Catégorie: GLOU-GLOU

Jeux de quilles

Et si l’on passait le week-end à Maury ?
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En buvant un p’tit verre cette fois !

Les trois grâces © Greta Garbure

Les trois grâces © Greta Garbure

Soit vous avez la chance d’être à Maury en ce moment pour la découverte du vignoble et la rencontre de ces aimables VDN (vins doux naturels) avec le fromage et le chocolat : http://gretagarbure.com/2015/04/24/france/ !

Soit vous êtes plongé dans la lecture passionnante du livre de Michel Smith et de Jacques Paloc sur « Maury, la vallée des merveilles » : http://gretagarbure.com/2015/04/25/nos-mille-feuilles/ !

Mais peut-être que vous êtes ailleurs et que vous n’avez pas encore acheté ce livre indispensable aux amateurs éclairés. Dans ce cas, faites tout de même une pause-dépaysement en dégustant un p’tit verre avec nous ! Et pas seulement avec des fromages à pâte persillée ou du chocolat. Certains sont également très agréables à l’apéritif avec des olives, du chorizo, des amandes et des noisettes grillées.

Sans rentrer dans les détails, quand même ce petit topo en préambule : l’appellation Maury, réservée depuis 1936 aux Vins Doux Naturels, se décline depuis 2011 en vin sec rouge.
Sur ce terroir de schistes, les vins doux naturels sont blancs ou rouges.
Lorsqu’ils sont jeunes, sur le fruit, on les appelle blancs ou grenats.
Élevés en milieu oxydatif, ce sont les ambrés ou les tuilés.
Les rouges secs sont des vins complexes avec une dominante de fruits rouges.
Le Grenache noir, cépage principal, peut être associé à du Carignan, de la Syrah ou du Mourvèdre.

Comme il ne s’agit pas d’une dégustation professionnelle et que je n’ai pas la prétention de vous faire un cours, nous allons juste choisir un vin en exemple dans les trois catégories évoquées : 

• Un VDN Maury Grenat

La Préceptorie, Joseph Parcé, Cuvée Aurélie, 2011

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Joseph Parcé est le fils de Marc Parcé, bien connu avec son frère pour leur domaine de « La Rectorie » implanté à Banyuls-sur-Mer. Les frères Parcé ont fait une incursion sur les hauteurs de Maury et se sont installés à Saint-Arnac, vers Saint-Paul-de-Fenouillet tenter l’expérience de cette appellation. Après quelques péripéties racontées dans le livre mentionné plus haut, c’est donc Joseph qui tient aujourd’hui les rênes du domaine, en cours de certification bio.

100% grenache noir, la cuvée Aurélie a une jolie robe grenat, un nez classique (pour ce vin) de fruits confits et de cacao torréfié.
En bouche, il est intense et rond avec une bonne longueur. Les notes de pruneau et de cacao dominent.
Prix : 14 € environ

• Un VDN Maury Tuilé

Coopérative Les Vignerons de Maury, Tuilé Vieille Réserve 2000

MAURY VIEILLE RESERVE

Pour l’histoire de la Coop, reportez-vous également au livre cité plus haut et louons les hommes et femmes de bonne volonté qui savent évoluer avec leur temps et faire face à l’adversité.

100% grenache noir, la robe de ce Maury est acajou, légèrement tuilée et son nez cacaoté charmeur avec des touches appuyées de figues confites et de noix.
En bouche, sa souplesse révèle des saveurs complexes de fruits secs et d’eau-de-vie, voire de vin de noix.

Prix : 10,60 € environ

• Un Maury rouge sec

Mas Lavail, Nicolas Batlle, Ego 2011

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 Le domaine est situé entre Estagel et Maury, sur la route de l’Ariège.

90% grenache noir vieilles vignes et 10% mourvèdre, ce Maury rouge sec a un bel ego. Sa robe est brillante et d’un grenat profond et son nez épicé est élégant et tire sur la cerise griotte.
Les tanins sont fins en bouche et il a une belle amplitude, du gras, de la sucrosité et de la longueur. Des qualités qui peuvent le faire encore attendre.

Prix : 10,60 € environ

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C’est que je me mettrais bien à les collectionner, moi !

Blandine Vié

Dégustations

Les épousailles d’un Reignac
et d’une aiguillette  !

La viande et le vin © Greta Garbure

La viande et le vin © Greta Garbure

Tout le monde se rappelle la scène de Sally simulant l’orgasme dans un restaurant : « Donnez-moi la même chose qu’elle ! » dit une cliente envieuse d’un tel effet ! Eh bien, j’ai failli avoir cette même réaction. Sauf que j’étais chez moi et seules mes pommes de terre étaient sautées…!

Le matin, aux Halles de Bayonne, mon regard vagabondait devant l’étal de Didier Carrère, MON boucher (heureusement pour lui, je ne suis pas SON client, nous sommes nombreux à nous le partager). Le personnel est prévenant, efficace et poli. À la caisse, Madame Carrère a un mot gentil pour tout le monde. Mais surtout, surtout, les viandes sont belles. Il suffit de demander et on a droit au pedigree complet de la vache qui n’est pas de réforme mais allaitante. Trop tôt arrachées à l’affection des leurs, ces simmentals donnent le meilleur d’elles-mêmes avant l’âge de 5 ans. La chair des agneaux de lait est nacrée et les grillades de porc croquent sous la dent. Et puis, je tombe sur un morceau que je ne connaissais pas sous un aspect aussi persillé : l’aiguillette de rumsteck.

Aiguillette de rumsteck © Greta Garbure

Aiguillette de rumsteck © Greta Garbure

Rendez-vous est aussitôt pris pour le soir même avec une jolie bouteille. Je choisis un vin récemment bu au château au cours d’un joli déjeuner : le Grand Vin de Reignac 2001. J’aime beaucoup ce millésime à Bordeaux, qui n’a eu que le tort d’arriver (étrangement !) après le 2000, prévendu et même survendu. On avait pris soin de nous préciser lors de ce repas qu’il avait laissé derrière lui nombre de grands crus classés français, américains, italiens, australiens. Alors, je le carafe une heure avant le dîner.

La cuisson de la viande se fait à température suffisamment basse pour laisser fondre le gras du persillage. Les pommes de terre sont rissolées à point. La messe peut commencer ! Enfin, n’exagérons rien… La notion de sacrifice, même laïque, est très relative ! Le corps et le sang se mêlent dans une noce païenne mais c’est bien un mariage d’amour. La viande se révèle tendre, goûteuse, juteuse et le vin… grand !

Pour un tas de raisons, je n’ai pas participé à la dégustation du Grand Jury Européen qui l’a sanctifié devant Mouton, Margaux, Ornellaia, Latour et bien d’autres. Mais ce soir, comparaison n’étant pas raison (et ça m’arrange), je suis enthousiasmé par ce vin. Évidemment, pas le meilleur que j’ai jamais bu de ma vie mais juste celui que j’espérais au moment où je le souhaitais ! Une robe encore sombre qui indique que le vin n’évolue que lentement. Le nez montre de la densité, de la puissance. En bouche, les arômes de fruits noirs sont confirmés, les tanins fondus accompagnent en douceur une matière fine mais structurée. Et pas de sécheresse, pas de boisé intempestif. Au contraire, une légère sucrosité qui en fait une véritable gourmandise, grâce aussi à une complexité qui révèle le grand vin. Sa longueur se fait sentir longtemps…

Reignac 2001 © Greta Garbure

Reignac 2001 © Greta Garbure

En fait, c’est l’archétype d’un grand bordeaux dont on a attendu (pour une fois) la maturité !
D’un vin de concours qui inspire toujours un certain doute, il a acquis dans mon verre le statut de splendide vin de gastronomie. Ni un vin de bord de piscine ni une bouteille de dîner de chasse : juste le compagnon idéal d’une belle viande rouge.

Chez moi, aujourd’hui, c’était gala !

Ça a fait mon bonheur et ça pourrait bien faire le vôtre.

Patrick de Mari

Jeux de quilles

Des bouteilles qui ont du cul !

Les culs-de-bouteille du rosé « M » de Château Mangot (famille Todeschini).

Les culs-de-bouteille du rosé « M » de Château Mangot (famille Todeschini).

Comme dirait l’autre — l’autre s’appelant tout de même Alfred de Musset ! (in « La coupe et les lèvres », 1830, Premières poésies) — : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ? ».

Il va évidemment sans dire que c’est le contenu de la bouteille qui est essentiel et que, même si le contenant est moche et guère engageant — surtout si en plus l’étiquette elle-même est laide ! — ça ne change en soi rien au vin… sauf psychologiquement !
En revanche, lorsque le contenant et le contenu sont en adéquation, le plaisir de la dégustation est augmenté par celui de l’esthétique.

Bon, il y a aussi les traditions — or, ne l’oublions pas, l’héritage, c’est le socle de la culture — qui font que certaines régions ont des formes de bouteilles typiques : l’élancée bordelaise (ou « frontignan »), utilisée aussi pour les vins du Sud-Ouest et du Languedoc ; la paradoxalement plus « gironde » bourguignonne (ou « feuille morte ») ; la longue flûte alsacienne ; la « muscadet » et l’ « anjou » dédiées aux vins de Loire ; la « jura » et le « clavelin » jurassiens ; la plus pansue rhodanienne ; la flûte à corset provençale ; la gaillacoise ; la champenoise, etc.

À cette polymorphie, s’ajoute la couleur du verre qui peut varier du transparent cristallin à des tons de vert… bouteille ou de jaune. Ce n’est pas notre propos d’en parler dans cet article.

Nous ne disserterons pas non plus sur toutes les parties qui composent la bouteille (en partant du goulot) et qui sont un peu comme les courbes d’une femme : bague (en anneau, en cordon, pleine, carrée), col (droit ou enflé), épaule (tombante, arrondie ou droite), corps ou fût ou ventre (droit, conique, renflé), jable (droit ou à talon).

Non, obsédés que nous sommes sur gretagarbure, nous ne nous intéresserons (aujourd’hui) qu’à son fond ou plus prosaïquement… à son cul ! Qui — vous ne le saviez peut-être pas — peut-être plat, piqué (creux) ou semi-piqué (moins profond que piqué).

Oui le « cul » — ou cul-de-bouteille ou culot — est un terme imagé qui désigne la partie inférieure d’une bouteille, c’est-à-dire son fond.
Fonds de bouteilles à ne pas confondre avec ceux qui servent à faire la ripopée dans les tavernes peu scrupuleuses. Et si vous ne savez pas ce qu’est une ripopée, allez voir ici : http://gretagarbure.com/2014/02/25/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-35/

Techniquement, le cul-de-bouteille est fait à partir d’un morceau de verre étalé en disque dont la partie centrale plus épaisse est réalisée par soufflage en couronne.
Quand le fond est convexe (creux), il peut être plus ou moins profond. Le juste terme pour ce « trou », cet enfoncement est « piqûre ».
On peut se demander le pourquoi de cette coquetterie.
Mais en fait, il y a plusieurs raisons à cela :
— Tout d’abord, la piqûre assure la stabilité de la bouteille afin qu’elle n’oscille pas quand elle est debout.
— Ensuite, visuellement, cela donne l’illusion d’une capacité plus importante.
— Enfin, cela facilite la prise de la bouteille pour le service du vin, le pouce pouvant se glisser dans le cul. Vous avez dit trivial… meuh non !
— Quant aux bouteilles d’effervescents, la piqûre est profonde parce qu’à une étape de la vinification, on entrepose les bouteilles « sur pointe » (pointage), c’est-à-dire sur des pupitres percés, goulot vers le bas pour que le dépôt descende vers le col par effet de gravité. La piqûre facilite alors la rotation manuelle des bouteilles.

Mais, si la tradition est une chose éminemment respectable, d’un autre côté, il est légitime de vouloir mettre sa patte et d’innover.
C’est justement ce qui nous a interpellés : l’apparition depuis quelque temps, de culs-de-bouteille… enjolivés !

La première bouteille à nous avoir surpris, c’est le rosé « Côte des roses » de Gérard Bertrand, avec son très original fond en forme de rose, dessiné par un jeune designer de l’École Boulle, en partant du postulat que ce vin peut s’offrir… comme un bouquet de roses !

Côte des roses rosé Gérard Bertrand © Greta Garbure

Côte des roses rosé Gérard Bertrand © Greta Garbure


C’est joli, séduisant et malin… car les bouteilles étant difficiles à ranger — ou alors, à l’envers dans un vase ! — on est presque « obligé » de les boire rapidement !
Tellement joli que beaucoup de consommateurs achèteront le vin rien que pour la bouteille !
Personnellement, j’ai essayé de me servir du fond de bouteille comme empreinte sur de la pâte sablée aux fins d’obtenir des biscuits en forme de roses… mais ça ne marche pas ! :-(

CUl-de-bouteille rose Gérard Bertrand © Greta Garbure

Cul-de-bouteille rose Gérard Bertrand © Greta Garbure

La deuxième bouteille croisée au fond joliment travaillé le fut lors d’une dégustation des vins « Les Terres de Saint-Hilaire », en blanc et en rosé. Un moucheté que la couleur pastel des vins fait scintiller et qui, réciproquement, fait scintiller les vins.

Oppidum rosé

Et puis, un communiqué de presse des vins Mangot nous a ravis avec son « M » de Mangot, un rosé très pur et élégant décliné en quatre flacons avec différentes piqûres personnalisées (collection « Éclat » de Silverglass). Passionnée par le design, la famille Todeschini a ainsi souhaité « faire un objet unique qui consacre l’émotion d’un vin inédit. »

Fouineuse comme je suis, j’ai voulu en savoir plus et j’ai demandé quelques précisions à Yann Todeschini. Je voulais surtout savoir pourquoi avoir adopté les quatre piqûres pour un même vin plutôt que pour quatre vins différents. Et ses réponses m’ont passionnée.
Tout d’abord, pour son équipe, chaque cul évoquait des objets différents :
• La « constellation » (ciel étoilé) : une balle de golf, des crampons de foot, un dé à coudre.
• 
La « falling star » (étoile filante) : un volcan, le ravinement d’un sol, un cupcake, des racines, une écorce, un halogène. Elle peut aussi symboliser la matière (terre ou bois) qui interpelle.
• La « star shining » (étoile brillante) rappelle un moule à canelé, une araignée, mais aussi le M de Mangot.
• La « moon rising » (lune montante) — après les étoiles, on finit sur la lune — fait quant à elle allusion à un temple, une pyramide, un verre plastique pliable de l’époque.

                              Bordelaise Éclat « Constellation »                         Bordelaise Éclat « Falling Star »                         Bordelaise Écat « Star Shining »                         Bordelaise Éclat « Moon Rising »

 Et Yann de poursuivre : « J’ai rapproché chaque cul d’un ou de plusieurs adjectifs du vin :
Star shining : à l’image du vin, fin et épuré ;
Fallling star : c’est le lien à la terre et la vivacité, comme une étoile filante ;
Constellation : c’est la complexité, le croquant ;
Moon rising : c’est l’ampleur, la largeur, le gras, la construction du vin tel un mille-feuilles.

Comme quoi regarder un cul est toujours instructif !
Comme quoi aussi, une bouteille bien culottée peut ajouter non seulement de la poésie et du charme au vin qu’elle contient, mais aussi lui conférer un petit supplément d’âme. Non parce que ça rend le vin meilleur… mais parce le cul de la bouteille aura suscité une réflexion induisant une approche plus attentive du vin et que cela préparera vos papilles à une dégustation plus subtile.

Blandine Vié

PS : Il va sans dire qu’après avoir marqué ces bouteilles à la culotte, nous vous parlerons bientôt de leur contenu !

Jeux de quilles

Irouléguy :
cette petite appellation est grande !

Thérèse et Michel Riouspeyrous

Thérèse et Michel Riouspeyrous

Toutes les plaisanteries faites sur les vins d’Irouléguy ont tendance à me mettre les nerfs en pelote (basque) !
Elles sont répandues par des ignares, des mal intentionnés ou plus simplement des buveurs d’étiquettes au rabais. « J’en ai acheté une bouteille à l’hypermarché, eh bien c’était pas bon ! » Normal ! Continuez à acheter le moins cher possible (alors que quand c’est pas bon, tout devient trop cher) dans des endroits qui ne recherchent que des marges et surtout pas votre bonheur ! Au Pays basque comme à Bordeaux ou en Bourgogne, si on se débrouille pour boire du rouge qui pique la gorge, on y arrive sans aucune difficulté ! Des blancs qui filent le casque à pointe, pareil ! Pourtant, sachez que le meilleur irouléguy vaut largement le meilleur vin de bien des appellations plus prestigieuses. À condition de ne pas l’avaler à l’apéro, à la va-vite, chauffé à 25° par un soleil d’été avec des cacahuètes salées un peu rances… Attendez au moins les merguez ou plutôt les xistorras basques ! Mais il accompagnera avec plus d’élégance et d’efficacité des plats nobles quand il est lui-même de bonne extraction.
Par ailleurs, apprenez que les plus grands viticulteurs de France échangent avec intérêt leurs plus belles bouteilles contre celles de Thérèse et Michel Riouspeyrous. Ils détestent que je le dise mais ils sont reconnus par leurs pairs comme de très importants vignerons. Leur vignoble, mené en biodynamie présente des pentes impressionnantes et délivre des rendements volontairement limités. Alors quand une extrême qualité est au rendez-vous, on peut accepter de payer le juste prix du travail et de l’intelligence, non ?

Arretxea rouge tradition

Régalez-vous donc si vous arrivez à mettre la main chez un bon caviste sur la première cuvée, sans passage en barrique, du domaine Arretxea. C’est un jus de plaisir formidable (à partir de 13 €). Le fruité vous envahit le nez puis la bouche qui se retrouve tapissée par le cassis, la myrtille, la mûre (toujours la mûre !). « Noir, c’est noir » chanterait Johnny s’il en connaissait l’existence.

Si vous n’êtes pas encore convaincu, je ne vous conseille pas la cuvée « Haitza » (à partir de 20 €), plus ambitieuse, qui mérite d’être comprise et attendue quelques années. En effet, inutile de me faire saigner les oreilles en me serinant : « C’est tannique, le tannat ! » Ben oui ! C’est pas du loukoum pour pré-pubères ! Juste un grand vin qui se fait respecter…

Je vous fais grâce des sélections parcellaires qui offrent à peine quelques centaines de flacons d’exception que vous ne trouverez que dans leur cave, et encore… Mais si vous voulez boire un beau vin blanc, un très beau vin blanc, minéral, à l’attaque vive sur l’orange et le citron vert, avec une bouche ample où explosent la mangue, l’ananas, le litchi, sans pour autant en faire un vin exotique, essayez d’obtenir une bouteille d’ « Hegoxuri » (à partir de 20 €) : le 2009 vous ferait couler des larmes sur les joues mais, trop tard, j’en ai bu, il y a peu, une des dernières quilles, au petit-déjeuner dans le séchoir du divin charcutier Éric Ospital, à Hasparren !

Chez Éric Ospital © Greta Garbure

Chez Éric Ospital © Greta Garbure

Alors, n’attendez plus, buvez un bon irouléguy !

Patrick de Mari

Domaine Arretxea
Thérèse et Michel Riouspeyrous
64220 Irouléguy
Tél./Fax : 05 59 37 33 67
Courriel : arretxea@free.fr

Jeux de quilles

Des vins que vous aimerez !

Christian Chabirand

Christian Chabirand

Ici, on est à Vix, en Vendée. Une ancienne île au milieu des terres. À mi-chemin de la Loire et de l’estuaire de la Gironde. Alors, quand Christian Chabirand, l’enfant du pays, décide de planter de la vigne sur ces terres vierges de toutes cultures, il marie surtout le merlot avec le cabernet-sauvignon, en respectant le régional de l’étape : la négrette et même du pinot avec du chardonnay pour une alliance toute champenoise. Le vignoble bénéficie d’un sol d’argile et de sable sur une roche calcaire. Il est totalement enherbé, les engrais sont organiques et la culture bio certifiée Écocert.
Les vinifications se font exclusivement en cuves (inox et époxy) et les barriques sont bourguignonnes, ayant déjà connu trois vins (pas de bois neuf), juste pour ménager une respiration durant… le temps qu’il faudra, selon les millésimes, selon les assemblages. L’élevage est long, très long. D’ailleurs Christian préfère parler d’accompagnement des jus !

Vous me connaissez, je manifeste, parfois même lourdement, une exigence de netteté et de précision pour certains vins car les goûts d’écurie sont légion parmi les cuvées prétendument « nature », « naturelles ». Autant de mots dont l’usage semble confisqué au seul bénéfice des tenants du « sans sulfites ajoutés ». Je dis bien « semble » car quel est le contraire de naturel ? Artificiel ? Industriel ? Surnaturel ? Mais ceci est une autre histoire…

Ici, pas de déviance, seulement du fruit mûr et l’âge venant, une maturité, une profondeur, comme une sagesse que certains pourraient bien envier ! Notre cher vigneron est par ailleurs conscient que plus personne n’accorde aux vins le temps de leur épanouissement. Ni le grossiste ni le caviste ni le restaurateur ne sont insensibles aux exigences comptables de l’époque. C’est donc dans sa propre cave que l’on peut trouver des millésimes à point et qui ont encore de belles années devant eux ! Les arômes sont alors toujours aussi fruités, frais, mais les tanins sont assouplis. Les structures restent bien présentes mais la matière ressentie en bouche se fait douce.

C’est rien et banal de dire que ses vins lui ressemblent ou peut-être, est-ce le contraire ? Il aime répéter la célèbre phrase du grand Jacques Puisais, que Greta Garbure a faite sienne depuis sa création : « Le vin doit avoir la tête de l’endroit où il est né et les tripes de celui qui l’a fait. » Écoutez Christian Chabirand parler de sa vigne et de ses vins, vous comprendrez rapidement ce que cela signifie.
Ses bouteilles contiennent son intelligence, sa sensibilité, ses convictions. À nous de faire fructifier les promesses de bonheur qu’il nous confie comme autant de secrets !
Pour vous en convaincre, allez sur le site http://www.prieure-la-chaume.com, très bien fait, et lisez ses 10 commandements. En fait, lisez tout ! Ce garçon est passionnant, au moins autant que ses vins. Je me suis senti ému à la dégustation mais ce sont surtout de merveilleux vins à boire à table !

Mes préférences me conduisent à vous conseiller :

RIGOLETTO

— Bel Canto 2013, franc comme l’or, sorti de cuve et délicieux sur sa fraîcheur, 8,50 €.

— Rigoletto 2010, 100% merlot, récolté en légère surmaturité et issu d’un coteau exposé plein sud, un délice, 15 €.

— Orfeo 2008, un parfait équilibre, alliant l’exubérance de la jeunesse (même au bout de six années !) à une belle complexité, 13 €. Le 2009 est un vin que l’on sent accompli, d’une évolution lente. Le 2010 est encore très refermé sur lui-même mais le 2011 qui sort tout juste de ses barriques sera bientôt extraordinaire ! Mise en bouteilles au printemps.

— Bellae Domini (Belle du Seigneur) 2009 mérite son nom. 17 €.

Magnum

Patrick de Mari

La Chaume 85770 Vix
Tél : 02 51 00 49 38