Tagué: Gérard Bertrand

Nos marronniers

Rendons hommage aux pères
pour la fête des pères
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Rappelons que pendant toute cette semaine nous rendons hommage aux pères et grands-pères qui ont inspiré des cuvées à nos vignerons.

Aujourd’hui, nous vous proposons
deux vins rouges :

• La cuvée « La Forge » 2014, AOC Corbières des domaines Gérard Bertrand
La propriété de Villemajou est le berceau historique de la famille de Gérard Bertrand et a été le fer de lance de l’appellation Boutenac, premier cru hiérarchisé des Corbières reconnu par l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine).
Les parcelles qui composent la cuvée « La Forge » sont situées sur le lieu-dit éponyme. C’est là que toute l’histoire familiale a commencé avec Georges, le père de Gérard Bertrand, lequel a délibérément sublimé les parcelles pour lui rendre hommage. Elle se compose de 50% de syrah (vignes de 20 ans) pour l’expression aromatique et de 50% de carignan (vieilles vignes de 80 ans) pour la noblesse du vin.
Sa robe sombre avec des reflets couleur de brique.
Son nez évoque les clous de girofle, le laurier, les truffes, le cuir et l’olive noire.
Et en bouche, elle allie puissance, finesse et complexité des arômes tertiaires. Fruitée et épicée avec des tanins très soyeux, c’est une bouteille d’exception.

Prix : 45 € départ caveau
Gérard Bertrand
Route de Narbonne Plage
11100 Narbonne
Tél : 04 68 45 28 50
Courriel : vins@gerard-bertrand.com
Site : http://www.gerard-bertrand.com

• La cuvée « O Bà ! 2015, IGP Île de beauté du domaine Yves Leccia
« Cette cuvée porte ce nom qui signifie papa en corse, en hommage à mon père, Pierre-Joseph Leccia qui m’a transmis le goût de ce métier, le savoir-faire, le goût de la précision, et la volonté de réussir ; valeurs partagées par l’ensemble des générations précédentes. » dixit Yves Leccia.
Les cépages qui composent cette cuvée sont des cépages autochtones (1/3 minustellu, 1/3 niellucciu, 1/3 grenach qui proviennent de vignes situées sur le terroir unique de Partinelone. Les vignes de cette parcelle comme l’ensemble du domaine sont actuellement en conversion en agriculture biologique.
Quelques mots sur la vinification : les raisins sont éraflés, puis mis en cuve inox à température contrôlée entre 25 et 30 °C. Cuvaison de 15 jours, remontages fréquents. Les raisins sont ensuite décuvés et pressés. Assemblage des jus de goutte et des jus de presse. Fermentation en cuve inox, thermo-régulée, pendant 15 à 20 jours. Fin de fermentation alcoolique et malolactique avant soutirage. Élevage : 12 mois en cuve inox.
2015 est un millésime solaire, très mûr, idéal pour cette cuvée. Cette année O Bà a tous les attributs d’un millésime qui peut vieillir quelques années en cave. Le nielluciu structure, le minustellu donne de la rondeur tandis que le grenache apporte le fruit. Ce vin à la robe profonde et au nez complexe est fruité en bouche. Il est épatant sur les volailles délicates et les ris de veau.

Prix : 30 € départ propriété
Yves Leccia
Lieu-dit Morta Plana
20232 Poggio d’Oletta
Tél : 04 9530 72 33
Courriel : info@yves-leccia.com
Site : http://www.yves-leccia.com

Blandine Vié

Brèves de terroir

Un dîner 100% truffes
chez Gérard Bertrand

à l’occasion de la fête de la taille

Patrick et moi étions conviés — non, ce n’est pas un gros mot même quand on s’appelle Vié ! — à la fête de la taille chez Gérard Bertrand à l’Hospitalet et ce fut un joli moment où nous nous sommes promenés sur ses terres avec le passionnant Gilles de Baudus (nous vous en reparlerons une autre fois), où nous avons taillé (très anecdotiquement) la vigne et cavé la truffe noire ou plutôt regardé le chien Arthur renifler de sa truffe jumelle les bons coins (sous les chênes, les noisetiers et les charmes) où se cachent les tuber melanosporum également surnommées « diamants noirs ».

Démonstration da taille de la vigne © Greta Garbure

Démonstration da taille de la vigne © Greta Garbure

Arthur réclame sa récompense © Greta Garbure

Arthur réclame sa récompense © Greta Garbure

Tuber melanosporum © Greta Garbure

Tuber melanosporum © Greta Garbure

Nous avons clos cette journée par une masterclass de 11 vins et par un dîner de gala dédié à ce suprême champignon, concocté avec talent par le jeune chef Laurent Chabert. 

menu-truffe

Heureusement que nous avions marché l’ après-midi car il fallait avoir une faim de loup pour ce défilé gourmand, d’autant que nous avions déjà pris un repas de fruits de mer au déjeuner ! Mais commençons à déguster :

Le délicat amuse-bouche — Le jaune d’œuf à la coque, la truffe blanche d’Alba de nos amis Italiens, mouillette & crème de champignons — s’est révélé idéal pour préparer la bouche à un festival de saveurs sylvestres prononcées.

Jaune d'œuf à la coque, truffe d'Alba, crème de champignons © Greta Garbure

Jaune d’œuf à la coque, truffe d’Alba, crème de champignons © Greta Garbure

La première entrée fut sans doute mon plat préféré : un « Marbré de homard et poireaux bios, foie gras de canard mi-cuit et truffe melanosporum » — tout en finesse et en équilibre. Peu de gens savent que le poireau peut-être un légume noble, en fondue avec des saint-jacques ou accordé à la truffe et au foie gras. Avec un peu de fleur de sel, c’est divin !

Marbré de homard et poireaux, foie gras de canard mi-cuit et truffe © Greta Garbure

Marbré de homard et poireaux, foie gras de canard mi-cuit et truffe © Greta Garbure

La seconde entrée — Un dos de sandre gratiné aux diamants noirs, crémeux et croquant de céleri-rave, jus d’arêtes — était tout aussi épatante, les saveurs terreuses du céleri-rave et de la truffe venant chahuter la chair doucereuse de ce poisson d’eau douce qu’est le sandre.

Dos de sandre gratiné aux diamants noirs, crémeux et croquant de céleri-rave © Greta Garbure

Dos de sandre gratiné aux diamants noirs, crémeux et croquant de céleri-rave © Greta Garbure

Le plat de résistance fut un « Filet de bœuf Aubrac maturé par nos soins, écrasée de pommes de terre Dita bios et jus réduit », la truffe n’étant pas oubliée bien sûr, bien que non mentionnée dans l’intitulé. Toutefois, est-ce parce que notre appétit commençait à décroître, nous fûmes tous d’accord autour de la table pour trouver que la viande était de qualité mais un peu ferme. Petit problème de maturation ou de cuisson ? Il faut dire que nous sommes deux cents convives attablés par tables de dix couverts réparties dans plusieurs salles, ce qui ne facilite pas le service, pourtant impeccable et aux petits soins.

Filet de bœuf Aubrac, écrasé de pommes de terre © Greta Garbure

Filet de bœuf Aubrac, écrasé de pommes de terre © Greta Garbure

Le « Brie truffé et affiné par Monsieur Mons, MOF 2000 » nous  chatouille quand même les narines, autant par son odeur crémeuse que par celle de la « mélano » (son diminutif) et nous lui faisons le sort qu’il mérite.

Brie truffé © Greta Garbure

Brie truffé © Greta Garbure

Mais ce n’est pas fini car le dessert — La barre chocolatée Valhrona Araguani aux truffes, glace Guanaja — est lui aussi aux truffes. Et croyez-moi, ça a une autre gueule que des truffes au chocolat même s’il y a quelques années, j’avais créé pour le Cedus (Centre d’Études et de Documentation du Sucre) des truffes au chocolat… aux truffes ! C’est délicieusement fondant en bouche et met une touche finale très glamour à ce repas d’anthologie.

Barre chocolatée et truffes © Greta Garbure

Barre chocolatée et truffes © Greta Garbure

N’oublions évidemment pas de parler des vins, d’abord dégustés à la masterclass, puis bus pendant le repas :

Les bouteilles de la Masterclass © Greta Garbure

Les bouteilles de la Masterclass © Greta Garbure

Les verres de la Masterclass © Greta Garbure

Les verres de la Masterclass © Greta Garbure

Nous n’allons vous dire que quelques mots de chacun d’eux même si c’était formidablement intéressant et qu’il y aurait beaucoup plus à raconter.
Pour les blancs, se sont succédés le « Château de Villemajou Grand Vin, AOP Corbières 2014 » (marsanne, roussane, vermentino) qui nous a beaucoup plu avec ses arômes abricoté, citronné, miellé, et sa belle fraîcheur ; le « Château de La Sauvageonne Grand Vin, AOP Coteaux du Languedoc 2015 » (grenache blanc, vermentino et viognier), sur l’abricot confit lui aussi, avec une finale longue et très fine ; le « Château l’Hospitalet Grand Vin, AOP La Clape 2015 » qui donne l’impression d’avoir les pieds dans l’eau par son côté salin marin ; le beau « Cigalus IGP Aude Hauterive 2015 » (chardonnay, viognier et sauvignon) issu d’un des premiers domaines en biodynamie de France ; l’ « Aigle Royal AOP Limoux 2015 » (100% chardonnay) aux arômes fruités et floraux et aux accents méditerranéens.
Pour les rouges, nous avons testé : le « Château La Soujeole Grand Vin AOC Malepère 2014 » (cabernet franc, malbec et merlot), AOP confidentielle localisée dans une entité écologique d’une grande richesse à côté de Carcassonne, cité justement bâtie avec le grès de la Malepère (qui signifie « mauvaise pierre ») ; le « Château La Sauvageonne Grand Vin, AOP Coteaux du Languedoc, Terrasses du Larzac 2013 » (dominante de syrah et grenache mais aussi mourvèdre et carignan), à la bouche très riche ; le « Château de Villemajou Grand Vin, AOP Corbières Boutenac 2014 » (syrah, grenache, mourvèdre et carignan, certains cépages étant centenaires), à la robe grenat profond et aux arômes puissants et élégants de fruits confiturés, d’épices douces et de torréfaction, un vin que Gérard Bertrand chérit particulièrement parce qu’il est issu du domaine familial « La Forge » qu’il a hérité de son père et où il s’est formé en tant que vigneron ; le « Château l’Hospitalet Grand Vin, AOP La Clape Coteaux du Languedoc 2014 » (syrah, grenache et mourvèdre), charnu avec des arômes de garrigue (thym, olive noire) mais aussi des tanins soyeux et beaucoup de fraîcheur ; le « Cigalus IGP Aude Hauterive 2014 » (assemblage de 7 cépages : cabernet-sauvignon, cabernet franc, merlot, syrah, grenache, carignan, caladoc), sur le fruit mûr et les épices, avec une belle acidité ; et enfin le « Clos d’Ora, AOP Minervois-la-Livinière 2013″ (grenache, syrah, mourvèdre et carignan », un vin en passe de devenir l’un des vins les plus emblématiques du Languedoc.

Après ces dégustations solides et liquides, c’est donc particulièrement repus et le ventre bien rond que nous allons nous coucher, à l’Hospitalet même. Nous avons la chambre « La Forge » — toutes les chambres font référence à un domaine de Gérard Bertrand —, dotée d’une mezzanine et nous nous endormons évidemment dans les bras de Morphée — à moins que ce ne soit de Morfal ! — en faisant des rêves fleurant bon la truffe et où le vin coule à flots.

Blandine Vié

(et Patrick)

http://www.gerard-bertrand.com

Jeux de quilles

Des bouteilles qui ont du cul !

Les culs-de-bouteille du rosé « M » de Château Mangot (famille Todeschini).

Les culs-de-bouteille du rosé « M » de Château Mangot (famille Todeschini).

Comme dirait l’autre — l’autre s’appelant tout de même Alfred de Musset ! (in « La coupe et les lèvres », 1830, Premières poésies) — : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ? ».

Il va évidemment sans dire que c’est le contenu de la bouteille qui est essentiel et que, même si le contenant est moche et guère engageant — surtout si en plus l’étiquette elle-même est laide ! — ça ne change en soi rien au vin… sauf psychologiquement !
En revanche, lorsque le contenant et le contenu sont en adéquation, le plaisir de la dégustation est augmenté par celui de l’esthétique.

Bon, il y a aussi les traditions — or, ne l’oublions pas, l’héritage, c’est le socle de la culture — qui font que certaines régions ont des formes de bouteilles typiques : l’élancée bordelaise (ou « frontignan »), utilisée aussi pour les vins du Sud-Ouest et du Languedoc ; la paradoxalement plus « gironde » bourguignonne (ou « feuille morte ») ; la longue flûte alsacienne ; la « muscadet » et l’ « anjou » dédiées aux vins de Loire ; la « jura » et le « clavelin » jurassiens ; la plus pansue rhodanienne ; la flûte à corset provençale ; la gaillacoise ; la champenoise, etc.

À cette polymorphie, s’ajoute la couleur du verre qui peut varier du transparent cristallin à des tons de vert… bouteille ou de jaune. Ce n’est pas notre propos d’en parler dans cet article.

Nous ne disserterons pas non plus sur toutes les parties qui composent la bouteille (en partant du goulot) et qui sont un peu comme les courbes d’une femme : bague (en anneau, en cordon, pleine, carrée), col (droit ou enflé), épaule (tombante, arrondie ou droite), corps ou fût ou ventre (droit, conique, renflé), jable (droit ou à talon).

Non, obsédés que nous sommes sur gretagarbure, nous ne nous intéresserons (aujourd’hui) qu’à son fond ou plus prosaïquement… à son cul ! Qui — vous ne le saviez peut-être pas — peut-être plat, piqué (creux) ou semi-piqué (moins profond que piqué).

Oui le « cul » — ou cul-de-bouteille ou culot — est un terme imagé qui désigne la partie inférieure d’une bouteille, c’est-à-dire son fond.
Fonds de bouteilles à ne pas confondre avec ceux qui servent à faire la ripopée dans les tavernes peu scrupuleuses. Et si vous ne savez pas ce qu’est une ripopée, allez voir ici : https://gretagarbure.com/2014/02/25/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-35/

Techniquement, le cul-de-bouteille est fait à partir d’un morceau de verre étalé en disque dont la partie centrale plus épaisse est réalisée par soufflage en couronne.
Quand le fond est convexe (creux), il peut être plus ou moins profond. Le juste terme pour ce « trou », cet enfoncement est « piqûre ».
On peut se demander le pourquoi de cette coquetterie.
Mais en fait, il y a plusieurs raisons à cela :
— Tout d’abord, la piqûre assure la stabilité de la bouteille afin qu’elle n’oscille pas quand elle est debout.
— Ensuite, visuellement, cela donne l’illusion d’une capacité plus importante.
— Enfin, cela facilite la prise de la bouteille pour le service du vin, le pouce pouvant se glisser dans le cul. Vous avez dit trivial… meuh non !
— Quant aux bouteilles d’effervescents, la piqûre est profonde parce qu’à une étape de la vinification, on entrepose les bouteilles « sur pointe » (pointage), c’est-à-dire sur des pupitres percés, goulot vers le bas pour que le dépôt descende vers le col par effet de gravité. La piqûre facilite alors la rotation manuelle des bouteilles.

Mais, si la tradition est une chose éminemment respectable, d’un autre côté, il est légitime de vouloir mettre sa patte et d’innover.
C’est justement ce qui nous a interpellés : l’apparition depuis quelque temps, de culs-de-bouteille… enjolivés !

La première bouteille à nous avoir surpris, c’est le rosé « Côte des roses » de Gérard Bertrand, avec son très original fond en forme de rose, dessiné par un jeune designer de l’École Boulle, en partant du postulat que ce vin peut s’offrir… comme un bouquet de roses !

Côte des roses rosé Gérard Bertrand © Greta Garbure

Côte des roses rosé Gérard Bertrand © Greta Garbure


C’est joli, séduisant et malin… car les bouteilles étant difficiles à ranger — ou alors, à l’envers dans un vase ! — on est presque « obligé » de les boire rapidement !
Tellement joli que beaucoup de consommateurs achèteront le vin rien que pour la bouteille !
Personnellement, j’ai essayé de me servir du fond de bouteille comme empreinte sur de la pâte sablée aux fins d’obtenir des biscuits en forme de roses… mais ça ne marche pas ! 😦

CUl-de-bouteille rose Gérard Bertrand © Greta Garbure

Cul-de-bouteille rose Gérard Bertrand © Greta Garbure

La deuxième bouteille croisée au fond joliment travaillé le fut lors d’une dégustation des vins « Les Terres de Saint-Hilaire », en blanc et en rosé. Un moucheté que la couleur pastel des vins fait scintiller et qui, réciproquement, fait scintiller les vins.

Oppidum rosé

Et puis, un communiqué de presse des vins Mangot nous a ravis avec son « M » de Mangot, un rosé très pur et élégant décliné en quatre flacons avec différentes piqûres personnalisées (collection « Éclat » de Saverglass). Passionnée par le design, la famille Todeschini a ainsi souhaité « faire un objet unique qui consacre l’émotion d’un vin inédit. »

Fouineuse comme je suis, j’ai voulu en savoir plus et j’ai demandé quelques précisions à Yann Todeschini. Je voulais surtout savoir pourquoi avoir adopté les quatre piqûres pour un même vin plutôt que pour quatre vins différents. Et ses réponses m’ont passionnée.
Tout d’abord, pour son équipe, chaque cul évoquait des objets différents :
• La « constellation » (ciel étoilé) : une balle de golf, des crampons de foot, un dé à coudre.
• 
La « falling star » (étoile filante) : un volcan, le ravinement d’un sol, un cupcake, des racines, une écorce, un halogène. Elle peut aussi symboliser la matière (terre ou bois) qui interpelle.
• La « star shining » (étoile brillante) rappelle un moule à canelé, une araignée, mais aussi le M de Mangot.
• La « moon rising » (lune montante) — après les étoiles, on finit sur la lune — fait quant à elle allusion à un temple, une pyramide, un verre plastique pliable de l’époque.

                              Bordelaise Éclat « Constellation »                         Bordelaise Éclat « Falling Star »                         Bordelaise Écat « Star Shining »                         Bordelaise Éclat « Moon Rising »

 Et Yann de poursuivre : « J’ai rapproché chaque cul d’un ou de plusieurs adjectifs du vin :
Star shining : à l’image du vin, fin et épuré ;
Fallling star : c’est le lien à la terre et la vivacité, comme une étoile filante ;
Constellation : c’est la complexité, le croquant ;
Moon rising : c’est l’ampleur, la largeur, le gras, la construction du vin tel un mille-feuilles.

Comme quoi regarder un cul est toujours instructif !
Comme quoi aussi, une bouteille bien culottée peut ajouter non seulement de la poésie et du charme au vin qu’elle contient, mais aussi lui conférer un petit supplément d’âme. Non parce que ça rend le vin meilleur… mais parce le cul de la bouteille aura suscité une réflexion induisant une approche plus attentive du vin et que cela préparera vos papilles à une dégustation plus subtile.

Blandine Vié

PS : Il va sans dire qu’après avoir marqué ces bouteilles à la culotte, nous vous parlerons bientôt de leur contenu !

Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

Le vin à la belle étoile Gérard Bertrand

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On entend des réflexions stupéfiantes et des jugements définitifs sur des gens connus, des « stars » d’un jour ou à la renommée bien établie. D’aucuns pensent se faire valoir en dénigrant ou en minimisant les mérites de l’autre. L’illusion d’être plus fort en étalant des sentiments médiocres est bien partagée ! La nécessité absolue d’émettre une opinion sur tout et tout le monde fait des ravages chez les esprits faibles et les envieux de tout poil. Alors, vous imaginez si c’est tentant de baver à loisir dans le dos d’un contemporain qui réussit tout ce qu’il entreprend.

Un négociant ? Pouah ! « Le propriétaire d’une dizaine de domaines ? Salaud de riche ! » « Il ne peut pas bien travailler à la vigne et au chais et s’enrichir par-dessus le marché ! » Ce ne serait évidemment pas en accord avec notre morale judéo-chrétienne franchouillarde à deux balles. Et pourtant… Et pourtant c’est le cas de Gérard Bertrand.

Désolé, Mesdames et Messieurs, mais j’aime cet homme-là ! Non pas que nous soyons intimes et que j’en connaisse tous les recoins de l’âme. Je l’ai rencontré plusieurs fois, interviewé aussi, Greta Garbure a écouté du jazz et de la soul à l’Hospitalet, nous nous sommes croisés et salués, j’ai goûté ses vins chez lui et dans des salons professionnels, j’en ai aimé certains, d’autres moins…

Gérard Bertrand et Patrick © Greta Garbure

Gérard Bertrand et Patrick © Greta Garbure

Je n’ai jamais joué au rugby avec ou contre lui et la différence d’âge n’en est pas la seule cause ! Ses presque 200 centimètres de hauteur ne font pas l’essentiel de l’homme : il a commencé par être grand dans son sport avant de devenir grand négociant-propriétaire dans le domaine du vin.

Gérard Bertrand et Patrick dans le chais © Greta Garbure

Gérard Bertrand et Patrick dans le chais © Greta Garbure

Tout est dit dans son bouquin qui, au demeurant, ne lui ressemble malheureusement pas : ampoulé, sentencieux et parfois carrément pédant, j’espère bien que ce n’est pas lui qui l’a réellement écrit ! Il permet malgré tout une approche émouvante du monsieur tel qu’il est, dans toute son humanité. Des passages sur ses relations aux autres, à commencer par son père, sont touchants et sans doute révélateurs d’une profondeur à laquelle quelques détracteurs ne veulent pas croire. Eh bien moi, j’y crois. Et les méthodes culturales — bio et biodynamie — que j’ai constatées sur le terrain font plaisir à voir, je vous le promets.

Ses vins de négoce, j’avoue ne pas les déguster souvent, mais Cigalus, le domaine de l’Aigle, la Sauvageonne, la Forge et le Clos d’Ora, tous ces vins sont à goûter au moins une fois pour se faire une juste idée de ce que le Languedoc peut donner à aimer. Et l’on s’apercevra que les forces telluriques et cosmiques ne sont évidemment pas pour rien dans les sensations de plénitude qu’ils procurent.

À bon entendeur, buvons, nous comprendrons peut-être plus tard.

Patrick de Mari

Le vin à la belle étoile
Gérard Bertrand
Photo de couverture : Fabrice Leseigneur
Éditions de la Martinière
Prix : 16 €