Catégorie: Les mots des mets

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

La sobriété de l’améthyste !

Améthystes © Greta Garbure

Améthystes © Greta Garbure


Saviez-vous que l’améthyste a un rapport avec le vin ?
Et en tout cas avec l’ivresse ?

Non ? Et pourtant l’étymologie du mot améthyste nous enseigne qu’il est composé du verbe « methùô » qui signifie « être ivre » et du préfixe « a- » qui est privatif et que l’on retrouve dans de nombreux autres mots (a-nonyme : sans nom ; a-normal : hors norme ; a-typique : sans type déterminé ; a-caule : sans tige, sans queue ; a-patride : sans patrie ; asexué : sans sexe défini, etc.).
Cette pierre fine qui est une variété de quartz macrocristallin aurait été ainsi nommée parce qu’elle a la couleur du vin coupé d’eau… donc moins titré en alcool… donc moins enivrant. Subséquemment, on a attribué à cette pierre la vertu de préserver de l’ivresse. En réalité, chimiquement, la couleur plus ou moins violette est due à la présence plus ou moins prononcée de fer.

La légende mythologique raconte même que ce serait le dieu du vin Dionysos (Bacchus pour les Romains) qui, offensé et ivre, décida de se venger sur la première personne croisée. Ce fut une belle jeune fille prénommée Améthyste contre qui il lança deux tigres affamés pour qu’ils la mettent en pièces et, pour jouir du spectacle, il se versa une coupe de vin. Mais Artémis (déesse de la chasse) veillait au grain et changea la jeune fille en statue de quartz, pierre aussi pure que sa vertu. Toutefois, ce sortilège étant irrévocable, Bacchus fut pris de remords et se mit à pleurer abondamment dans son verre, au point que sa coupe se renversa et que le vin purpurin colora le quartz de la statue.

L’améthyste est une pierre fine que l’on associe également au signe du verseau, sans doute parce que la jeune femme qui le représente verse justement de l’eau.

Bon, encore une devinette avant de se séparer : savez-vous quel était le sceau de Cléopâtre ?
Non ? Eh bien, il s’agissait d’une améthyste sur laquelle était gravée une représentation de Bacchus !

Ah la saveur cachée des mots ! Enivrant ça aussi !

Blandine Vié

Les mots des mets

Quand le Spritz fait des infidélités
au Campari et à l’Aperol !

Le Spritz est un un cocktail né à Venise.  Il se compose de Campari en version bitter ou d’Aperol en version dolce, de vin blanc pétillant — généralement du prosecco — et d’eau de Seltz. Fait au Campari, le spritz a une couleur rouge vif et est plus alcoolisé. Fait à l’Aperol, il est plus doux et plus orangé. On peut encore y ajouter une olive verte et une rondelle d’orange (qui peut-être sanguine) ou de citron. En Italie, il existe aussi une version moins connue préparée avec du Cynar, amer italien à base d’artichaut. Le dosage et la composition varient d’un établissement à l’autre, bien que la recette officielle de l’International Bartenders Association préconise 4 cl de bitter, 6 cl de prosecco et une lampée d’eau. Mais certains barmen n’hésitent pas à remplacer le prosecco par du champagne.

Spritz © Greta Garbure

Spritz © Greta Garbure

De Venise, le spritz s’est propagé dans le nord de l’Italie puis, avec la mode de la mixologie, il a gagné la France où il est devenu l’un des cocktails les plus populaires.
Mais comme chaque fois en cas de succès, on copie, on interprète, on décline !
C’est ainsi que des barmen français ont d’abord imaginé de remplacer le Campari ou l’Aperol par un amer traditionnel français : la gentiane, donc des marques comme Salers, Avèze ou Suze.
Jusque-là, on reste dans la tradition même si on la revisite. 
Cependant, des spritz nouveaux fleurissent, très infidèles à la recette initiale. Surtout quand il s’agit de corriger l’amertume par une liqueur sucrée alors que c’est justement cette note amère qui apporte le fraîcheur au cocktail. Par exemple, Suze prône un cocktail qui conjugue la gentiane et du sirop de pêche blanche !

Suze Spritz

Mais certains vont plus loin encore en créant des cocktails avec des vins ou alcools qui n’ont rien d’amer. Comme par exemple l’Institut des Vins du Douro et de Porto qui a créé un cocktail à base de porto rosé baptisé « Spritz de porto » !

Spritz de Porto

Spritz de Porto


Alors, peut-on parler de trahison ou de n’importe quoi ?

Eh bien, en fait non, pas stricto sensu si l’on s’intéresse à ce que que signifie exactement le terme « spritz ». Je vous raconte l’histoire ?

Au XIXe siècle, les Autrichiens avaient des vues sur Venise, ville à la position stratégique qu’ils tentèrent d’investir à plusieurs reprises. Or, quand les soldats autrichiens s’arrêtaient boire dans les tavernes, ils étaient rebutés par le taux d’alcool du vin. Ils prirent alors l’habitude de demander que l’on « asperge » ces vins d’eau. Et c’est de ce geste — spritzen en allemand — qu’est né le spritz, alors composé de vin blanc et d’eau gazeuse. Cet usage est d’ailleurs toujours pérenne à Trieste, avec du vin rouge ou du vin blanc, de même qu’en Europe centrale, dans les pays ayant connu la domination autrichienne (Roumanie, Moldavie, Hongrie) pour le vin blanc, comme nous l’apprend Wikipédia.

Quant au cocktail spritz, il est apparu au début du XXe siècle, avec la naissance des amers à base de racines et d’écorces d’agrumes mais aussi de l’eau de Seltz.

Blandine Vié

Les mots des mets

Dis-moi ce que tu manges
et je te dirai comment tu t’appelles !

Au marché © Greta Garbure

Au marché © Greta Garbure

J’imagine que vous savez déjà qu’un carnivore est un mangeur de viande, qu’un végétarien se nourrit plutôt de légumes, de plantes et de fruits tandis qu’un omnivore consomme de tout !

Il est à noter cependant que le végétarien et à plus forte raison le végétalien ou plus intégriste encore, le vegan, a eu la préciosité d’inventer des mots qui le distinguent de l’animal qui, lui, quand il se nourrit exclusivement de végétaux peut-être « herbivore » (herbe), « frugivore » (fruits), « baccivore » (baies), « tubérivore » (tubercules), 
« phyllophage » (feuilles), « radicivore » (racines), « succivore » (sève), etc. etc.

Le cochon — comme on le sait copain comme lui-même avec l’homme — n’a pas ce genre de coquetterie car on le dit « omnivore » alors qu’on devrait le traiter plutôt de « polyphage » ! Ou alors, il sait qu’un cochon sommeille dans le cœur de chaque homme et il profite de la situation pour s’élever au rang d’humain. Il est vrai qu’il lui arrive déjà de réparer nos artères…

Mais si je vous dis que, selon votre alimentation préférée, vous êtes plutôt « piscivore », « conchyliophage », « hippophage », « ornithophage », « mycophage », « hématophage » ou « galactophage » , vous me suivez toujours ? Oui ? Non ?

Alors précisons :
• Le piscivore est celui qui aime particulièrement le turbot au beurre blanc, le bar en croûte de sel, la sole meunière, la brandade de morue, le brochet sauce messine, 
l’alose à l’oseille, le merlu à la koskerales sardines à l’huile, les maquereaux au vin blanc, les petites fritures, la raie au beurre noir, les rougets à l’oursinade, les anguilles au vert, le grand aïoli de morue, la lotte à l’américaine, etc. etc. C’est un téméraire car il n’a pas peur qu’une arête lui reste en travers de la gorge.
• Le conchyliophage est celui qui fait son ordinaire d’un plateau de fruits de mer, de moules marinière, de mouclade, de coques à la persillade, de palourdes grillées, de praires farcies et autres coquillages de tout poil de toute coquille. Il ne craint pas de se taper une « grosse » (douze douzaines) d’huîtres… et ce n’est même pas dans l’espoir d’y trouver une perle ! 
• L’hippophage est l’amateur de viande de cheval. Tout le monde ne se met pas en selle pour le suivre.

• L’ornithophage est friand de petits oiseaux (parfois interdits), de la bécasse à l’ortolan en passant par la grive, la caille des blés, la palombe, le coq de bruyère, la grouse mais ne dédaigne pas non plus les volatiles plus lourds vivant au poulailler (poulets, canards, pintades, poulardes, chapons, oies, coqs, dindons et autres caqueteurs-cancaneurs-glouglouteurs). Bref, il ne dit jamais « caltez, volailles ! » surtout quand il y a une belle poule à l’approche.
• Le mycophage est celui qui ne résiste pas à une poêlée de cèpes, à une fricassée de girolles, à des morilles à la crème, à des coulemelles grillées, à une omelette aux mousserons, à des lactaires délicieux ou des amanites des Césars. Il va sans dire qu’il met impérativement des champignons de Paris non seulement dans la blanquette de veau mais également dans le bœuf bourguignon, la daube, le coq au vin et autres plats mythiques, ce que d’aucuns contestent (pour certaines recettes).
• L’hématophage est un sanguinaire puisqu’il aime avant tout le sang. Ce n’est pas qu’il soit forcément vampire mais, même s’il n’a pas servi dans la Légion Étrangère, il aime par-dessus tout le boudin ! Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les témoins de Jéhovah ne sont pas ses amis.
• Le galactophage est celui qui biberonne au lait bien après l’enfance et se gave de laitages et produits laitiers nombreux et variés : yaourts, fromage blanc, petits suisses, fromages double et triple crème, fromages fondus, mascarpone, crèmes lactées, glaces, mousses, crèmes desserts. Et son appétence en cuisine ne va que vers les croque-monsieur, fondues, raclettes, pannas cottas et tiramisus crémeux. Je n’ose même pas imaginer la couleur (ou la non couleur) de ses selles.

J’ajouterai que la mouvance food actuelle nous incite fortement à devenir des « granivores »  c’est-à-dire, vous l’aurez sans doute compris, des mangeurs de graines. Quinoa, graines de lin, graines de courge, graines de tournesol, graine de chia, graines germées et j’en passe, n’en jetez plus la cour est pleine ! Attention toutefois : se prendre pour des oiseaux ne veut pas dire qu’on sache voler !
Toujours est-il que si je vous dis « oryzivore », « zéophage » ou « spermatophage », ça se complique un peu. Je vous explique ?
• L’oryzivore est un mangeur invétéré de riz. Constipés s’abstenir…
• Le zéophage est le voisin malpoli qui s’est justement assis à côté de vous au cinéma pour bouffer son seau de pop-corn en vous empêchant de profiter du spectacle à cause de ses bruissements intempestifs. Évidemment, il commence sa journée par un bol de corn flakes car vous l’aurez deviné, le zéophage est un mangeur de maïs. Crush crush ! Voilà tout ce qu’il sait faire en fantasmant peut-être de devenir un géant vert.
• Quant au spermatophage, ce n’est pas du tout ce que vous croyez. C’est un mangeur de graines, lui aussi. De semences, quoi (d’où la possible confusion). Mais le terme n’est plus guère usité.

À propos de tendance, si vous fréquentez les restaurants bobos à l’esprit grégaire qui se copient les uns les autres, vous êtes certainement « anthophage » sans le savoir, à la manière de Monsieur Jourdain. Eh oui, les « antophages », ce sont les brouteurs de fleurs !

Enfin, comme dirait Jean-Pierre Coffe, l’essentiel est de savoir reconnaître les produits de merde. Sinon, à trop ingurgiter de nourritures excrémentielles, vous risqueriez bien de devenir « coprophage » !!!

Quant à nous, sur notre magazine Greta Garbure, nous ne sommes pas seulement omnivores mais également papivores, ce qui ne désigne en rien un penchant pour la gérontophilie ! Non, ça signifie tout simplement que nous nous délectons de tout ce qui se lit sur papier ! Car qui dit auteur dit forcément lecteur !

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Pourquoi dit-on une pommade ?

Pommade via sante-medecinecommentcamarche.net

Bon, je ne vous ferai pas l’injure de penser que vous ne le savez pas, bien sûr !

Une pommade est une préparation cosmétique ou pharmaceutique de consistance molle destinée à être appliquée sur la peau à des fins embellissantes, adoucissantes ou curatives. Elle est généralement constituée de plusieurs principes actifs dissous dans un excipient.

Aujourd’hui, cet excipient est de nature grasse. Mais avant ? Les premières pommades ?
Eh bien, autrefois, les pommades étaient préparées à partir de pulpe de pomme… d’où leur nom !

Tout simplement !

Pomme © Greta Garbure

Pomme © Greta Garbure

Pommes de plusieurs variétés © Greta Garbure

Pommes de plusieurs variétés © Greta Garbure

Panier de pommes © Greta Garbure

Panier de pommes © Greta Garbure

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Si vous n’aimez pas les huîtres,
serez-vous frappé(e) d’ostracisme ?

Coquille d'huître côté externe © Greta Garbure

Coquille d’huître côté externe © Greta Garbure

Non, bien sûr ! Surtout parce que ça nous en fera plus…

Néanmoins, y a quand même un rapport entre les huîtres et l’ostracisme ! Eh oui !

Coquille d'huître face interne © Greta Garbure

Coquille d’huître face interne © Greta Garbure

Parce que figurez-vous que dans l’Antiquité, chez les Grecs, et plus précisément au Ve siècle avant Jésus-Christ, il existait à Athènes une procédure de bannissement de dix ans que l’Ecclésia (l’assemblée des citoyens) infligeait par vote aux citoyens dont on craignait la puissance ou l’ambition politique. Or, à l’origine, on ne votait pas avec un bulletin… mais avec une coquille d’huître (du grec « ostrakon » et du latin « ostrea ») !

Coquille d'huître © Greta Garbure

Coquille d’huître © Greta Garbure

Elle fut remplacée plus tard par un tesson en céramique — auquel on conserva le nom d’ostrakon — sur lequel on écrivait le nom de la personne bannie puis que l’on cassait en deux. À l’issue de la période du bannissement (jamais supérieure à 10 ans), on réunissait les deux moitiés du tesson.

On a donc rajouté le suffixe « isme » à cette huître pour former le mot ostracisme qui est resté dans le langage courant.

Ce serait peut-être bien de refaire ça avec certains en politique, non ?

Huître rose © Greta Garbure

Huître rose © Greta Garbure

Vous avez tout compris ou vous avez le QI d’une huître ?

Bon, moi en tout cas, je suis comme Léon-Paul Fargue :
« J’adore les huîtres : on a l’impression d’embrasser la mer sur la bouche ! »

Huîtres © Greta Garbure

Huîtres © Greta Garbure

Blandine Vié