Catégorie: GLOU-GLOU

Jeux de quilles

Oh ! Des vins à boire !

Dans une autre vie, j’ai été petit grossiste et je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’il y avait décidément des vins à boire et puis… des vins à vendre. Petits ou grands, certains vins m’étaient réclamés alors qu’ils ne me parlaient pas. Ils ne me donnaient pas de plaisir, ni à les goûter ni à les vendre. Alors ? Alors, j’ai changé de métier !

Convié par un beau distributeur dont le nom est celui-même de cette rubrique (Jeux de quilles), la destination était le château de Jurque dans l’appellation jurançon, sur les contreforts de Pyrénées à peine enneigées aujourd’hui. On y produit des vins aimables et sincères qui sentent le bon raisin. Des vins blancs secs aromatiques et des doux, très doux. À la télé, on dirait « gourmands et croquants ».

Pyrénées enneigées © Greta Garbure

Il est question de goûter (ou de regoûter !) des vins de toutes provenances, enfin presque toutes, on n’est pas des bêtes ! Avec de belles découvertes et notamment :
— Les vins du domaine du Peyra. François Fourel fait des vins de jouissance et de réjouissances. Et sérieux, en appellation Pic Saint-Loup, qui ne craignent aucun plat d’une cuisine sudiste mais aussi des petits vins d’Oc délicieux, de vrais « verres de contact » (comme Antoine Blondin aimait à définir l’apéro). Les cuvées « Cent pour cent grenache » en rouge et « Cent pour cent chardonnay » en blanc sont incroyablement rafraîchissantes, tout en légèreté. Ce sont des vins qui vous font prendre la vie par le bon bout, par le goulot ! On se demande pourquoi on boirait autre chose quand des amis débarquent ou qu’on a simplement soif. Et tout ça pour 8 € environ !
Ah ben si, on sait pourquoi on ne boit pas que ça ! Parce que, plus haut, juste avant les pommiers à cidre…

Cent pour cent grenache
Cent pour cent chardonnay

Pour ceux qui n’aiment pas le muscadet, je recommande — j’exige presque — qu’ils achètent chez leur caviste une bouteille de chez les Luneau-Papin. Ils arrivent à tirer le meilleur de ce cépage unique au nom curieux, le melon de Bourgogne. Tous leurs muscadets sont enthousiasmants mais c’est surtout le p’tit dernier de la famille qui m’a fait rire : Froggy wine ! Alors là, mais alors là…! Un petit prix (± 10 €) qui vous permettra d’être heureux. Ils ont de plus la sagesse et la gentillesse d’offrir à la vente de nombreux millésimes anciens dans leurs grandes cuvées : « L d’Or » (sur granit), clos « Les pierres blanches » (gneiss, quartz) et surtout l’immense « Excelsior » (sur schistes), mûres, affinées, dont l’ampleur et la complexité sont propres à détruire les certitudes les plus affirmées sur cette appellation. On trouve ici de grands vins à des prix extrêmement raisonnables.

Froggy wine
L d'or © Greta Garbure
Dans ce val de Loire qui produit tant de belles bouteilles, j’ai évidemment adoré les sancerres de François Crochet et les pouilly-fumés de Masson-Blondelet. Et si vous tombez nez à nez avec une bouteille du domaine Robert Sérol en côte roannaise, dégoupillez sans aucune hésitation. Vous serez récompensé par de la fraîcheur, de la pureté, de la netteté, au nez comme en bouche. Le gamay a souvent le triomphe trop modeste !

Et puis aussi, les madirans du château d’Aydie : je ne vais pas rabâcher tout le bien que j’en ai déjà dit çà et là : « J’adooore le pigeon ! » (http://gretagarbure.com/2013/02/22/reconnaissance-du-ventre-5/et « La bouteille de madiran a 50 ans ! » (http://gretagarbure.com/2013/11/23/lieux-de-vie-lieux-du-vin-3/).

Et j’aime particulièrement leur façon d’évoquer l’« L’Odé » d’Aydie (70% tannat, 30% cabernet-franc) : « C’est un rocker qui se prend pour un jazzman » !

Le « château Tour des Gendres » de Luc de Conti à Bergerac ainsi que le « château du Cèdre » de son ami Pascal Verhaeghe à Cahors : des valeurs sûres, établies mais qui arrivent encore à surprendre, millésime après millésime. Interdiction absolue de dire « Bof, un bergerac ! » ou « Moi, les cahors ! » Ce sont des bombes !

Sans oublier un très estimable bordeaux de restauration, les cuvées « Callipyge » dans les deux couleurs du château de Respide en graves. Il y a de la matière derrière un boisé discret.

Une belle journée de dégustation qui m’aurait presque fait oublier une bière irlandaise de la Saint-Patrick… mais pas tout à fait !

Patrick de Mari

Lieux de vie, lieux du vin

La bouteille de madiran a 50 ans !

Bernard, Marie, Jean-Luc et François Laplace © Michel Plante

Bernard, Marie, Jean-Luc et François Laplace © Michel Plante

50 ans, l’âge de la maturité dit-on à un auteur à succès, à l’actrice célèbre qui a dû accepter son premier rôle de grand-mère, à l’ancien sportif qui ne met plus un pied devant l’autre.
Ici, c’est autrement plus important : 50 ans que le vin a été mis en bouteille pour la première fois à Madiran et plus précisément au château d’Aydie. Ici la maturité, elle se manifeste tous les ans en octobre et plus tard encore pour les pacherencs moelleux. Tous les ans, les vins sont de là, de ce paysage, de ce pays pas sage mais tellement respectueux de ses enfants. Ils lui ressemblent : francs, généreux, enthousiastes mais aussi polis, fidèles, sensibles.
L’histoire raconte que le grand restaurateur d’Auch (le même qui a « inventé » le magret de canard et qui n’est pas pour rien dans le développement du cépage blanc des côtes de Gascogne, le colombard), André Daguin est venu à Aydie sur le conseil d’un ami. Il a goûté, a aimé, a commandé et payé d’avance 4000 bouteilles. Alors, pour la première fois en 1963, Pierre Laplace a mis le vin en bouteille ! Aujourd’hui la famille au sens large est réunie pour célébrer cet âge de raison : les voisins, les amis, les clients, les employés, les bénévoles.

Les vieux amis Pierre Laplace et André Daguin © Michel Plante

Les vieux amis Pierre Laplace et André Daguin © Michel Plante

André Daguin © Michel Plante

André Daguin © Michel Plante

À notre époque, révoltante ou désopilante selon les humeurs, il est rare de faire partie d’une assemblée aussi disparate et de rencontrer autant de sourires, d’élégances naturelles et de sincérité dans les échanges entre amateurs et pros du vin.
Le temps à peine clément n’a pourtant rien favorisé, c’est le micro-climat habituel du château qui nous réchauffe l’âme et le reste.

Bien sûr, il y a les vins ! Une gamme complète comme on n’en trouve rarement ailleurs :
Les jeunes et friandes côtes de Gascogne signées Aramis, la fraîcheur des étiquettes Laplace, l’Odé d’Aydie qui montre à qui veut bien les voir toutes les valeurs du Madiranais. Et puis les grandes bouteilles du château d’Aydie d’une robe aux reflets presque bleus pareille à une aile de corbeau, des arômes de cassis, de mûres, de myrtilles, des tanins d’une extrême finesse et une grande longueur en fin de bouche. Si l’on devenait subitement raisonnable on les attendrait quelques années de plus. Les pacherencs secs sont précis et leur approche pas racoleuse pour deux sous.
Enfin, il y a les moelleux pour quand vous êtes en manque de cette douceur qui nous fuit parfois. Tout en légèreté à l’apéritif, certains autres ont aussi la vivacité et l’onctuosité qui appelle les tartes aux fruits d’été, les tourtières aux pruneaux ou aux pommes, les gâteaux basques…
Les liquoreux, plus denses, plus concentrés font envie à l’heure du thé. On débouche alors un petit flacon de 50 cl, format idéal pour deux amis, deux amants… L’ivresse restera discrète, n’empêchera rien et autorisera tout !

On refait le monde avec l'ami François Laplace © Michel Plante

On refait le monde avec l’ami François Laplace © Michel Plante

Mais il n’est pas temps de s’égarer, le programme du week-end est chargé. Dégustations comparatives de millésimes anciens et actuels, repas conviviaux, discussions enflammées et toujours en couleurs. Ici, on chante et on danse quand on se parle mais à pas feutrés et à voix mesurée : on est à la fois de la Gascogne et du Béarn… Le mousquetaire est réservé mais toujours chaleureux, en tout cas dans cette famille exemplaire.
Pierre Laplace est présent dans tous les cœurs et, de table en table, on guette le regard bienveillant qu’il pose sur chacun de nous. Le patriarche a passé la main à ses quatre enfants mais il occupe leurs pensées car il est le gardien reconnu des origines du madiran moderne. Des virages ont été pris, des nouveautés se sont imposées, la maison est plus que jamais solide et fière, après avoir résisté aux périls du temps qui passe, des intempéries et même du feu.

On ne peut s’attarder à ses rêveries comme on le voudrait car il y a encore de l’ouvrage : un grand concours d’assemblage à partir de quatre bouteilles muettes, issues de sélections parcellaires et d’origines diverses de la propriété. J’espère avoir été plus pertinent comme membre du jury que comme winemaker !

Un assemblage difficile © Michel Plante

Un assemblage difficile © Michel Plante

Un nouveau winemaker © Michel Plante

Un nouveau winemaker © Michel Plante

Remise des prix, palabres et tertulias, c’est l’heure de passer à table et puis de dormir. Le Maydie, une mistelle de rêve, un raisin mûr muté à l’alcool façon porto, favorise l’endormissement rapide et les nuits complètes !

3 mains, 3 bouteilles © Michel Plante

On aime le Maydie à Greta Garbure ! © Michel Plante

N’étant pas très sûr d’être libre pour le centenaire, j’ai apprécié chaque moment de communion avec cette terre et ses fruits, ses vins, ses gens qui rendent heureux d’être là !

Patrick de Mari

Jeux de quilles

GRAVES, TRÈS GRAVES !!!

Vignes dans les graves (château Brondelle)
Bon, alors voilà, classique voyage de presse : invitations aimables par les syndicats viticoles des Graves et de Pessac-Léognan.

Les propriétaires se mettent en quatre pour recevoir des journalistes et des blogueurs à leurs tables, dans leurs vignes et dans leurs chais. Ils servent même de chauffeurs à l’occasion ! 

Visite du château de La Brède, soupirs de soulagement : Montesquieu était très correctement logé !
Conférence sur l’architecture viticole de la région : la passionnante intervenante a tenté de nous transmettre son enthousiasme mais notre attention faiblissait à mesure que se rapprochait opportunément l’heure du dîner.

Château de La Brède via jedecouvrelafrance.com
Buste Montesquieu via chateaulabrede.com

Je sais, il ne faut pas se moquer des noms propres mais quand on dort au château Le Cossu et qu’on déjeune chez Monsieur et Madame Leriche, ça mérite de mettre une petite pièce à l’Euro Millions car on commence à s’y croire ! Pas de fausses notes donc dans ce concert de rencontres et de dégustations : où que vous croisiez ces bouteilles, achetez-les sans crainte !

En blanc : le château Floridène, du professeur Denis Dubourdieu, est merveilleusement aromatique, c’est-à-dire ni trop ni trop peu.
Le château Ferrande est plus typé sémillon avec des dominantes d’abricot et d’ananas et une rondeur très séduisante.
Mais aussi le château Respide, un vrai graves qui sent le caillou chaud et le fumé ; les châteaux Rahoul, Crabitey ainsi que Le Cossu sus-cité, très plaisant à boire dans sa jeunesse, sur sa fraîcheur.

Et puis, évidemment, l’irremplaçable cuvée Caroline du château Chantegrive. J’ai encore une fois vérifié la justesse, la netteté, l’équilibre parfait de cet archétype de ce qui se fait de mieux dans l’appellation. Je n’ai pas eu le temps de goûter le rouge : zut ! Je vais devoir revenir voir la charmante Hélène Lévêque qui sait exprimer le meilleur de ses vignes.

Les graves rouges demandent toujours un peu de garde pour se livrer, même si la qualité moyenne est tirée vers le haut par les nouvelles générations. Mais attention aux excès de bois neuf !

Pour finir, deux propriétés m’ont plus particulièrement séduit.

Le château Brondelle :

Jean-Noël Belloc est à la tête de plusieurs domaines dont une vingtaine d’hectares en appellation Graves. Issu d’une très ancienne famille bordelaise, il a d’abord pris le temps de voir ce qui se faisait ailleurs dans d’autres activités, éloignées de la viticulture, puis est revenu au bercail.
Aux commandes de cette propriété depuis 1995, où il succède à son grand-père, puis à son père, tout a évolué, lentement mais sûrement. Pleine de souvenirs, on y voit toujours les vestiges de la polyculture longtemps pratiquée mais aussi  clapiers, poulailler,soue, étable, pigeonnier…!
Plus loin, on trouve les superbes alignements des cuves inox thermorégulées et du chai à barriques. L’air du temps  a changé mais ni l’esprit ni le goût des beaux raisins dans des belles vignes.

Chai du château de Brondelle
Tout me plaît chez ce vigneron ! Sauf la dénomination « Grand Vin » qui occupe les étiquettes de ses bouteilles les plus ambitieuses. En effet, ça ne veut rien dire, ça fait trompe-couillon alors que les vins sont tout simplement délicieux. Un point commun aux rouges et aux blancs : ce sont des vins charnus, avec du gras, de l’ampleur en bouche, de la complexité. Il faudra seulement être patient et attendre quelques années que l’élevage affine les matières et que les tanins s’effacent, se fondent. Pour avoir goûté à table un rouge 2005, je sais que l’évolution est lente mais va dans le bon sens.

Château Brondelle blanc 2003
Château Brondelle rouge 2002

Le château de Lionne :

Une copropriété de 30 hectares sablo-graveleux rachetée en 2007 par un pépiniériste et par Véronique Smati qui s’est totalement investie dans cette aventure. Le mot n’est pas trop fort quand on voit l’ampleur des tâches à accomplir et les moyens à mettre en œuvre. Mais les progrès sont déjà remarquables et dès aujourd’hui, la dégustation donne confiance en l’avenir. Pas d’élevage sous bois, juste des séjours prolongés dans de mignonnes cuves en béton. Sans rechercher une matière très concentrée, elle obtient pour son rouge 2010 (80% merlot, 20% cabernet-sauvignon) un magnifique fruité avec beaucoup de fraîcheur et une bouche bien équilibrée. 7 hectares de blancs (sauvignon et sémillon) donnent un vin comme on les souhaite dans les graves : élégant, avec des agrumes mûrs, des fleurs et surtout cette signature légèrement fumée. J’aime les vins de Véronique et leurs prix tout doux, tout doux… À 7,25 € TTC prix départ, inutile de s’en priver, on peut en remplir sa cave !

Château de Lionne blanc 2011
Château de Lionne rouge 2010

À bientôt pour la dégustation des Pessac-Léognan !

Patrick de Mari

Jeux de quilles

Jolie dégustation au « V » :
Château Soucherie
(Anjou – Val de Loire) :
j’en veux dans ma cave !

Verre de blanc ivoire © Blandine Vié   Verre de rouge Carmen © Blandine Vié   Verre de cabernet d'Anjou © Blandine Vié
Il y a des jours bénis des dieux même quand on est treize à table !

Vous imaginez : mon ami Olivier Poussier (Meilleur Sommelier du Monde) qui m’invite au George V pour découvrir les vins de Château Soucherie (Anjou – Val de Loire), un domaine que je ne connais pas. Ça ne se refuse pas ! On est en petit comité : lui, Roger-François Beguinot, le propriétaire du vignoble, Thibaud Boudignon, le vigneron maître de chai, et dix journalistes.

Olivier Poussier © Blandine Vié

Mais posons d’abord le cadre : le « Cinq », le restaurant doublement étoilé de l’hôtel Four Seasons.
Personne n’ignorant plus à quel point j’adore les bistrots, on ne pourra pas m’accuser de flagornerie, mais ce restaurant est vraiment magnifique et je suis sous le charme à chaque fois que j’y vais (3 fois en un an, ce n’est pas non plus ma cantine). Les ors sont discrets, les compositions de fleurs éblouissantes — et, détail qui a son importance, jamais perturbantes pour l’olfactif (ce qui n’est pas le cas partout) —, les tables joliment dressées avec l’apparat des beaux dimanches à l’ancienne. Le tout nimbé par une lumière que les hautes portes-fenêtres voilées donnant sur la cour intérieure rendent blonde. Bref, on est bien.

Mais ce que j’aime particulièrement dans cette maison, c’est l’accueil et l’atmosphère. Éric Beaumard, directeur du restaurant (et sommelier de renom), vous reçoit comme personne, toujours affable et drôle. Il aurait dû être comédien ! Quant au personnel de salle, il est toujours souriant mais avec une vraie bonne humeur jamais forcée. Je le pense vraiment. Ça, c’est dit !

Et bien sûr, pour ce qui est de la cuisine d’Éric Briffard, elle est tout simplement — et j’insiste sur le « simplement » — évidente. Je veux dire par là que le travail du cuisinier — que l’on devine immense — n’altère jamais la vérité du produit. Il y a une réelle créativité, une « patte », mais sans jamais ces fioritures « french-chichis » que beaucoup d’établissements gastronomiques se croient obligés de rajouter pour épater le chaland fortuné. Bon, ça, c’est dit aussi !
Regardons plutôt le menu salivant qui nous a été concocté :

Menu Château Soucherie au George V

Pour nous préparer le palais, nous attaquons avec un anjou blanc 2011 « Blanc-Ivoire » (cépage chenin) qui va nous être également servi sur les amuse-bouche et la « chair de tourteau ». 2011 étant le premier millésime de la maison qui a été reprise en 2008 par la famille Béguinot. Ce qui me frappe d’emblée, c’est la pureté, la fraîcheur du vin. Sa « buvabilité » dit Olivier. C’est vrai qu’il est désaltérant, équilibré, pas d’une folle exubérance aromatique (donc pas racoleur) pour un vin d’apéritif, mais sa complexité, sa tension, sa précision et j’ai envie de dire sa sobre austérité me plaisent. Je suis agréablement surprise par la patine apportée par le boisé qui me fait fuir quand il est agressif. À table, il dévoile une petite pointe de réglisse sur les préambules que sont la « mousse de melon et de poivron », le « poulpe laqué » et le « poulpe mariné aux petits légumes », puis sur l’entrée, et surtout, une minéralité, une salinité et une légère amertume (sur le tilleul) en fin de bouche que j’adore. Typiquement « mon genre » de blancs ! Et l’accord avec les mets est très réussi. Olivier précise qu’une garde de 10 à 15 ans est possible, ce qui lui apportera de la souplesse en plus de ses qualités actuelles. À mon avis à moi — plus humble évidemment — un grand blanc sec fait pour la gastronomie.

Blanc ivoire © Blandine Vié
 Mousse de melon et de poivron © Blandine Vié               Poulpe laqué © Blandine Vié               Poulpe mariné aux petits légumes © Blandine Vié

Chair de tourteau frais, crémeux de corail © Blandine Vié

Mais continuons avec le savennières 2011 « Clos des Perrières » destiné à accompagner le « homard pêché au casier des îles de Chausey/Bréhat ». Sa personnalité bien définie malgré sa prime jeunesse  il est déjà mûr, souple, confit — le rend sans doute plus facile d’accès. Son potentiel est de 10, 15 ou même 20 ans ajoute Olivier qui insiste aussi sur l’énergie du vin, son amplitude, sa sapidité, les amers minéraux. La touche de fenouil du plat a été ajoutée pour relayer le vin et c’est vrai que ça fonctionne, comme ça aurait pu marcher aussi avec un risotto à la truffe blanche, des langoustines, des chipirons.

Savennières © Blandine Vié

Cocotte de homard © Blandine Vié   Homard de Chausey © Blandine Vié   Homard détail © Blandine Vié

Avec l’« Échine de cochon ibérique grillée teriyaki, oignon roussi et cèpes caramélisés », nous passons au vin de pays du Val de Loire « Rouge Carmen » 2012 (50% gamay, 25% grolleau, 25% cabernet-franc) dont le pulpeux du fruit, la jutosité, la sensualité et les notes poivrées de la finale me séduisent immédiatement. Un vin de plaisir, non filtré, tout en rondeur et qui épouse parfaitement le contenu de nos assiettes. Thibaud Boudignon en dit que « c’est plus un esprit de vin qu’un assemblage » ! Moi je vous dis : on s’encanaille, on s’encanaille ! On dirait du velours qu’on caresse à rebrousse-poil ! Tout ce que j’aime !

Rouge Carmen © Blandine Vié     Échine de porc détail © Blandine Vié     Cèpe caramélisé et oignonroussi © Blandine Vié

C’est pas tout ça mais nos agapes ne sont pas terminées. On poursuit avec une « noix de ris de veau de lait et des girolles étuvées à l’abricot » et un coteaux du Layon Chaume 2010. J’avoue que l’accord est somptueux (avec le ris et les abricots) et moi qui n’ai pas une appétence particulière pour les moelleux, j’en apprécie la bouche suave mais sans excès de sucre, l’amplitude et surtout sa tension acide qui lui donne du caractère et évite le côté « mou » que je n’aime pas dans ce type de vins. Je suis bluffée.

Coteaux du Layon et verre © Blandine Vié     Noix de ris de veau de lait © Blandine Vié   Girolles étuvées à l'abricot © Blandine Vié

Pour clore cette symphonie, voilà une « arlette caramélisée aux fraises des bois » sur laquelle nous buvons un cabernet d’Anjou 2012, un vin dont généralement je me détourne à toutes jambes. Eh bien là encore, jolie surprise : presque perlant, très aromatique, complètement sur le fruit rouge, délicieusement croquant, il est d’une grande fraîcheur et se laisse boire avec beaucoup de plaisir. Je n’en reviens pas !

Cabernet d'Anjou © Blandine Vié
Arlette caramélisée aux fraises © Blandine Vié

Maintenant, faut que je vous parle du domaine : une propriété de 36 hectares située sur un coteau schisteux orienté au sud et abrité des vents du nord, à la limite de Beaulieu-sur-Layon, et qui bénéficie donc d’un micro-climat. Un domaine entièrement restauré avec des matériaux d’origine et qui propose aussi des chambres d’hôtes, plusieurs espaces dédiés aux événements privés et professionnels, un atelier dégustation, une boutique cadeaux, etc.

Thibaud Boudignon précise que c’est une propriété « à la bordelaise », en ce sens que 24 ha de vignes sont répartis autour du château, « ce qui nous permet d’être très réactifs quand des traitements s’avèrent nécessaires ». 4 ha représentent le vignoble de Chaume et 2 ha la parcelle « Clos des Perrières » en Savennières (surnommée le « Jardin »).
Les vendanges sont toutes effectuées à la main afin de préserver la qualité des raisins. Et comme dit le
passionnant maître de chai : « Les vignes sont préparées dès la taille à certains vins. » Il considère aussi que : « au moment de la cueillette, il y a 100% de potentiel et 90 % au moment de la mise en bouteilles, chaque opération étant soustractive. » Thierry Boudignon est également captivant quand il parle d’avoir un parc à bois cohérent sur une propriété. Il aime particulièrement les fûts de 500 hectolitres : « une contenance que je comprends ». « Notre philosophie globale est de faire travailler des petits artisans tonneliers qui viennent goûter sur place. Et pour la chauffe, on préfère une température très basse, mais très longue (3h). Un fût, on l’accompagne pendant 3 ans, il se patine. »
Bon, je ne vous explique pas la fabrication du cabernet d’Anjou mais j’ai tout compris !

Thibaud Boudignon © Blandine Vié

Enfin, quand je vous aurais dit que les prix de ces vins (à la propriété) sont tout doux : 9,90 € l’anjou « blanc-ivoire », 18 € le savennières, 9,90 € le « Rouge Carmen », 25 € le chaume et 6 € le cabernet d’Anjou, je crois que je vous aurais presque tout dit ! Sauf que si j’avais la place, j’en commanderais tout de suite 2 caisses de chaque !
Bon, j’entends le ricanement vengeur  de mon partenaire de jeux textuels (qui n’était pas présent) : « De toute façon, tu n’as pas de cave ! »
Et non… hélas ! Ce qui est bien dommage.

Mais comme nous a joliment dit l’un des serveurs en nous apportant nos assiettes alors qu’en discutant avec mon voisin et moi, nous l’entravions dans sa démarche : « Excusez-moi, je suis porteur de bonnes nouvelles ! », j’espère moi aussi avoir été porteuse de bonnes nouvelles !

Merci Roger-François Beguinot, Merci Thierry Boudignon, et bien sûr… merci Olivier Poussier !

Blandine Vié

Bouchons © Blandine Vié

Domaine de la Soucherie
49750 Beaulieu-sur-Layon
Tél : 02 41 78 31 18
www.soucherie.fr

Jeux de quilles

LES ROSÉS DE TABLE

Dégustation de rosés © Blandine Vié

Deuxième partie d’une dégustation importante, mais  hélas, pas exhaustive.
Voir la première partie ici : http://gretagarbure.com/2013/07/28/jeux-de-quilles-7/

Nous avons fait l’impasse sur certains très beaux rosés de Provence que nous regoûterons l’année prochaine.
Ils sont connus et reconnus, peut-être pas indiscutables (aucun vin ne l’est) mais tous de très grande qualité.
Pour mémoire :
- Château de la Bégude,
- Château Roubine,
- Château Sainte-Roseline,
- Château Sainte-Marguerite,
- Château Minuty,
- Château d’Esclans,
- Domaine Ott,
etc. etc.

Nous n’avons pas eu l’occasion de déguster le rosé d’Angelina et Brad, mais nous l’aurions fait sans a priori.

- VDP des coteaux de l’Ensérune, Domaine de Cibadies. Voilà un vin raisonnable, puissant mais civilisé, avec des senteurs d’agrumes, de fleurs, de mangue et de litchi, d’un excellent rapport qualité/prix : 3,40 € en GD.

Bonfils Rosé - Domaine de Cibadiès

- Côtes-du-Roussillon Château de Jau. Très sombre de pelage, presque comme un clairet bordelais, on lui trouve des arômes nets alliés à une vivacité qui réveille bien les papilles et escortera avantageusement tous les poissons simplement cuisinés : 7,95 €.

Visuel bouteille Chateau De Jau Rose

- Côtes-du-Roussillon Mas Amiel « Altaïr ». À l’opposé du précédent, cet Altaïr présente une robe extrémement pâle qui évoque plutôt même un vin blanc ! Il est fin, ciselé, légèrement acidulé, et on le sent capable d’affronter de belles viandes de bœuf ou de broutard. En bouche, la matière est importante et la finale longue. C’est un très joli vin de repas ensoleillé : 18,50 €.

altairrose2012masamiel

- Côtes-de-Provence Château Ferry-Lacombe « Fidis ». Vin de barbecue ou de plancha, il ne ménage ni sa puissance ni sa complexité. Il faut donc le confronter à des entrées épicées (plus anchois de Collioure que tomates-mozza), et des viandes bien poivrées : 10,90 €.
ferry_lacombe_fidis_rose

- Chinon Château de la Grille, carrément mine de crayon, pierre à fusil dès le reniflage de rigueur, mais aussi un fruité fin et délicat. C’est un de nos rosés préférés grâce à son équilibre qui lui permet de faire merveille tant sur les tapas de l’apéritif que sur le poisson grillé ou une une belle viande. Beaucoup de fraîcheur en bouche et une structure élégante qui augure d’un bon moment de communion autour de cette jolie bouteille… et de ses sœurs : 9,50 €.

Chinon La Grille rosé

- Bandol Château de Pibarnon : un grand vin parfaitement équilibré grâce à la puissance du mourvèdre et à la fraîcheur du cinsault. Une complexité qui accompagnera avec bonheur la cuisine parfumée de la Méditerranée. Un loup au fenouil ? Une viande grillée aux herbes de la garrigue ? 21 €

Rosé Pibarnon SM

- Tavel Domaine Maby « La Forcadière ». Très joli fruité rouge en bouche. On voit bien une jatte de fraises juste rehaussées de quelques tours de moulin à poivre… Un dessert de rêve avec ce joli tavel : 8,70 €.

La Forcadière 2012 copie
- Côtes-de-Provence Château d’Astros « Minuit Rose », vendanges nocturnes. Très riche en sensations sucrées, il terminera le repas sur les tartes aux fruits d’été ou des salades du même nom. Grosse densité d’arômes de fraises, framboises, groseilles. Tout en rondeur. À éviter à l’apéro : le vin qui passe derrière lui est mort ! 15 €.
Bouteille Minuit Rose

Patrick de Mari