Catégorie: GLOU-GLOU

Jeux de quilles

Lettre de dénonciation
adressée à la Gestapo du vin

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Mesdames, Messieurs, Docteurs,
soucieux de servir les intérêts de mon pays et de faire respecter la tempérance absolue que vous prônez, je porte par la présente à votre connaissance des faits extrêmement graves qui se sont produits à votre insu : de dangereux irresponsables ont eu l’outrecuidance d’organiser une fête populaire dans la charmante bourgade de Homps qui, vous l’ignorez peut-être, se situe dans l’Aude. Et c’est là que commencent les anomalies, erreurs et fautes répétées contre la morale et l’hygiène les plus élémentaires.

L’année dernière déjà, 3000 victimes avaient été dénombrées et cette fois, près de 7000 personnes ont été attirées dans les filets de la bête immonde sous la dénomination : « Les Tastes en Minervois ».
Les plus hautes autorités de l’appellation, le président Philippe Coste en tête, aidées dans leur démarche diabolique par la redoutable efficacité de leur trompette de Jéricho préférée Jean-Luc Bonnin, ont uni leurs efforts afin de forcer des familles entières à boire du vin.

Philippe Coste, président de l'appellation © Jean-Luc Bonnin

Philippe Coste, président de l’appellation © Jean-Luc Bonnin

J’ai personnellement vu de nombreux jeunes faire semblant de poser des questions intelligentes aux vignerons présents qui, en échange, avaient la malice de leur proposer de goûter leurs propres productions alcooliques. Pour accompagner leurs plateaux-repas gastronomiques, des couples quémandaient même quelques centilitres de vins blancs, rosés et rouges ! Certaines scènes déplorables ont dû m’échapper (pourtant « je suis partout ») car même à la fermeture de ces odieuses bacchanales, je n’ai pas pu observer de villageois soûls, ayant des comportements agressifs ou seulement gênants. Tous avaient l’air heureux de ces moments, insouciants du danger mortel qu’ils couraient et faisaient courir aux autres citoyens ! Car j’ai bien lu et entendu des médecins salariés par votre chère, très chère ANPAA (Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie) affirmer que les risques de cancers augmentaient dès l’ingestion du premier verre de vin. J’avais le cœur serré de voir tous ces inconscients aller d’ici peu vers une mort quasi certaine. Et le sourire aux lèvres en plus !
Cet intérêt partagé pour la viticulture et ses méthodes employées pour produire des vins toujours meilleurs dans presque toute la France, c’est pour moi in-com-pré-hen-si-ble. Qu’environ 500 000 bons Français soient impliqués dans ce trafic en toute légalité est un véritable scandale.
Les 80 empoisonneurs de masses laborieuses ayant tous participé à l’incontestable succès de ce rassemblement seront jugés devant le Tribunal de l’Histoire et je ne désespère pas d’en être l’instrument un jour prochain.
Le vin, produit culturel reconnu dans tous les autres pays producteurs voisins (Allemagne, Espagne, Portugal, Italie…) comme faisant partie intégrante de la gastronomie nationale mais interdit ici d’antenne dans toutes nos émissions culinaires, sera bientôt assimilé aux alcools forts qui dézinguent si efficacement notre belle jeunesse française.

Les cow-boys de l'ecellent Château de Fauzan © Jean-Luc Bonnin

Les cow-boys de l’excellent Château de Fauzan © Jean-Luc Bonnin

Je sais bien qu’il est assez rare de se livrer à des binge drinking dévastateurs avec les formidables crus du Minervois et d’ailleurs mais le sacro-saint principe de précaution oblige nos décideurs si intègres à interdire et sanctionner sévèrement des publicités ou même de simples outils informatifs qui associeraient un verre de vin à un soupçon de satisfaction, à l’esquisse d’un sourire de la part d’un producteur, coupable par essence ou d’un consommateur, pauvre victime consentante, en passant par les irresponsables receleurs que sont les cavistes et distributeurs de tout poil.

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Le complot — forcément apatride et judéo-maçonnique — des vignerons du Minervois a triomphé cette année encore mais les hygiénistes et prohibitionnistes stipendiés par le fruit de vos impôts (80 millions par an semble-t-il) gagneront-ils peut-être un jour et alors enfin, nous vivrons des rassemblements populaires et familiaux uniquement désaltérés par nos bonnes eaux de source françaises. Ils seront sans doute moins festifs et culturellement neutres mais tous ces citoyens, paroissiens, touristes, visiteurs égarés seront tellement mieux chez eux devant des téléviseurs-répartiteurs d’une pensée unique et salvatrice !
L’année prochaine, je reviendrai à « Tastes en Minervois » pour vérifier l’efficacité de cette lettre.
Vous en souhaitant bonne lecture et bon profit, je vous joindrai bientôt, à toutes fins utiles une liste (j’adore les listes !) des principaux fabricants-scélérats des breuvages parmi les plus appréciés de la foule réjouie.

L'immense Jean-Louis Poudou de Tour boisée présente la soupe de baraquets © Jean-Luc Bonnin

L’immense Jean-Louis Poudou de Tour boisée présente la soupe de baraquets © Jean-Luc Bonnin


Patrick de Mari

Dégustations

Des blancs de l’été

Chez Greta Garbure, on aime les vins blancs. Aussi ! « On ne boit jamais assez de vins blancs » était même le leitmotiv d’un article écrit sur le ton du regret d’avoir à le dire !

Et la belle saison ouvre encore plus l’éventail des blancs qui vont bien à table : avec les incontournables tomates en plastique/mozzarella en caoutchouc mais plus sûrement avec les salades composées, toutes les crudités, les crustacés, les poissons chauds ou froids. Reconnaissons de plus que nos charcuteries sont mieux fréquentées par les vins blancs et que les tanins des rouges se marient mal avec le gras des rillettes et des saucissons, de même avec les fromages et les desserts lactés. Mais les traditions et les fausses croyances ont la vie dure !

Nos blancs d'été © Greta Garbure

Nos blancs d’été © Greta Garbure

Ainsi, nous avons dégusté mais surtout bu quelques jolies bouteilles, intéressantes et recommandables.
Pour un chablis 2014 de chez William Fèvre forcément un peu fermé, sur la retenue que lui donnent son origine et son âge, un chardonnay du sud montre son classicisme avec un peu plus de générosité : le limoux Toques & Clochers Haute-Vallée 2014 offre du soleil dans le verre. Fleurs et fruits s’équilibrent avec bonheur.
Un autre limouxin boxe dans la catégorie supérieure : 100% chardonnay 2013 du domaine Baron’Arques fait dans l’ampleur et la complexité. Son volume en bouche est impressionnant et aurait supporté une garde de quelques années.
Une maison produisant également de jolis vins qui acceptent volontiers de vieillir : le château de Pibarnon, son 2014 attendra son heure avec profit.
Le Clos de l’Amandaie 2015 me plaît particulièrement en rouge mais le blanc ne nous a pas incités à porter plainte : vif, fruité, anisé, épicé, il a la sincérité d’un vin d’été.
On retrouve cette rigueur dans les très (trop) jeunes Cocalières d’Aupilhac 2015 du grand Sylvain Fadat. Aujourd’hui élégant, sur les fruits, l’assemblage donnera bientôt une puissance aromatique propre à faire frétiller les papilles les plus blasées.
Le Mas du Notaire 2015 en Costières de Nîmes est un peu simple mais sans grand défaut, le viognier et la roussanne étant plus disciplinés qu’exubérants, ce qui n’est pas plus mal.
Et puis, une belle bouteille qui appelle haut et fort un loup au fenouil : La Stèle 2015 du Mas de la Dame dans les Baux de Provence. Ce vin a tout pour lui et donc pour nous : c’est une gourmandise, seuls les 14,5° de l’étiquette peuvent (ou pas) inviter à une relative modération.

Tout ceci était bien bon, de bien belle qualité. Maintenant, à vous de jouer : prenez votre plaisir et surtout, partagez-le !
En attendant les rouges de l’automne !

Patrick de Mari

Pour en savoir plus :
http://www.williamfevre.fr
http://www.boutique-sieur-darques.com
http://www.labaronnie.fr
http://www.pibarnon.fr
http://www.closdelamandaie.com
http://www.aupilhac.com
http://www.famillerambier.com
http://www.masdeladame.com

Et si ça vous amuse, d’autres articles sur le vin blanc :
– Ah le picpoul : https://gretagarbure.com/2016/04/23/degustations-25/
– Les vins blancs : https://gretagarbure.com/2013/05/07/jeux-de-quilles-3/

Lieux de vie, lieux du vin

Tous à Tavel le 16 juillet
à partir de 16 h !

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Des journées consacrées à la glorification d’appellations plus ou moins contrôlées, y en a !

Des occasions de picoler pour pas cher des vins pas trop frelatés, on en connaît !

Des alibis pédagogiques en vue de mieux briller au camping ou au golf, de mieux faire le kéké dans les dîners en ville à la rentrée, c’est pas ça qui manque !

Mais ce n’est pas le genre de la maison Greta Garbure de faire de la retape pour les milliers de manifestations commerciales souvent insipides et indolores.

Pourtant, là, difficile d’être en villégiature aux alentours de Tavel, dans la vallée du Rhône, sans s’y arrêter pour la journée plutôt que de bronzer idiot. Le programme, d’une rare densité, permet de satisfaire les corps et les esprits les plus délicats : des dégustations bien sûr mais surtout des rencontres avec vignerons, chefs, fromagers, sommeliers, artistes et artisans…

Alors, allez-y en confiance, vous nous remercierez.

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LES THÉMATIQUES 2016
En 1936 Tavel reçut la dénomination Appellation d’Origine Contrôlée (1 ère appellation en rosé) en même temps que 5 autres appellations. Quatre d’entre elles nous feront l’honneur de leur présence, afin de célébrer ensemble leurs 80 ans : Châteauneuf-du-Pape, Arbois, Cassis, Monbazillac.

La plage sera l’autre thème de cette quatrième édition.

« COULEUR TAVEL » est une manifestation initiée par le Syndicat Viticole de l’Appellation Tavel, créée il y a quatre ans pour célébrer les rosés de Tavel.
De nombreux vignerons feront déguster leurs vins dans un cadre unique : les magniques jardins de la Condamine. Une trentaine de Tavel différents seront proposés aux visiteurs, qui au grès d’une balade gustative pourront également écouter de la musique, voir une exposition, goûter des produits régionaux en accord avec les vins.

Bref, « Couleur Tavel » est bien plus qu’une fête des vins, c’est une manifestation incontournable en plein coeur de la saison touristique qui invite le public à allier le plaisir de la dégustation avec ceux de la gastronomie, de la culture et du patrimoine.

Syndicat Viticole de l’Appellation Tavel – Informations et réservations : Tel : 04 66 50 32 34

Patrick de Mari

Dégustations

Boire du porto en 2016

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La diversité de la gamme des portos permet tous les plaisirs, encore faut-il la connaître.

Parce que boire du porto, c’est comme boire du vin rouge : ça manque un peu de précision dans l’évocation du moment, des circonstances et de la nature véritable du breuvage. Or, comme avait pu le laisser penser Descartes, le bon sens et le porto sont les choses du monde les mieux partagées. Mais il ajoutait afin d’expliquer l’ironie de son propos « car chacun pense en être si bien pourvu que ceux-mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont ». L’arnaque est dans l’emploi du mot « mieux » alors que l’on devrait entendre la chose la « plus partagée ».

Voyons voir ça de près…

En effet, le porto est très partagé dans le monde entier mais de façon très inégale et pas vraiment à l’avantage des consommateurs français !
Ainsi, quand les Anglais boivent un porto après leurs repas festifs, il s’agit d’un vintage qui représente l’aristocratie des portos.
En revanche, nos habitudes d’achat nous conduisent plutôt à, invariablement, choisir les entrées de gammes dans le bas des linéaires de la grande distribution.
Leur service à température ambiante du placard à alcools n’améliore en rien la cérémonie de l’apéro, pas plus que les Tuc® ramollis.

Alors, n’hésitons pas aujourd’hui à remplacer ces mauvaises habitudes : soyons fous, ajoutons des glaçons et une rondelle d’agrume ! Les caouètes seront plus guillerettes, les olives moins fautives, le sauciflard plus flambard et les chips… toujours aussi grasses !
Après tout, nos parents (surtout grands et arrière-grands) trouvaient du dernier chic de siroter des fines à l’eau.
À l’époque du spritz triomphant qui bouscule la hiérarchie de nos access prime time, anisés et rosés, pourquoi pas le « porto piscine » ?
Mais seulement avec des ruby ou tawny sinon il y aurait sacrilège !

Patrick de Mari

 

Lieux de vie, lieu du vin

« Ami Lyonnais, 
  ami Lyonnais,
   lève ton verre ! »

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On se prend à rêver…
Qu’on est dans un pays civilisé…
Le premier pays producteur de vins et fier de l’être…
Fier de faire la promotion d’un produit hautement culturel, issu de petites propriétés tenues par des vignerons scrupuleux dans une région reconnue du monde entier…

Pourvu qu’aucune photo ne représente une vigneronne esquissant un sourire sur une affiche informative qui pourrait être considérée comme une incitation au binge drinking de notre belle jeunesse !

Au contraire, faisons le pari de l’intelligence, allons passer des soirées élégantes sur une péniche amarrée sur un quai du Rhône.
Les bouteilles de Crozes-Hermitage seront pleines de plaisirs et de civilités.
Et ça en changera quelques-uns de la bière industrielle tiède et des mojitos surdosés pour amateurs de goûts frelatés.

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Alors, tous nos vœux de réussite à cette opération réjouissante.

Patrick de Mari