Catégorie: SAVOIRS

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Pourquoi dit-on une pommade ?

Pommade via sante-medecinecommentcamarche.net

Bon, je ne vous ferai pas l’injure de penser que vous ne le savez pas, bien sûr !

Une pommade est une préparation cosmétique ou pharmaceutique de consistance molle destinée à être appliquée sur la peau à des fins embellissantes, adoucissantes ou curatives. Elle est généralement constituée de plusieurs principes actifs dissous dans un excipient.

Aujourd’hui, cet excipient est de nature grasse. Mais avant ? Les premières pommades ?
Eh bien, autrefois, les pommades étaient préparées à partir de pulpe de pomme… d’où leur nom !

Tout simplement !

Pomme © Greta Garbure

Pomme © Greta Garbure

Pommes de plusieurs variétés © Greta Garbure

Pommes de plusieurs variétés © Greta Garbure

Panier de pommes © Greta Garbure

Panier de pommes © Greta Garbure

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Si vous n’aimez pas les huîtres,
serez-vous frappé(e) d’ostracisme ?

Coquille d'huître côté externe © Greta Garbure

Coquille d’huître côté externe © Greta Garbure

Non, bien sûr ! Surtout parce que ça nous en fera plus…

Néanmoins, y a quand même un rapport entre les huîtres et l’ostracisme ! Eh oui !

Coquille d'huître face interne © Greta Garbure

Coquille d’huître face interne © Greta Garbure

Parce que figurez-vous que dans l’Antiquité, chez les Grecs, et plus précisément au Ve siècle avant Jésus-Christ, il existait à Athènes une procédure de bannissement de dix ans que l’Ecclésia (l’assemblée des citoyens) infligeait par vote aux citoyens dont on craignait la puissance ou l’ambition politique. Or, à l’origine, on ne votait pas avec un bulletin… mais avec une coquille d’huître (du grec « ostrakon » et du latin « ostrea ») !

Coquille d'huître © Greta Garbure

Coquille d’huître © Greta Garbure

Elle fut remplacée plus tard par un tesson en céramique — auquel on conserva le nom d’ostrakon — sur lequel on écrivait le nom de la personne bannie puis que l’on cassait en deux. À l’issue de la période du bannissement (jamais supérieure à 10 ans), on réunissait les deux moitiés du tesson.

On a donc rajouté le suffixe « isme » à cette huître pour former le mot ostracisme qui est resté dans le langage courant.

Ce serait peut-être bien de refaire ça avec certains en politique, non ?

Huître rose © Greta Garbure

Huître rose © Greta Garbure

Vous avez tout compris ou vous avez le QI d’une huître ?

Bon, moi en tout cas, je suis comme Léon-Paul Fargue :
« J’adore les huîtres : on a l’impression d’embrasser la mer sur la bouche ! »

Huîtres © Greta Garbure

Huîtres © Greta Garbure

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

L’apanage :
rien qu’
un bout de pain ?

Corbeille de pain © Greta Garbure

Corbeille de pain © Greta Garbure

On emploie souvent — toutes proportions gardées — l’expression « c’est l’apanage de… » pour signifier qu’il s’agit d’un privilège.
Même si, depuis la nuit du 4 août 1789, tous les droits et privilèges féodaux ainsi que tous les privilèges des classes, des provinces, des villes et des corporations sont censés avoir été abolis.

Ah bon ?

Historiquement, l’apanage — car le mot remonte à avant la Révolution — c’était une portion du domaine royal que le roi assignait à ses fils puînés ou à ses frères, donc à des princes ou à des pairs, et qui faisait retour au domaine si son détenteur mourait sans héritier direct mâle. Autrement dit, le bénéficiaire avait la jouissance du domaine foncier de son vivant mais pas la propriété s’il n’avait pas de fils.

Par extension, l’apanage désigne un bien exclusif, un attribut, un privilège concernant une catégorie de personnes. Par exemple : la vente des biens immobiliers est l’apanage des notaires.
Ou encore : « Le cocuage est naturellement l’un des apanages du mariage » comme nous le rappelait (déjà) Rabelais !

Mais l’amusant dans l’histoire, c’est la formation du mot apanage. Car il vient de l’ancien français « apaner », dérivant lui-même du latin médiéval « apanare » signifiant « donner du pain », d’où doter !
Car tous ces mots ont pour origine le mot latin « panis »… ni plus ni moins que du pain !

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Être dans le pétrin

Pétrin via deschamps-web.com

C’est une expression qui nous vient des Romains.

Lorsque les esclaves étaient punis, l’un des châtiments était de les condamner au pistrinum — mot qui a donné « pétrin » en français — ou moulin à moudre le blé une tâche très dure physiquement. Tellement harassante qu’épuisés, ils tombaient souvent dans la mouture.

Une métaphore que d’aucuns font remonter seulement au XVIIIe siècle et faisant plutôt référence au coffre en bois — ou pétrin — dans lequel on pétrissait le pain. On y versait d’abord la quantité de farine voulue, puis on y ajoutait le levain et l’eau. Pâte pétrie qui devenait collante et dont on avait du mal à se dépêtrer, notamment à cause du volume.

Et voilà pourquoi, lorsqu’on se débat avec des difficultés que l’on trouve insurmontables, on dit que l’on est dans le pétrin… quand bien même ils sont aujourd’hui électriques !

Rien ne vaut une bonne métaphore — même un peu glauque — pour « imager » avec force une situation ou un état d’esprit.
Comme quoi, même avant l’ère de l’image, l’écrit a toujours eu recours au visuel !
Mais c’est aussi ce qui fait la beauté du langage.

Pétrin avec pâte via deschamps-web.com

Blandine Vié

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Avoir la cosse !
La cosse des petits pois ?
Mais oui, mais oui !

Petits pois en cosses © Greta Garbure

Petits pois en cosses © Greta Garbure

Il y a des expressions que l’on emploie, comme ça, sans même réfléchir à ce qu’elles signifient vraiment.
Et moi justement, j’aime bien les décortiquer ces locutions imagées, qu’elles soient cocasses ou parfois sibyllines.

« Avoir la cosse », en langage populaire, c’est être paresseux, flemmard, fainéant, ne pas avoir envie de travailler, ne pas vouloir faire d’effort, manquer d’ardeur au travail, ne pas vouloir en foutre une rame ! Tiens, une rame ? Une rame de métro ? Ou une rame de haricots ? Comme ces tuteurs en bois auquel s’enroulent les plantes grimpantes, les légumineuses… comme les petits pois ! Comme c’est bizarre ces courts-circuits de langage !

On emploie aussi l’expression « tirer sa cosse » dans le même sens : ne rien faires, flemmarder.

Cosse employé dans ce sens est un dérivé régressif de cossard sur lequel il a été formé, comme flemmard sur flemme.

petits pois via femininbio.com

 

Mais revenons au mot cosse proprement dit !

C’est un mot qui dérive du latin cochlea qui signifie escargot, ce qui a donné coccia en latin populaire. On comprend bien l’allusion à la coquille protectrice, la gousse, la cosse.
Notons d’ailleurs au passage que bien que proches phonétiquement, les mots gousse et cosse ne sont pas parents. Ah ! les subtilités de l’étymologie !

En botanique, une cosse, c’est effectivement l’enveloppe contenant les semences, les graines d’une plante, notamment de la famille des légumineuses.

Mais alors, quel rapport entre la flemme et les cosses de petits pois. Parce qu’écosser des petits pois, c’est plutôt une corvée pour laquelle il ne faut justement pas être flemmard, non ?

Eh bien, en fait, c’est parce que ce n’est pas aux petits pois à écosser que l’expression fait référence mais aux pois gourmands dont la cosse est très tendre et comestible et qu’il n’est donc pas besoin d’écosser pour les déguster ! On les appelle d’ailleurs aussi pois goulus !

Petits pois via leslecturesdasphodele.wordpress.com

Elle est pas « cossue » mon histoire ?
Cossue, cossue ?
Mais oui, le mot vient de là aussi !
Car si on dit que c’est cossu, c’est parce qu’il y a beaucoup de cosses !

Blandine Vié