou l’Aperol par un amer traditionnel français : la gentiane, donc des marques comme Salers, Avèze ou Suze.
Jusque-là, on reste dans la tradition même si on la revisite. 
Cependant, des spritz nouveaux fleurissent, très infidèles à la recette initiale. Surtout quand il s’agit de corriger l’amertume par une liqueur sucrée alors que c’est justement cette note amère qui apporte le fraîcheur au cocktail. Par exemple, Suze prône un cocktail qui conjugue la gentiane et du sirop de pêche blanche !

Suze Spritz

Mais certains vont plus loin encore en créant des cocktails avec des vins ou alcools qui n’ont rien d’amer. Comme par exemple l’Institut des Vins du Douro et de Porto qui a créé un cocktail à base de porto rosé baptisé « Spritz de porto » !

Spritz de Porto

Spritz de Porto


Alors, peut-on parler de trahison ou de n’importe quoi ?

Eh bien, en fait non, pas stricto sensu si l’on s’intéresse à ce que que signifie exactement le terme « spritz ». Je vous raconte l’histoire ?

Au XIXe siècle, les Autrichiens avaient des vues sur Venise, ville à la position stratégique qu’ils tentèrent d’investir à plusieurs reprises. Or, quand les soldats autrichiens s’arrêtaient boire dans les tavernes, ils étaient rebutés par le taux d’alcool du vin. Ils prirent alors l’habitude de demander que l’on « asperge » ces vins d’eau. Et c’est de ce geste — spritzen en allemand — qu’est né le spritz, alors composé de vin blanc et d’eau gazeuse. Cet usage est d’ailleurs toujours pérenne à Trieste, avec du vin rouge ou du vin blanc, de même qu’en Europe centrale, dans les pays ayant connu la domination autrichienne (Roumanie, Moldavie, Hongrie) pour le vin blanc, comme nous l’apprend Wikipédia.

Quant au cocktail spritz, il est apparu au début du XXe siècle, avec la naissance des amers à base de racines et d’écorces d’agrumes mais aussi de l’eau de Seltz.

Blandine Vié