Catégorie: GLOU-GLOU

Jeux de quilles

Pour se rafraîchir le bec !

Durant Vinexpo, au milieu des 50 000 m2 du Parc des Expositions de Bordeaux-Lac et après avoir arpenté plusieurs fois par jour les 840 m du Hall 1, il peut arriver qu’on ressente un léger coup de moins bien, pas l’envie de goûter la gamme complète d’une nouvelle appellation bulgare, juste besoin de se rafraîchir le bec. Le jus d’ananas de la salle de presse est à 20 minutes de marche et mes doigts de pied commencent à crier grâce !

C’est à ce moment précis que mes yeux se posent sur le stand d’une coopérative corse et de ses rosés. Un tour rapide de l’île en quelques lampées me confirme que la clientèle touristique a, là aussi, imposé un style, une uniformisation des couleurs et des goûts. Tous les vins testés se sont « provencialisés », pas toujours pour de bonnes raisons. Les liquides ont pâli, perdu les caractéristiques de leurs cépages indigènes : le nielluciu et le sciaccarellu. Quel dommage !

Heureusement, j’ai pu apprécier il y a peu quelques jolies bouteilles : le patrimonio d’Yves Leccia et surtout la cuvée « marine » du domaine Pieretti dont je ne jurerais pas que sa situation sur le fief de la famille de Mari à Luri, au milieu du Cap corse, y soit totalement étrangère…!

                    Yves Leccia                    Rosé marine

Un amusant muscadellu rosé, même relativement dosé avec des bulles un peu envahissantes, m’avait fait plaisir. Je dois avouer être, dès les premières chaleurs de l’été, un adepte fervent du muscat « frizzante» comme on dit en Italie, finement pétillant.

Muscadellu

Cependant, mes champions resteront encore longtemps (avant que de jeunes iconoclastes ne me fassent changer d’avis) le domaine de Torracia de la famille Imbert près de Porto-Vecchio, tout comme le Clos Canarelli à Figari et Bonifacio. Parmi les grands vignerons qui font un bon rosé, citons également le comte Peraldi et le comte Abbatucci sur l’appellation Ajaccio et bien d’autres que Greta Garbure mettra un jour à l’honneur. La biodynamie s’installe doucement mais sûrement sur ces magnifiques sols de granite et l’on peut en féliciter nos compatriotes.

Patrick de Mari

Dégustations

Dégustation à l’aveugle
avec Paolo Basso,

meilleur sommelier du monde 2013

Dans les starting blocks © Greta Garbure

Dans les starting blocks © Greta Garbure

Il est évidemment déraisonnable de ma part de tenter cet exercice en croyant pouvoir y obtenir un résultat suffisamment flatteur pour mon ego. Mais, à chaque occasion, je m’y prête avec le même enthousiasme et la même folle espérance d’un hypothétique miracle ! Aussi n’ai-je pas laissé passer cette opportunité de m’amuser à bon compte lors de la dégustation animée par Paolo Basso à Vinexpo, en compagnie d’une bonne centaine de participants venus du monde entier.

Paolo Basso et Patrick © Greta Garbure

Paolo Basso et Patrick © Greta Garbure

Atmosphère religieuse, attitude recueillie devant les rangées de verres mais narines et papilles relativement endormies après quatre jours d’activités intenses. Seules, l’envie et la bonne volonté peuvent me sauver du ridicule dans cette épreuve ingrate et relativement difficile. C’est le moment de se répéter en boucle la fameuse phrase censée amortir les échecs consternants : « la dégustation à l’aveugle, c’est l’école de l’humilité ! ».
On croit savoir et puis au bout d’une heure, on a la preuve qu’on ne sait pas grand chose et que tout s’est embrouillé dans les boyaux de la tête ! La couleur me permet de faire le malin auprès de ma voisine : « c’est du rouge… et je m’y connais ! » Malheureusement, ladite voisine est une éminente blogueuse qui esquisse un rictus exprimant plus sa politesse que son admiration béate. Paolo (qui avait absolument tenu à poser à mes côtés comme vous l’aviez déjà compris) nous invite à regarder de plus près le premier des dix verres alignés devant nous. Ses appréciations sont censées nous conforter dans les nôtres. Au lieu de ça, le doute nous envahit, les mines se renfrognent, les regards se portent vers le ciel afin d’y trouver de l’aide puis se concentrent sur le liquide inconnu, muet…
Moi qui connais sur le bout des doigts (évidemment) les caractéristiques de tous les cépages plantés dans tous les pays civilisés, eh bien je rame, j’hésite… ça y est, j’ai trouvé : « bon sang, mais c’est bien sûr ! » Allez, au suivant ! Le temps passe vite, les certitudes se font rares :
— Tiens, on dirait bien une syrah australienne…
— Zut, c’est déjà le troisième vin que je situe en Italie…
— Et si c’était un chasselas ? On n’a pas encore goûté de vin suisse…
Attention, on va bientôt ramasser les copies ! Alors, je rature, je tergiverse et puis je lâche ma feuille à regret : « alea jacta est » comme dit Najat Vallaud-Belkacem après chaque campagne électorale.

Paolo Basso commente la dégustation © Greta Garbure

Paolo Basso commente la dégustation © Greta Garbure

L’oracle commence à nous expliquer pourquoi nous nous sommes beaucoup trompés et nous fait penser que notre place n’était pas forcément dans cette enceinte respectable. Les évidences changent de côté, les remises en question sont douloureuses : le sauvignon de Nouvelle-Zélande est en fait un verdejo de Rueda, mon chablis si évident s’est mué à mon insu en chassagne-montrachet, l’indiscutable grenache du Priorat révèle plutôt un malbec argentin et ce que j’avais identifié comme un super toscan est un glorieux médocain…
Mes quelques bonnes réponses sont insuffisantes pour me redonner le sourire : le grec de Santorin et le pinot américain me laissent un goût amer. J’ai obtenu la moitié des points du vainqueur chinois habitant en Afrique du Sud ! Je suis effondré ! Je sors de la salle, tête basse.

C’est la dernière fois, juré (craché, c’est le cas de le dire !)… jusqu’à la prochaine !

Greta Garbure à Vinexpo © Greta Garbure

Greta Garbure à Vinexpo © Greta Garbure

Patrick de Mari

Jeux de quilles

Une belle côte roannaise

Côte roannaise © Greta Garbure

Côte roannaise © Greta Garbure

Vous m’avez déjà entendu dire tout le bien qu’il m’arrive de penser des Grands Crus Classés bordelais. Je suis également séduit par des bourguignons complexes, des languedociens généreux ou des champagnes vineux dont des millésimes anciens me font grimper aux rideaux. De nombreuses appellations de la Loire me procurent sourire et reconnaissance. Certains  alsaciens forcent mon admiration et je tiens la colline de l’Hermitage pour le lieu sacré qui donne naissance à quelques-uns des plus grands vins du monde. Sans oublier, comment le pourrais-je, mes chers Madiran, Jurançon et Irouléguy ! Et tant d’autres encore. À raison, ces noms prometteurs donnent l’espoir de moments extatiques, de rencontres rares, de bonheurs partagés, à la mesure de leurs réputations… et de leur prix.

Et puis… il y a des appellations méconnues, des cépages modestes et des vignerons tout aussi sincères que les autres qui produisent des bouteilles pleines de joie, d’exubérance, de fraîcheur, d’amour et d’amitié.

Gamay Saint-Romain © Greta Garbure

Gamay Saint-Romain © Greta Garbure

Un exemple récent m’a enthousiasmé. Les premières chaleurs nous engagent à modifier la nature et l’origine de nos vins préférés. Remisés jusqu’à l’automne les civets et les daubes, les vins qui les accompagnent vont patienter aussi quelques mois de plus. Place à ces vins rouges « gouleyants » que l’on boit un peu frais (à partir de 12°) ! Bonum vinum laetificat cor hominis, comme dirait Najat Vallaud-Belkacem. Et celui-ci réjouit particulièrement le cœur de l’homme : les arômes fleuris du gamay saint-romain évoquent les pivoines et les roses blanches un peu fanées, la bouche légèrement poivrée révèle une explosion de fruits rouges. Cette côte roannaise cuvée « Découverte » des Frères VIAL est une petite merveille à 4,50 € TTC départ cave. On peut passer toute la belle saison à ne boire que ces bouteilles et à manger des compotes de lapin en gelée, des charcutailles, du poulet froid, des salades de (bonnes) tomates d’été…

Philippe et Jean-Marie Vial Bel-Air 42370 Saint-André d’Apchon courriel : contact@domaine-vial.com

Patrick de Mari

Jeux de quilles

Et si l’on passait le week-end à Maury ?
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En buvant un p’tit verre cette fois !

Les trois grâces © Greta Garbure

Les trois grâces © Greta Garbure

Soit vous avez la chance d’être à Maury en ce moment pour la découverte du vignoble et la rencontre de ces aimables VDN (vins doux naturels) avec le fromage et le chocolat : http://gretagarbure.com/2015/04/24/france/ !

Soit vous êtes plongé dans la lecture passionnante du livre de Michel Smith et de Jacques Paloc sur « Maury, la vallée des merveilles » : http://gretagarbure.com/2015/04/25/nos-mille-feuilles/ !

Mais peut-être que vous êtes ailleurs et que vous n’avez pas encore acheté ce livre indispensable aux amateurs éclairés. Dans ce cas, faites tout de même une pause-dépaysement en dégustant un p’tit verre avec nous ! Et pas seulement avec des fromages à pâte persillée ou du chocolat. Certains sont également très agréables à l’apéritif avec des olives, du chorizo, des amandes et des noisettes grillées.

Sans rentrer dans les détails, quand même ce petit topo en préambule : l’appellation Maury, réservée depuis 1936 aux Vins Doux Naturels, se décline depuis 2011 en vin sec rouge.
Sur ce terroir de schistes, les vins doux naturels sont blancs ou rouges.
Lorsqu’ils sont jeunes, sur le fruit, on les appelle blancs ou grenats.
Élevés en milieu oxydatif, ce sont les ambrés ou les tuilés.
Les rouges secs sont des vins complexes avec une dominante de fruits rouges.
Le Grenache noir, cépage principal, peut être associé à du Carignan, de la Syrah ou du Mourvèdre.

Comme il ne s’agit pas d’une dégustation professionnelle et que je n’ai pas la prétention de vous faire un cours, nous allons juste choisir un vin en exemple dans les trois catégories évoquées : 

• Un VDN Maury Grenat

La Préceptorie, Joseph Parcé, Cuvée Aurélie, 2011

b.aur11.4

Joseph Parcé est le fils de Marc Parcé, bien connu avec son frère pour leur domaine de « La Rectorie » implanté à Banyuls-sur-Mer. Les frères Parcé ont fait une incursion sur les hauteurs de Maury et se sont installés à Saint-Arnac, vers Saint-Paul-de-Fenouillet tenter l’expérience de cette appellation. Après quelques péripéties racontées dans le livre mentionné plus haut, c’est donc Joseph qui tient aujourd’hui les rênes du domaine, en cours de certification bio.

100% grenache noir, la cuvée Aurélie a une jolie robe grenat, un nez classique (pour ce vin) de fruits confits et de cacao torréfié.
En bouche, il est intense et rond avec une bonne longueur. Les notes de pruneau et de cacao dominent.
Prix : 14 € environ

• Un VDN Maury Tuilé

Coopérative Les Vignerons de Maury, Tuilé Vieille Réserve 2000

MAURY VIEILLE RESERVE

Pour l’histoire de la Coop, reportez-vous également au livre cité plus haut et louons les hommes et femmes de bonne volonté qui savent évoluer avec leur temps et faire face à l’adversité.

100% grenache noir, la robe de ce Maury est acajou, légèrement tuilée et son nez cacaoté charmeur avec des touches appuyées de figues confites et de noix.
En bouche, sa souplesse révèle des saveurs complexes de fruits secs et d’eau-de-vie, voire de vin de noix.

Prix : 10,60 € environ

• Un Maury rouge sec

Mas Lavail, Nicolas Batlle, Ego 2011

bouteille-ego

 

 Le domaine est situé entre Estagel et Maury, sur la route de l’Ariège.

90% grenache noir vieilles vignes et 10% mourvèdre, ce Maury rouge sec a un bel ego. Sa robe est brillante et d’un grenat profond et son nez épicé est élégant et tire sur la cerise griotte.
Les tanins sont fins en bouche et il a une belle amplitude, du gras, de la sucrosité et de la longueur. Des qualités qui peuvent le faire encore attendre.

Prix : 10,60 € environ

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C’est que je me mettrais bien à les collectionner, moi !

Blandine Vié

Dégustations

Les épousailles d’un Reignac
et d’une aiguillette  !

La viande et le vin © Greta Garbure

La viande et le vin © Greta Garbure

Tout le monde se rappelle la scène de Sally simulant l’orgasme dans un restaurant : « Donnez-moi la même chose qu’elle ! » dit une cliente envieuse d’un tel effet ! Eh bien, j’ai failli avoir cette même réaction. Sauf que j’étais chez moi et seules mes pommes de terre étaient sautées…!

Le matin, aux Halles de Bayonne, mon regard vagabondait devant l’étal de Didier Carrère, MON boucher (heureusement pour lui, je ne suis pas SON client, nous sommes nombreux à nous le partager). Le personnel est prévenant, efficace et poli. À la caisse, Madame Carrère a un mot gentil pour tout le monde. Mais surtout, surtout, les viandes sont belles. Il suffit de demander et on a droit au pedigree complet de la vache qui n’est pas de réforme mais allaitante. Trop tôt arrachées à l’affection des leurs, ces simmentals donnent le meilleur d’elles-mêmes avant l’âge de 5 ans. La chair des agneaux de lait est nacrée et les grillades de porc croquent sous la dent. Et puis, je tombe sur un morceau que je ne connaissais pas sous un aspect aussi persillé : l’aiguillette de rumsteck.

Aiguillette de rumsteck © Greta Garbure

Aiguillette de rumsteck © Greta Garbure

Rendez-vous est aussitôt pris pour le soir même avec une jolie bouteille. Je choisis un vin récemment bu au château au cours d’un joli déjeuner : le Grand Vin de Reignac 2001. J’aime beaucoup ce millésime à Bordeaux, qui n’a eu que le tort d’arriver (étrangement !) après le 2000, prévendu et même survendu. On avait pris soin de nous préciser lors de ce repas qu’il avait laissé derrière lui nombre de grands crus classés français, américains, italiens, australiens. Alors, je le carafe une heure avant le dîner.

La cuisson de la viande se fait à température suffisamment basse pour laisser fondre le gras du persillage. Les pommes de terre sont rissolées à point. La messe peut commencer ! Enfin, n’exagérons rien… La notion de sacrifice, même laïque, est très relative ! Le corps et le sang se mêlent dans une noce païenne mais c’est bien un mariage d’amour. La viande se révèle tendre, goûteuse, juteuse et le vin… grand !

Pour un tas de raisons, je n’ai pas participé à la dégustation du Grand Jury Européen qui l’a sanctifié devant Mouton, Margaux, Ornellaia, Latour et bien d’autres. Mais ce soir, comparaison n’étant pas raison (et ça m’arrange), je suis enthousiasmé par ce vin. Évidemment, pas le meilleur que j’ai jamais bu de ma vie mais juste celui que j’espérais au moment où je le souhaitais ! Une robe encore sombre qui indique que le vin n’évolue que lentement. Le nez montre de la densité, de la puissance. En bouche, les arômes de fruits noirs sont confirmés, les tanins fondus accompagnent en douceur une matière fine mais structurée. Et pas de sécheresse, pas de boisé intempestif. Au contraire, une légère sucrosité qui en fait une véritable gourmandise, grâce aussi à une complexité qui révèle le grand vin. Sa longueur se fait sentir longtemps…

Reignac 2001 © Greta Garbure

Reignac 2001 © Greta Garbure

En fait, c’est l’archétype d’un grand bordeaux dont on a attendu (pour une fois) la maturité !
D’un vin de concours qui inspire toujours un certain doute, il a acquis dans mon verre le statut de splendide vin de gastronomie. Ni un vin de bord de piscine ni une bouteille de dîner de chasse : juste le compagnon idéal d’une belle viande rouge.

Chez moi, aujourd’hui, c’était gala !

Ça a fait mon bonheur et ça pourrait bien faire le vôtre.

Patrick de Mari