Catégorie: Jeux de quilles

Jeux de quilles

Pézenas, ma belle !

Au milieu des discussions acerbes et des tentatives d’assassinats virtuels à la mode des réseaux sociaux, il y a aussi le droit de dire du bien ou le devoir de dire du mal des vins que l’on boit, chacun selon son humeur ou son besoin de notoriété. Non, pas vous ! Pas vous, les clients finaux, finauds ou parfois fino : vous n’êtes après tout que des videurs de bouteilles pleines, des con-sommateurs ignares, des bouzilleurs de rêves de gloire et de notoriété usurpées pour des néo-vignerons prétentieux et des critiques boursouflés. Non ! Seulement nous, les ceusses qui s’auto-autorisent tout.

Pendant que le mundillo minuscule des enfileurs de quilles s’écharpe sur certaines règles non écrites de bien ou de malséance, j’ai choisi de dire du bien d’une appellation tout entière. Ah bah oui mais non…! Bien qu’évoquant assez régulièrement tout l’amour que j’éprouve quand je bois des vins du Languedoc et du Roussillon, est-il œnotouristiquement correct de mettre en avant une ville plutôt qu’une autre ? N’aimerais-je pas assez les vins d’Aniane, bouderais-je ceux de Montpeyroux ? Que nenni ! Cracherais-je trop systématiquement ceux de Saint-Chinian, Collioure, Limoux, Boutenac, Banyuls-sur-mer ou La Livinière ? Plutôt crever ! Résolument, je resterais sourd aux objurgations racistes qui tenteraient de me détourner de ma fascination pour les vignerons et les vins de cette bonne et belle ville de Pézenas !

Vous devrez avant tout arpenter ses ruelles, deviner ses hôtels particuliers et respirer l’âme de cette ville, honorée par la naissance de Boby Lapointe et « l’avènement » du grand Molière. Il convient d’y prendre son temps, à la condition de ne pas s’empêcher la visite de quelques domaines importants (sur rendez-vous, svp).

Domaine du Pech Rome © Greta Garbure

Domaine du Pech Rome © Greta Garbure

Outre la personnalité de ses propriétaires Mary et Pascal Blondel, le domaine Pech Rome à Neffiès m’a emballé par la typicité de ses vins, caractérisés par la fraîcheur et le fruité. À divers titres, ce sont vraiment des vins de plaisir intenses mais sans façon. On sent une indiscutable envie de bien faire et les prix sont assez doux pour vous donner le sourire. J’ai adoré la cuvée Clemens à dominante de grenache. Le mourvèdre de Florens demande encore à s’ouvrir dans votre cave pendant un an ou deux. N’hésitez pas.

Domaine Le Conte des Floris, Domaine des Aurelles, Prieuré Saint Jean de Bébian © Greta Garbure

Domaine Le Conte des Floris, Domaine des Aurelles, Prieuré Saint Jean de Bébian © Greta Garbure

À partir de cépages de très nobles extractions sur des sols de beaux calcaires, de coulées volcaniques basaltiques et de galets roulés, le Prieuré Saint Jean de Bébian offre (pardon, ce n’est qu’une façon de parler !) une petite dizaine de cuvées de haute tenue. Mes préférées se trouvent dans leur milieu de gamme : La Chapelle de Bébian, avec pour le rouge des arômes de garrigue, de fruits noirs et une finale épicée, pour le blanc un fruité fin soutenu par une salinité bienvenue que l’on retrouve également dans l’excellent rosé.
Pas non plus d’esbroufe chez Daniel Le Conte des Floris : les cuvées sont ce qu’elles doivent être ! Les cépages s’adaptent aux sous-sols, chacun le sien et les accordailles semblent tomber sous le sens à la dégustation. J’ai notamment adoré que la syrah sur roches carbonifères ne soit pas que variétale : oui, la violette et le poivre sont là mais dans une complexité alliée à une netteté impressionnantes. Il faudra goûter ses blancs admirables : Lune blanche (carignan) et Lune rousse (roussanne).
Et puis, il y a le janséniste fou à l’exubérance extrêmement contenue : Basile Saint Germain, le créateur en 1995 du domaine des Aurelles à Nizas.
Plus bio que bio, avec des jachères respectueuses de l’environnement, des extractions modérées et des élevages longs, exclusivement en cuves, mais surtout à l’arrivée, des vins d’une grande pureté, de l’élégance à tous les étages, en fait des ovnis jouissifs et incomparables. Vous aurez du mal à trouver mieux que Déella, Solen et Aurel, chacun dans son genre. Et pour moi, les 85% de mourvèdre de la cuvée Aurel m’espantent tous les ans par leur parfaite maturité, contrairement à ce qu’affirment à propos de ce cépage les dictons les plus éculés.
Si vous arrivez à mettre la main sur son unique blanc, 100% roussanne, vous ne le regretterez pas : c’est un immense vin qui joue dans la cour des plus beaux hermitages et châteauneuf-du-pape. Et ne critiquez pas son prix, nous sommes là parmi les plus grands vins du monde.

http://www.domainepechrom.com
http://www.domainelecontedesfloris.com
http://www.les-aurelles.com
http://www.bebian.com

On aura garde de ne pas négliger quelques autres jolies propriétés bien tenues :
– Villa Tempora,
– Domaine La Grange,
– Domaine Magellan,
– Domaine de Fabrègues,
– Domaine de l’Aster,
– Domaine de Nizas,
– Domaine Monplezy,
et quelques autres que je n’ai pas goûtés… malheureusement !

Patrick de Mari

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Trois vins du Jura

Parmi les vins que l’on boit rarement (j’espère !) figurent ceux que l’on n’offrirait même pas à son pire ennemi, les tisanes de chêne, les accidentés de la vigne, des qui puent le cloaque de poules qui se négligent, la sueur de poney ou les dessous de bras de sconse par temps d’orage. Dans un sens plus positif il est dommage de ne pas encaver plus souvent quelques jolies bouteilles de shiraz australienne. On méconnaît les pourtant beaux tokays hongrois. Les prix des grands vins de la Nappa Valley nous les rendent encore plus étrangers. Les Français sont les champions du monde de la consommation des pires portos de cavalerie (ruby et tawny) quand les connaisseurs Britons se réservent les plus grands vintages ainsi que les meilleures bouteilles de vieux madères.

Trois vins du Jura © Greta Garbure

Trois vins du Jura © Greta Garbure

Et puis, il y a d’autres vins, moins accessibles au plus grand nombre, moins médiatisés mais qui apportent des joies bien réelles. Vous ne les trouverez d’ailleurs que chez les bons cavistes.

Au cours d’un récent dîner, j’ai eu le plaisir de boire trois vins du Jura particulièrement fameux :
— Un poulsard 2011 (15 €) du champion presque retraité Jacques Puffeney. Un vin sur la finesse qui peut désarçonner les néophytes par ses arômes de cerises à l’eau-de-vie, l’absence de tanins dominateurs et la couleur très pâle de sa robe, presque rose. Cette fraîcheur épicée est un délice, un joli bonbon pour les gourmands, de la soie et des dentelles pour les coquettes.
— Le savagnin 2009 (18 €) du même génial vigneron m’attaque avec cardamome, curcuma et fruits secs (très secs). La noisette domine. Les agrumes et l’oxydation apporte vivacité et finesse qui laissent vite place à une complexité magnifique dont on garde longtemps la trace.
— Pour finir, on me sert un vin jaune 2006 « Les Bruyères » (80 €) de Bénédicte et Stéphane Tissot dont les vignes sont cultivées en biodynamie. Le millésime est relativement récent, ce qui n’empêche pas une grande concentration au nez et en bouche, avec juste ce qu’il faut d’amertume et d’acidité pour obtenir un bien bel équilibre. Issu de vieilles vignes de savagnin, six ans passés en fût, environ un tiers d’évaporation naturelle sans ouillage (c’est-à-dire qu’on ne refait pas les niveaux).
S’il est recommandé de ne pas parler sèchement à un Numide (!), en revanche la sécheresse du vin jaune — et singulièrement de celui-ci — me va bien quand elle accompagne une tendre volaille crémée aux morilles. Mais mon bonheur vient surtout lorsque ma bouche reçoit dans le même mouvement des éclats de vieux comté bien sec et une gorgée de vin jaune, déjà revendiqué ici : 
https://gretagarbure.com/2016/05/04/sur-un-plateau-17/ 

Goûtez les vins du Jura, vous ne les oublierez plus jamais !

Patrick de Mari

 

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Une effervescence « on the Rocks » !

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Je ne suis pas très favorable (euphémisme !) au mot piscine accolé à du rouge ou du rosé médiocre qui serait miraculeusement sauvé par des glaçons. Mais après tout, ça fait toujours moins de mal que bien des apéritifs aromatisés, anisés ou très chargés en alcool. L’étymologie de l’apéritif laisse présumer qu’il ouvre l’appétit. Alors il doit pouvoir allier la légèreté, un poil d’acidité et une charmante amertume en finale : le succès du Spritz, récent en France mais bien établi à Venise, est autant dû à l’Apérol et à l’eau gazeuse qu’au prosecco local. Ce prosecco qui fait une percée impressionnante : il vient de dépasser les ventes mondiales de notre champagne, du moins en nombre de bouteilles (330 millions environ). Pas d’inquiétude, ils ne boxent pas dans la même catégorie et il y a de la place pour tout le monde. D’ailleurs, nous avons en France d’autres bulles à faire valoir avec les crémants d’Alsace, de Bourgogne, de Bordeaux, de Loire, du Jura, clairettes, blanquettes et plus encore. Il faut se souvenir que c’est à Limoux qu’est né le premier vin effervescent, dès le XVIe siècle, et que le mauzac se plaît à y pétiller !
Sur GretaGarbure.com, nous avons déjà dit tout le bien que nous pensions du travail et des réalisations de la célèbre coopérative Sieur d’Arques : https://gretagarbure.com/2013/04/04/degustations-9/. Un jour, nous vous parlerons plus en détail des 4 terroirs, bien identifiés et délimités, dont on tire les cuvées « Toques et Clochers » qui magnifient le chardonnay à un niveau qui en surprendra plus d’un.

VERRE_On_The_Rocks_Sieur_d'Arques

Mais aujourd’hui, nous voulons vous parler du petit dernier de la maison, un vin qui va faire gémir ! De rage : les puristes, les connaisseurs à qui on ne la fait pas, les intégristes de la montagne de Reims… De plaisir : ceux qui cherchent (et trouvent) des nouvelles raisons d’être heureux de ce qu’ils boivent.

Titrant seulement 6°, on doit le servir très frais, dans des grands verres pleins de glaçons, d’où son nom « on the Rocks » ! Très fruitée, sur la pomme et les fruits jaunes, c’est une boisson parfaite pour les échanges sans façons, après un tournoi de pétanque ou de bridge, avant le dîner ou tard dans la nuit. Tout ça pour dire que ce vin blanc pétillant de Limoux a tout pour lui, tout pour se hisser en termes de qualité au-dessus d’une très grande majorité de cavas espagnols et de proseccos italiens. Au prix de 6,50 € en Grandes et Moyennes Surfaces, on aurait tort de s’en priver ! Il vise clairement les clientèles jeunes, décomplexées, les amateurs de boissons alcoolisées qui ne mettent pas immédiatement minable, ceux qui fuient le binge drinking et désirent au contraire conserver une certaine élégance en société. C’est une création commerciale ciblée, produite pour plaire au plus grand nombre et je ne m’offusquerai pas que les consommateurs séduits puissent prendre du plaisir tout en conservant quelques points sur leurs permis de conduire.

Allez la jeunesse, amusez-vous mais restez dignes .
Et les vieux aussi !

Patrick de Mari

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Pour se rafraîchir le bec !

Durant Vinexpo, au milieu des 50 000 m2 du Parc des Expositions de Bordeaux-Lac et après avoir arpenté plusieurs fois par jour les 840 m du Hall 1, il peut arriver qu’on ressente un léger coup de moins bien, pas l’envie de goûter la gamme complète d’une nouvelle appellation bulgare, juste besoin de se rafraîchir le bec. Le jus d’ananas de la salle de presse est à 20 minutes de marche et mes doigts de pied commencent à crier grâce !

C’est à ce moment précis que mes yeux se posent sur le stand d’une coopérative corse et de ses rosés. Un tour rapide de l’île en quelques lampées me confirme que la clientèle touristique a, là aussi, imposé un style, une uniformisation des couleurs et des goûts. Tous les vins testés se sont « provencialisés », pas toujours pour de bonnes raisons. Les liquides ont pâli, perdu les caractéristiques de leurs cépages indigènes : le nielluciu et le sciaccarellu. Quel dommage !

Heureusement, j’ai pu apprécier il y a peu quelques jolies bouteilles : le patrimonio d’Yves Leccia et surtout la cuvée « marine » du domaine Pieretti dont je ne jurerais pas que sa situation sur le fief de la famille de Mari à Luri, au milieu du Cap corse, y soit totalement étrangère…!

                    Yves Leccia                    Rosé marine

Un amusant muscadellu rosé, même relativement dosé avec des bulles un peu envahissantes, m’avait fait plaisir. Je dois avouer être, dès les premières chaleurs de l’été, un adepte fervent du muscat « frizzante» comme on dit en Italie, finement pétillant.

Muscadellu

Cependant, mes champions resteront encore longtemps (avant que de jeunes iconoclastes ne me fassent changer d’avis) le domaine de Torracia de la famille Imbert près de Porto-Vecchio, tout comme le Clos Canarelli à Figari et Bonifacio. Parmi les grands vignerons qui font un bon rosé, citons également le comte Peraldi et le comte Abbatucci sur l’appellation Ajaccio et bien d’autres que Greta Garbure mettra un jour à l’honneur. La biodynamie s’installe doucement mais sûrement sur ces magnifiques sols de granite et l’on peut en féliciter nos compatriotes.

Patrick de Mari

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Une belle côte roannaise

Côte roannaise © Greta Garbure

Côte roannaise © Greta Garbure

Vous m’avez déjà entendu dire tout le bien qu’il m’arrive de penser des Grands Crus Classés bordelais. Je suis également séduit par des bourguignons complexes, des languedociens généreux ou des champagnes vineux dont des millésimes anciens me font grimper aux rideaux. De nombreuses appellations de la Loire me procurent sourire et reconnaissance. Certains  alsaciens forcent mon admiration et je tiens la colline de l’Hermitage pour le lieu sacré qui donne naissance à quelques-uns des plus grands vins du monde. Sans oublier, comment le pourrais-je, mes chers Madiran, Jurançon et Irouléguy ! Et tant d’autres encore. À raison, ces noms prometteurs donnent l’espoir de moments extatiques, de rencontres rares, de bonheurs partagés, à la mesure de leurs réputations… et de leur prix.

Et puis… il y a des appellations méconnues, des cépages modestes et des vignerons tout aussi sincères que les autres qui produisent des bouteilles pleines de joie, d’exubérance, de fraîcheur, d’amour et d’amitié.

Gamay Saint-Romain © Greta Garbure

Gamay Saint-Romain © Greta Garbure

Un exemple récent m’a enthousiasmé. Les premières chaleurs nous engagent à modifier la nature et l’origine de nos vins préférés. Remisés jusqu’à l’automne les civets et les daubes, les vins qui les accompagnent vont patienter aussi quelques mois de plus. Place à ces vins rouges « gouleyants » que l’on boit un peu frais (à partir de 12°) ! Bonum vinum laetificat cor hominis, comme dirait Najat Vallaud-Belkacem. Et celui-ci réjouit particulièrement le cœur de l’homme : les arômes fleuris du gamay saint-romain évoquent les pivoines et les roses blanches un peu fanées, la bouche légèrement poivrée révèle une explosion de fruits rouges. Cette côte roannaise cuvée « Découverte » des Frères VIAL est une petite merveille à 4,50 € TTC départ cave. On peut passer toute la belle saison à ne boire que ces bouteilles et à manger des compotes de lapin en gelée, des charcutailles, du poulet froid, des salades de (bonnes) tomates d’été…

Philippe et Jean-Marie Vial Bel-Air 42370 Saint-André d’Apchon courriel : contact@domaine-vial.com

Patrick de Mari