Brèves de terroir

Un dîner 100% truffes
chez Gérard Bertrand

à l’occasion de la fête de la taille

Patrick et moi étions conviés — non, ce n’est pas un gros mot même quand on s’appelle Vié ! — à la fête de la taille chez Gérard Bertrand à l’Hospitalet et ce fut un joli moment où nous nous sommes promenés sur ses terres avec le passionnant Gilles de Baudus (nous vous en reparlerons une autre fois), où nous avons taillé (très anecdotiquement) la vigne et cavé la truffe noire ou plutôt regardé le chien Arthur renifler de sa truffe jumelle les bons coins (sous les chênes, les noisetiers et les charmes) où se cachent les tuber melanosporum également surnommées « diamants noirs ».

Démonstration da taille de la vigne © Greta Garbure

Démonstration da taille de la vigne © Greta Garbure

Arthur réclame sa récompense © Greta Garbure

Arthur réclame sa récompense © Greta Garbure

Tuber melanosporum © Greta Garbure

Tuber melanosporum © Greta Garbure

Nous avons clos cette journée par une masterclass de 11 vins et par un dîner de gala dédié à ce suprême champignon, concocté avec talent par le jeune chef Laurent Chabert. 

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Heureusement que nous avions marché l’ après-midi car il fallait avoir une faim de loup pour ce défilé gourmand, d’autant que nous avions déjà pris un repas de fruits de mer au déjeuner ! Mais commençons à déguster :

Le délicat amuse-bouche — Le jaune d’œuf à la coque, la truffe blanche d’Alba de nos amis Italiens, mouillette & crème de champignons — s’est révélé idéal pour préparer la bouche à un festival de saveurs sylvestres prononcées.

Jaune d'œuf à la coque, truffe d'Alba, crème de champignons © Greta Garbure

Jaune d’œuf à la coque, truffe d’Alba, crème de champignons © Greta Garbure

La première entrée fut sans doute mon plat préféré : un « Marbré de homard et poireaux bios, foie gras de canard mi-cuit et truffe melanosporum » — tout en finesse et en équilibre. Peu de gens savent que le poireau peut-être un légume noble, en fondue avec des saint-jacques ou accordé à la truffe et au foie gras. Avec un peu de fleur de sel, c’est divin !

Marbré de homard et poireaux, foie gras de canard mi-cuit et truffe © Greta Garbure

Marbré de homard et poireaux, foie gras de canard mi-cuit et truffe © Greta Garbure

La seconde entrée — Un dos de sandre gratiné aux diamants noirs, crémeux et croquant de céleri-rave, jus d’arêtes — était tout aussi épatante, les saveurs terreuses du céleri-rave et de la truffe venant chahuter la chair doucereuse de ce poisson d’eau douce qu’est le sandre.

Dos de sandre gratiné aux diamants noirs, crémeux et croquant de céleri-rave © Greta Garbure

Dos de sandre gratiné aux diamants noirs, crémeux et croquant de céleri-rave © Greta Garbure

Le plat de résistance fut un « Filet de bœuf Aubrac maturé par nos soins, écrasée de pommes de terre Dita bios et jus réduit », la truffe n’étant pas oubliée bien sûr, bien que non mentionnée dans l’intitulé. Toutefois, est-ce parce que notre appétit commençait à décroître, nous fûmes tous d’accord autour de la table pour trouver que la viande était de qualité mais un peu ferme. Petit problème de maturation ou de cuisson ? Il faut dire que nous sommes deux cents convives attablés par tables de dix couverts réparties dans plusieurs salles, ce qui ne facilite pas le service, pourtant impeccable et aux petits soins.

Filet de bœuf Aubrac, écrasé de pommes de terre © Greta Garbure

Filet de bœuf Aubrac, écrasé de pommes de terre © Greta Garbure

Le « Brie truffé et affiné par Monsieur Mons, MOF 2000 » nous  chatouille quand même les narines, autant par son odeur crémeuse que par celle de la « mélano » (son diminutif) et nous lui faisons le sort qu’il mérite.

Brie truffé © Greta Garbure

Brie truffé © Greta Garbure

Mais ce n’est pas fini car le dessert — La barre chocolatée Valhrona Araguani aux truffes, glace Guanaja — est lui aussi aux truffes. Et croyez-moi, ça a une autre gueule que des truffes au chocolat même s’il y a quelques années, j’avais créé pour le Cedus (Centre d’Études et de Documentation du Sucre) des truffes au chocolat… aux truffes ! C’est délicieusement fondant en bouche et met une touche finale très glamour à ce repas d’anthologie.

Barre chocolatée et truffes © Greta Garbure

Barre chocolatée et truffes © Greta Garbure

N’oublions évidemment pas de parler des vins, d’abord dégustés à la masterclass, puis bus pendant le repas :

Les bouteilles de la Masterclass © Greta Garbure

Les bouteilles de la Masterclass © Greta Garbure

Les verres de la Masterclass © Greta Garbure

Les verres de la Masterclass © Greta Garbure

Nous n’allons vous dire que quelques mots de chacun d’eux même si c’était formidablement intéressant et qu’il y aurait beaucoup plus à raconter.
Pour les blancs, se sont succédés le « Château de Villemajou Grand Vin, AOP Corbières 2014 » (marsanne, roussane, vermentino) qui nous a beaucoup plu avec ses arômes abricoté, citronné, miellé, et sa belle fraîcheur ; le « Château de La Sauvageonne Grand Vin, AOP Coteaux du Languedoc 2015 » (grenache blanc, vermentino et viognier), sur l’abricot confit lui aussi, avec une finale longue et très fine ; le « Château l’Hospitalet Grand Vin, AOP La Clape 2015 » qui donne l’impression d’avoir les pieds dans l’eau par son côté salin marin ; le beau « Cigalus IGP Aude Hauterive 2015 » (chardonnay, viognier et sauvignon) issu d’un des premiers domaines en biodynamie de France ; l’ « Aigle Royal AOP Limoux 2015 » (100% chardonnay) aux arômes fruités et floraux et aux accents méditerranéens.
Pour les rouges, nous avons testé : le « Château La Soujeole Grand Vin AOC Malepère 2014 » (cabernet franc, malbec et merlot), AOP confidentielle localisée dans une entité écologique d’une grande richesse à côté de Carcassonne, cité justement bâtie avec le grès de la Malepère (qui signifie « mauvaise pierre ») ; le « Château La Sauvageonne Grand Vin, AOP Coteaux du Languedoc, Terrasses du Larzac 2013 » (dominante de syrah et grenache mais aussi mourvèdre et carignan), à la bouche très riche ; le « Château de Villemajou Grand Vin, AOP Corbières Boutenac 2014 » (syrah, grenache, mourvèdre et carignan, certains cépages étant centenaires), à la robe grenat profond et aux arômes puissants et élégants de fruits confiturés, d’épices douces et de torréfaction, un vin que Gérard Bertrand chérit particulièrement parce qu’il est issu du domaine familial « La Forge » qu’il a hérité de son père et où il s’est formé en tant que vigneron ; le « Château l’Hospitalet Grand Vin, AOP La Clape Coteaux du Languedoc 2014 » (syrah, grenache et mourvèdre), charnu avec des arômes de garrigue (thym, olive noire) mais aussi des tanins soyeux et beaucoup de fraîcheur ; le « Cigalus IGP Aude Hauterive 2014 » (assemblage de 7 cépages : cabernet-sauvignon, cabernet franc, merlot, syrah, grenache, carignan, caladoc), sur le fruit mûr et les épices, avec une belle acidité ; et enfin le « Clos d’Ora, AOP Minervois-la-Livinière 2013″ (grenache, syrah, mourvèdre et carignan », un vin en passe de devenir l’un des vins les plus emblématiques du Languedoc.

Après ces dégustations solides et liquides, c’est donc particulièrement repus et le ventre bien rond que nous allons nous coucher, à l’Hospitalet même. Nous avons la chambre « La Forge » — toutes les chambres font référence à un domaine de Gérard Bertrand —, dotée d’une mezzanine et nous nous endormons évidemment dans les bras de Morphée — à moins que ce ne soit de Morfal ! — en faisant des rêves fleurant bon la truffe et où le vin coule à flots.

Blandine Vié

(et Patrick)

http://www.gerard-bertrand.com

Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

À la rencontre des cépages 
modestes et oubliés

André Deyrieux

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Disons-le tout net, ce livre m’a passionnée !
Et pourtant, je craignais qu’il soit un peu trop technique pour ma pomme. Mais c’est tout le contraire, c’est un livre initiatique et maintenant que je l’ai lu, j’ai l’impression d’être un « Compagnon du Tour de France » ayant effectué son compagnonnage.
Il y a longtemps que je n’apprécie plus le vin seulement pour le plaisir de le boire (pourtant jamais mis en défaut), ni même pour son élaboration dans le secret des chais — car j’aime aller sur le terrain et j’ai déjà visité des centaines de vignobles et de caves d’un bout à l’autre de la France et même au-delà de quelques frontières — mais, ayant pénétré son intimité et sa généalogie jusqu’au tréfonds de ses racines, j’y trouve désormais une nouvelle dimension et je ressens un lien encore plus intense avec ce breuvage dionysien.

J’aimais déjà — aussi — le vin pour son potentiel culturel et tous les magnifiques textes qu’il a pu susciter en littérature et en poésie, de même que les peintures évocatrices accrochées aux cimaises des musées, et bien sûr les mythes dont la religion chrétienne ne manque pas — à cet égard, la Bible est riche de métaphores viniques pédagogiques —, mais maintenant, j’ai une proximité « familiale » avec cette boisson enivrante à bien des titres (et je ne parle pas seulement du degré alcoolique !).
Certes, je ne me souviens pas de tous les cousinages découverts dans le bouquin, ni de tous les chemins parcourus pour qu’un cépage s’implante dans une région lointaine — comme lorsqu’un fils quitte le nid de ses parents et crée une nouvelle branche — mais tout ça a pris un sens nouveau pour moi, comme un mystère dévoilé. Et je garde précieusement cet ouvrage pour le consulter chaque fois que nécessaire !

J’ai évidemment admiré le travail de copiste de tous les ampélographes — l’ampélographie étant la discipline commune à la botanique et à l’œnologie traitant des cultivars de vignes cultivés en viticulture : les cépages — qui, au fil des siècles, ont traqué les bourgeonnements, les rameaux, les feuilles, les grappes, les sarments et ainsi contribué au fait que l’on puisse retracer aujourd’hui cet immense arbre généalogique qui nous raconte aussi l’histoire de nos terroirs.
Mieux, ça m’a émue. J’ai pensé à mes aïeux de l’époque où la France était encore agricole et où quelques-uns de mes arrière-grands-pères ont probablement eu les mains aussi noueuses que des ceps à force de travailler cette terre nourricière que nous avons tellement négligée en acquérant pourtant — paradoxalement — de l’instruction. Et moi qui suis Parisienne avec des origines diverses (sud-nord-ouest-est : pas de jaloux même si le sud domine indéniablement), je me suis sentie de vraies racines et non plus seulement un héritage dilué. Merveilleux cadeau, s’il en est.

Mais trêve de considérations personnelles — même si le « ressenti » d’un livre est un critère essentiel à mes yeux —, passons à l’ouvrage lui-même.
D’abord il est beau, élégant, imprimé sur du joli papier glacé, avec de belles illustrations et une mise en page soignée qui en facilite la lecture. Et c’est important, le confort de lecture.
Ensuite, son articulation est intelligente, surtout pour le néophyte qui peut ainsi assimiler graduellement ce qu’il lit. D’autant que pour chaque cépage, outre le texte explicatif qui nous le décrit, nous raconte son étymologie, sa petite histoire et ses qualités d’hier, d’aujourd’hui et de demain, un vigneron qui le cultive
 nous en parle lui aussi à sa manière, ce qui est ludique et vivifiant.

Parlons aussi des auteurs car André Deyrieux, consultant en stratégie œnotouristique pour les acteurs privés et les territoires, expert en accompagnement à la labellisation « Œnotourisme des territoires », directeur de la plate-forme de conseil et de services de l’œnotourisme wine tourisme consulting et président de l’association « Rencontres des cépages modestes » qui œuvre à la connaissance, la sauvegarde, la promotion et la mise en valeur culturelle des cépages modestes — excusez du peu ! — a fédéré une douzaine d’experts pour nous parler de ces cépages modestes, oubliés, ou à tout le moins méconnus mais pour lesquels, heureusement, un fort regain d’intérêt se dessine. Citons Bruno Quenioux, Philippe Meyer, Jean Rosen, Jacky Rigaux, Henri Galinié, Jean-Luc Etievent, Marc Basile, Denis Wénisch, Yves Legrand, Catherine et Hervé Bourdon, Olivier Yobrégat.
Un petit coup d’œil par ici pour en savoir plus sur André Deyrieux : http://www.winetourisminfrance.com

Personnellement, je me suis régalée à découvrir ou mieux connaître l’aubun ; l’arrouya et son cousin l’erremaxaoua, héritiers basques de la lambrusque sauvage, avant même l’arrivée des Romains ; les avantages de la complantation ; le corbeau ; la counoise ; l’enfariné ; le fer servadou ; le genouillet qui donnait un vin avec lequel on préparait les « œufs en couilles d’âne » (œufs en meurette) chers à Rabelais ; le gouais ; le mailhol ; le mollard aux grains d’un beau noir bleuté ; le persan encore surnommé bâtarde longue ; le petit verdot dit aussi « les mains sales » (non, rien à voir avec Sartre) ; le pineau d’Aunis qualifié de « vin de grenier » lorsqu’il est vinifié en vin de paille ; l’œillade ; le poulsard qui fut commercialisé péjorativement comme « vin d’andouillette »… et là c’est bien le seul petit point qui me titille dans cet ouvrage car en tant que nouveau juré de la prestigieuse AAAAA (Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique), je déplore qu’on puisse penser qu’une andouillette ne mérite pas d’être accompagnée par un vin fin ! Et quelques autres.

Un livre-conservatoire informatif qui nous fait re-découvrir notre héritage viticole. C’est bien simple, chaque amateur de vin se devrait de l’avoir dans sa bibliothèque.
Un livre qui me donne aussi envie de faire un herbier spécial feuilles de vigne !

À noter encore que ce bouquin qui est un véritable plaidoyer pour notre patrimoine a reçu le Prix Spécial Coup de cœur des Prix Livres en vigne 2016.

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Nous vous avions d’ailleurs déjà parlé d’André Deyrieux ici :
https://gretagarbure.com/2016/04/18/saynetes-21/
et là : https://gretagarbure.com/2013/08/14/evasion-jeux-et-divertissements-2/

Blandine Vié

À la rencontre des cépages modestes et oubliés
L’autre goût des vins
André Deyrieux
Préface de Dominique Hutin
Dunod
Prix : 26 €

Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

Venise
gourmande et créative

Enrica Rocca

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Voici un livre qui ne pouvait pas échapper à mon attention sinon à ma vigilance vu mon amour pour la cuisine italienne. Et disons-le tout de suite : c’est un un très beau livre ! Visuellement d’abord à cause des magnifiques photos de Jean-Pierre Gabriel mettant en scène la verrerie de Murano qui sait aussi se faire vaisselle : coupes, assiettes, plats. On est sous le charme rien qu’en regardant la couverture ! Ce livre est en effet une ode au verre de Murano.
Comme le dit si bien Pierre Rosenberg, membre de l’Académie Française, Président honoraire du musée du Louvre qui a préfacé l’ouvrage : « Murano, ce fut, c’est encore, ce sera longtemps l’industrie du verre, l’artisanat du verre, l’art du verre dans son extraordinaire variété, dans sa stupéfiante vitalité, dans son épuisable inventivité. » 
Et puis Venise est un lieu mythique qui fait fantasmer !

Mais passons aux recettes.

Ça commence évidemment par l’apéritif donc, à tout seigneur tout honneur, au spritz dont nous vous disions déjà tout ici : https://gretagarbure.com/2016/07/02/les-mots-des-mets-6/. Au spritz et à tout ce qui tourne autour, notamment les tramezzini (petits sandwichs), mot inventé par le poète Gabriele d’Annunzio pour remplacer le mot anglais. Dans les années soixante, le tramezzino était reconnu comme le parfait accompagnement du spritz.

Dans le chapitre des Antipasti (Hors d’œuvre), la part belle est faite aux fruits de mer et aux céphalopodes — la couverture nous le rappelle — car Venise est aussi l’un des plus importants ports d’Italie avec plus de 30 millions de tonnes de marchandises y transitant chaque année, comme on peut s’en rendre compte au marché de Venise.

Au marché de Venise © Greta Garbure

Au marché de Venise © Greta Garbure

Jugez plutôt : insalata di mare (salade de la mer), insalata di polpo (salade de poulpe, en couverture du livre), petits calamars et petites seiches, couteaux, crevettes, moules, araignée, crabes mou, crevettes grises, etc.

Au chapitre des Primi piatti (Premiers plats ou Entrées), vous découvrirez les gnocchi aux pommes de terre à la sauce tomate, la pasta fresca (les pâtes fraîches), il vero risotto (le vrai risotto), les bigoli (macaronis), les spaghetti, les risotti variés, la soupe de poisson au safran, les pasta et fagioli (pâtes et haricots borlotti), une recette que j’affectionne particulièrement depuis que j’en ai mangé dans une trattoria de Rome nichée dans une ruelle du Trastevere.

Le chapitre suivant nous parle des Secondi piatti (plats principaux ou plats de résistance) et des plats traditionnels que sont les poissons — toujours — : fritto misto con verdure (friture mixte de poissons et légumes), filets de saint-pierre, salade au thon mais aussi carpaccio dont nous vous avons déjà narré l’étrange histoire : https://gretagarbure.com/2012/11/28/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots/
Vous y trouverez aussi  des recettes de polenta aux petits oiseaux, de pintade, de canard (sauvage) farci — il y a une tradition de chasse au canard dans la lagune vénitienne —, de lapin aux artichauts, de polpette (boulettes), de porc à la casserole, de foie à la vénitienne, d’animelle fritte (à traduire par « ris de veau » et non pas par « animelles » comme en français, mot qui lui, correspond aux testicules de mouton).
L’auteur prône les volatiles sauvages mais en ce qui concerne les pintades, j’ai des doutes, la pintade domestiquée étant déjà extrêmement facétieuse (et bruyante), n’hésitant pas à grimper dans les arbres pour échapper à ses poursuivants.

Un chapitre est également consacré aux Contorni (garnitures) avec une salade de « castraure » (petits artichauts violets), une peperonata (poivronnade) jamais aussi bonne qu’avec des fusilli (pâtes torsadées), de la zucca (citrouille), du radicchio (salade rouge de Trévise), des petits oignons à l’aigre-doux, des tegoline (haricots verts), des melanzane al funghetto (aubergines traitées comme des cèpes), un grand classique de la cuisine italienne que l’on prépare sans tomate à Venise où les aubergines sont longues, fines et de couleur violet clair, et enfin la polenta que l’on préfère blanche à Venise.

Enfin, comme il se doit, le dernier chapitre est voué aux Dolci (Desserts). Se succèdent donc les recettes des zaeti (biscuits à la farine de maïs), des beignets à la vénitienne, des galani (ailes d’ange), de la crème frite, du tiramisù dont nous vous livrions tous les secrets ici : https://gretagarbure.com/2013/02/16/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-8/, de la crème fraîche glacée, des bussolai e esse (biscuits secs à la consistance et à l’arôme très particuliers), des bussolai forti di Murano (gâteaux très sucrés au chocolat, fruits confits, pignons, rhum et poivre blanc), très populaires dans la lagune, et du sgroppino (sorbet au prosecco et à la vodka).

Bon, vous savez que je suis pointilleuse alors malgré mon engouement pour ce livre, je vais tout de même faire quelques petites remarques :
— Il est mentionné dans le livre que l’apérol (amer du groupe Campari) titre 11°. Effectivement faiblement alcoolisé à l’origine, en raison de l’envolée du spritz qui a pratiquement détrôné tous les autres apéritifs sur le marché français ces dernières années, en 2012 le groupe Campari a décidé de le passer à 15° afin qu’il puisse se positionner dans la catégorie des spiritueux (qui démarre à 15°).
— Étant donné le « parrainage » prestigieux de Pierre Rosenberg, de l’Académie Française, j’aurais aimé que quelques petites fautes (d’ailleurs peut-être dues à une traduction) ne figurent pas dans ce livre : l’emploi de « frigidaire » (qui est une marque) au lieu de réfrigérateur (recettes de la mayonnaise et du fritto misto), de « cuillère » au lieu de cuillerée (dans toutes les recettes) et du verbe « apporter » plutôt qu’amener (recette du carpaccio). Sans parler de « spezzatino » (coupé en morceaux) traduit un peu hâtivement je trouve par goulash. Je sais, je pinaille mais…

Il s’agit en tout cas d’un beau livre à ranger dans sa bibliothèque. Reste à savoir où : au rayon livres de cuisine ou au rayon bouquins d’art ?

 Blandine Vié

Venise gourmande et créative
Enrica Rocca
photographies Jean-Pierre Gabriel
Préface Pierre Rosenberg
Éditions des Falaises
Prix : 29 €

Déjeuners de presse

Le champagne Pannier mis en scène
au restaurant « Le Laurent »

Comme  le protocole nous autorise à présenter nos vœux pendant tout le mois de janvier, levons à nouveau notre verre de champagne. Avec de jolies bulles Pannier cette fois-ci. Le déjeuner a lieu au restaurant « Le Laurent » dont vous savez que j’apprécie beaucoup le chef, Alain Pégouret, pour son talent bien sûr mais aussi pour sa gentillesse. Voici le menu que nous avons eu le plaisir de déguster :

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À l’apéritif, nous avons bu un blanc de noirs (98% pinot noir grand cru et 2% pinot meunier – 34 €) très droit en bouche, frais et tendu, épatant pour ouvrir l’appétit et suffisamment puissant pour affronter aussi des saveurs marines délicates comme un sandre en croûte ou une langouste bellement rôtie. Mais attaquons sans attendre !

En entrée, voici des « Saint-Jacques marinées, lait crémeux au goût fumé, salade potagère aux noisettes » accompagnées d’un champagne brut blanc velours (72% chardonnay, 20%pinot noir, 8% pinot meunier – 59,50 €). Un assemblage subtil,  élégant et velouté, absolument parfait sur des saint-jacques, comme il aurait pu l’être sur une lotte. Les noisettes lui vont bien. Elles apportent une petite touche bienvenue comme un bijou bien choisi sur la robe d’une femme.

Saint-Jacques marinées, lait crémeux au goût fumé, salade potagère aux noisettes © Greta Garbure

Saint-Jacques marinées, lait crémeux au goût fumé, salade potagère aux noisettes © Greta Garbure

Champagne Pannier velours blanc © Greta Garbure

Champagne Pannier velours blanc © Greta Garbure

Le plat principal est une jolie pièce de veau (morceau charnu entre deux côtes) dorée au sautoir et flanquée d’un risotto aux trompettes de la mort avec des jeunes poirées (bettes) au jus, légume que j’adore. Pour l’escorter l’étonnant champagne rubis velours (56% pinot noir, 10% pinot meunier, 34% de vin rouge de champagne, vieilli 4 ans en cave) nous surprend agréablement sur la viande. On nous le vante même pour accompagner une côte de bœuf grillée ou un magret de canard. Sans doute pour le magret mais je suis moins convaincue par la côte de bœuf même si les accords audacieux n’ont rien pour me déplaire et que je ne demande qu’à tester. Mais je trouve le choix du veau plus judicieux et je pense que je l’aurais également adoré sur un pigeon. Toujours est-il que par son style unique, très atypique, il délie les langues autour de la table et son fruité légèrement croquant de cerises et de fraises des bois en bouche rallie tous les suffrages.

Entrecôte de veau, risotto aux trompettes dela mort, jeunes poirées au jus © Greta Garbure

Entrecôte de veau, risotto aux trompettes dela mort, jeunes poirées au jus © Greta Garbure

Champagne Pannier rubis velours © Greta Garbure

Champagne Pannier rubis velours © Greta Garbure

Le dessert s’annonce : une « Tarte légère aux marrons et aux coings façon « Mont-Blanc » » que nous buvons avec un champagne rosé velours (30% raisins chardonnay, 70% pinot meunier et noir, élaboré par saignée). Je n’aurais pas parié sur l’accord avec les marrons mais ça fonctionne très bien car la texture du dessert et celle du vin sont soyeuses et veloutées et se répondent bien (comme dans le poème « Correspondances » de Baudelaire : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »), donnant de la volupté à l’ensemble. Les sons ? Mais oui : la petite musique des bulles, voyons ! La fraîcheur joyeuse de ce champagne de dessert émoustille la tarte avec (im)pertinence.

Tarte légère aux marrons et auxcoings façon «Mont-Blanc » © Greta Garbure

Tarte légère aux marrons et auxcoings façon «Mont-Blanc » © Greta Garbure

Tarte (vue plongeante) © Greta Garbure

Tarte (vue plongeante) © Greta Garbure

Champagne Pannier rosé velours © Greta Garbure

Champagne Pannier rosé velours © Greta Garbure

Et quoi de mieux que de terminer un repas l’estomac et le cœur réjouis ?

http://www.champagnepannier.com

Blandine Vié

Savoir-faire

Le beurre de sauge

Ravioles de Romans au saint-marcellin cuisinées au beurre de sauge avec des copeaux de parmesan © Greta Garbure - copie

Ravioles de Romans au saint-marcellin cuisinées au beurre de sauge avec des copeaux de parmesan © Greta Garbure – copie

De la famille des Lamiacées, la sauge est une herbe que j’ai appris à cuisiner en Italie où on l’appelle salvia, autrement dit la « salvatrice » tant elle a toujours été considérée depuis l’Antiquité comme une panacée médicinale. Elle fut notamment très usitée au Moyen-âge, tout comme en médecine chinoise. Mais rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’inventaire de ses vertus bienfaisantes d’un point de vue médical, seulement vous inciter à l’apprivoiser en cuisine et pas seulement en tisane (portant souveraine). Il y a d’ailleurs un dicton provençal qui dit : « Qui a de la sauge dans son jardin, n’a pas besoin d’un médecin » !

Il y a beaucoup d’espèces de sauges mais deux ont retenu mon attention : la sauge cultivée des jardins, herbe aromatique fraîche à grandes feuilles et la sauge sauvage, à feuilles plus petites dont les tiges font du bois, comme on le voit bien sur la troisième photo ci-dessous : c’est presque un petit arbuste. Celle des jardins, c’est celle que vous trouvez au marché, avec ses feuilles veloutées couleur vert de gris. La sauvage tire un peu plus encore sur le gris et elle a l’avantage de pouvoir se faire sécher alors que la sauge cultivée fane.

Sauge cultivée des jardins © Greta Garbure

Sauge cultivée des jardins © Greta Garbure

Sauge sauvage © Greta Garbure

Sauge sauvage © Greta Garbure

Sauge des vignes © Greta Garbure

Sauge des vignes © Greta Garbure

On l’utilise fraîche ou sèche, froissée, en feuilles ou en branches.  Autrefois dans nos campagnes, quand nos grands-mères connaissaient encore le bon usage des « simples » et leurs bienfaits, elles en mettaient traditionnellement dans certaines soupes comme l’aïgo boulido ou le tourain à la tomate, voire dans le coulis de tomate et la purée de pois cassés. En Italie, elles sont indispensables dans les saltimbocca alla romana (scaloppine de veau roulées en bouchées avec une fine tranche de jambon cru et une feuille de sauge à l’intérieur), dans l’osso buco, avec le foie de veau grillé, le lapin, les marinades de gibier (pour ses vertus aseptisantes) et les légumes secs. J’avoue que personnellement, avec le lapin, je ne peux plus m’en passer ! Mais là où elle est absolument divine, c’est avec les gnocchi ou les ravioles… au beurre de sauge.

Si vous avez l’opportunité de vous en procurer — moi c’est Matthieu Rozel, un vigneron de la Vallée du Rhône à qui j’ai rendu visite à Vallaurie qui m’en a proposé car elle borde spontanément ses vignes —, surtout n’hésitez pas à préparer ce beurre et à le congeler, vous ne le regretterez pas.

La recette

Les ingrédients :

du beurre de qualité (ici 500 g)
une beau bouquet de sauge sauvage

Tout d’abord, sortez le beurre du réfrigérateur à l’avance pour qu’il soit à température ambiante.
Dès qu’il a la bonne consistance, effeuillez la sauge et ciselez-la plus ou moins finement selon le goût.

Ciseler la sauge © Greta Garbure

Ciseler la sauge © Greta Garbure

Fractionnez la moitié du beurre en morceaux dans un petit cul-de-poule.

Couper le beurre en morceaux © Greta Garbure

Couper le beurre en morceaux © Greta Garbure

Parsemez le beurre avec la moitié de la sauge. Recouvrez avec le reste de beurre en morceaux et parsemez le reste de sauge en surface.

Parsemer le beurre de sauge © Greta Garbure

Parsemer le beurre de sauge © Greta Garbure

Malaxez bien à la fourchette.

Malaxer à la fourchette © Greta Garbure

Malaxer à la fourchette © Greta Garbure

Déposez maintenant la masse sur une feuille de papier sulfurisé.

Déposer le beurre sur une feuille de papier sulfurisé © Greta Garbure

Déposer le beurre sur une feuille de papier sulfurisé © Greta Garbure

Enveloppez le beurre dans cette feuille et oubliez-le au réfrigérateur quelques heures.

Envelopper le beurre © Greta Garbure

Envelopper le beurre © Greta Garbure

Déballez alors le beurre.

Déballer le beurre © Greta Garbure

Déballer le beurre © Greta Garbure

Coupez la motte en rondelles, puis recoupez chaque tranche en cubes.

Couper en rondelles © Greta Garbure

Couper en rondelles © Greta Garbure

Recouper en cubes © Greta Garbure

Recouper en cubes © Greta Garbure

Et voilà, il n’y a plus qu’à mettre ces cubes dans une boîte ou un sac en plastique alimentaire et les entreposer au congélateur. Soustrayez un cube ou deux au fur et à mesure de vos besoins pour parfumer une soupe, une sauce, des gnocchis ou des pâtes, etc. etc.

Bon appétit !

Blandine Vié