Catégorie: CHRONIQUES & HUMEURS

P’tit billet d’humeur

Burger ou « beurker » ?

Le burger du Bar à viande branché Meating

Le burger du Bar à viande branché Meating

C’est aujourd’hui l’ « International Hamburger Day » m’annonce un communiqué de presse qui me propose en prime la dernière étude de Speed Burger, spécialiste de la livraison de burgers à domicile. En fait les réponses à un questionnaire adressé à leurs clients : « Quel burgervore es-tu ? »Nous ne nous attarderons guère sur les réponses d’un intérêt très relatif.

En revanche, nous nous demandons comment un aliment qui n’est au départ qu’un matefaim conçu pour nourrir a minima une population pauvre — un peu de viande hachée dans une grosse masse de pain avec une feuille de salade pour la touche de verdure — peut être devenu emblématique au point qu’une journée internationale lui soit consacrée.

Parce qu’il faut bien dire ce qui est : même si certains chefs (dont des étoilés) s’amusent à inventer des hamburgers embourgeoisés — autant dire des hambourgeois ! (voir notre article à ce sujet : http://gretagarbure.com/2015/04/15/ptit-billet-dhumeur-99/ — la majorité de l’offre des burgers sur le marché du fast food est quand même d’un niveau gustatif proche de zéro. La mie de pain des buns est mollassonne, le disque de steak haché est en carton-pâte, la feuille de salade iceberg quasiment imputrescible, la rondelle de tomate batave insipide et la tranche de fromage en plastique quand il se fait cheeseburger.

Un mode d’alimentation importé de toutes pièces qui n’est en rien un progrès organoleptique puisqu’il est sans aucune gourmandise, pire, le plus souvent même sans goût du tout ! Quand il n’est pas carrément dégoûtant !

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Bref… un « beurker » !

Alors, mérite-t-il une journée de célébration ?

À quand la journée internationale
du kangourou à la graisse de phoque  ?

Blandine & Patrick

P’tit billet d’humeur

Des cuisines d’artistes ?

Voilà © Greta Garbure

Voilà ! © Greta Garbure

La cuisine serait-elle un art initiatique ?
On pourrait le croire à entendre les Anciens évoquer leurs tours de France, ce compagnonnage duquel ils ont tout appris. Mais peut-être pas si l’on constate la fulgurance de carrières à peine entamées et sitôt terminées, à grands coups de klaxons médiatiques.

Ça me fait penser à l’introduction au réalisme fantastique révélée en 1960 par Louis Pauwels et Jacques Bergier dans « Le Matin des Magiciens ». Vendu à un million d’exemplaires, ce livre a sans doute été lu jusqu’à la dernière page par 500 personnes au mieux et intégré dans une réflexion constructive chez quelques dizaines de lecteurs seulement. Presque illisible, l’intelligence des propos n’excuse pas tout.

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Eh bien, je considère qu’il en va parfois de même de « certaines » cuisines réalisées par « certains » chefs. Un engouement vertigineux gonfle soudainement le nombre des réservations ainsi que les délais incompressibles avant de pouvoir se prévaloir du privilège de « déguster » ces créations éphémères (vous savez, ce « bonne dégustation » qu’on vous inflige plusieurs fois par repas alors que vous êtes venu déjeuner ou dîner mais sûrement pas « déguster » ni vous prosterner devant des assiettes).

En imposant le silence immédiat à vos futiles conversations dès l’arrivée simultanée des dites assiettes et après avoir certifié, la main sur le cœur, l’origine et l’honorabilité des producteurs de chaque viande et légume, on vous récitera tous les accommodements et types de cuisson employés. En insistant, vous obtiendrez sans difficulté la liste exhaustive des 6 épices et 8 ingrédients nécessaires aux 3 taches de sauces de couleurs différentes qui escortent si joliment les 4 légumes croquants, bien sûr pochés séparément, à 94°, durant 3 mn 25 s.

Enfin, quand les jeunes serveurs demandent à chaque service si « ça a été », si « ça vous a plu », vous vous prenez à regretter le temps béni où on n’allait pas au restaurant pour entretenir une conversation suivie avec la quasi-totalité du personnel. Mes parents m’ayant appris à ne pas parler la bouche pleine ni à manger la bouche ouverte, voilà qui ne laisse pas beaucoup d’opportunités de se sustenter et de boire un coup… Mais est-ce qu’on va encore au restaurant pour ça ?

Alors, à défaut d’art et d’artistes, recherchons plus souvent la fréquentation des bons cuisiniers-artisans, ceux qui ne font pas la cuisine avec les doigts, qui ne sont pas avares de leurs sauces, qui n’inventent pas un nouveau plat emblématique par jour, qui ne déstructurent pas leurs produits, comme des chirurgiens esthétiques brésiliens. Ceux qui investissent dans un personnel heureux et souriant plutôt que dans des perroquets déguisés en pingouins.

Saint-Jacques contisées à la chichiteuse © Greta Garbure

Saint-Jacques contisées à la chichiteuse © Greta Garbure

Le bouche à oreille, le téléphone maghrébin, les réseaux prétendument sociaux ont tôt fait de convoquer les crédules qui confondent facilement nouveautés et inventions, évolutions et progrès, passéisme et respect des transmissions.

L’art commence toujours avec la reconnaissance des « élites pensantes ». Ce qui n’était jusqu’alors qu’une réalisation personnelle, recherche aboutie ou brouillon spontané, devient sanctifié, de l’ordre de la révélation divine : il faut ab-so-lu-ment l’avoir, au plus tôt, lu, vu, ressentu, goûtu.

Or, me semble-t-il, la cuisine ne devient aujourd’hui un art que lorsqu’elle est cantonnée (comme le riz) au microcosme surexcité par la sublime irruption (forcément sublime, dirait Duras) d’un néo-chef immédiatement reconnu par la foule des téléspectateurs et des chroniqueurs spécialisés dans la pipolade et la cuistance dernier cri.

Dans les coulisses de la gloire minuscule, il convient de ne pas manquer la générale, à défaut, la première représentation de l’artiste naissant : avant c’est moche et pas bon, après c’est trop tard et ça devient insignifiant ! Au « Vrai Chic Parisien », l’instantané l’emporte sur la pause et la réflexion. Ensuite seulement, intervient la sanction publique : une clientèle se constitue, fidèle jusqu’à la prochaine génération spontanée d’un nouveau chef, apprenti avant-hier, second hier encore mais révélant soudainement « un univers ab-so-lu-ment gé-nial » !

Vous avez compris que j’ai été récemment déçu par ce qui ne restera qu’une « expérience » tristement prétentieuse.

Patrick de Mari

P’tit billet d’humeur

À partir de quel prix
n’est-il plus raisonnable

d’ouvrir une bouteille pour la mettre
dans une gibelotte ou un civet ?

…ou quand Blandine torture Patrick avec ses questions !

Lapin en gelée au vin blanc © Greta Garbure

Lapin en gelée au vin blanc © Greta Garbure

Patrick :
La première question est déjà : à partir de quel prix n’est-il plus raisonnable d’ouvrir une bouteille ?
La réponse ne dépend que de l’argent dont on dispose, de la sophistication de ses goûts, de la conscience plus ou moins aiguë de la misère environnante, de l’ancienneté de sa propre aisance ou de sa propre précarité.
Après, ta bouteille, tu peux décider de te la mettre dans la gibelotte ou directement dans le gosier !

Blandine :
C’est quand même aussi — et peut-être surtout — une question de bon sens. Ouvrir une bouteille chère pour la boire reste une finalité logique et gourmande, même si elle peut être déraisonnable. Alors que si c’est pour en verser une partie dans une gibelotte ou un civet, pour faire un fond de sauce ou une gelée, voire une marinade, c’est dommage voire un peu ridicule si le vin est cher. Et d’une, parce qu’il va être complètement dénaturé à la cuisson. Et de deux, parce ce qu’il me semble déceler une petite pointe de snobisme dans ce choix.

Patrick :
On est toujours le snob de quelqu’un…! Cher, c’est combien ? Quel est le prix d’une bouteille chère ? C’est encore une autre façon de poser la même question.

Blandine :
Bien entendu ! Ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on fait cette démarche, soit on a une méconnaissance culinaire en ce qui concerne la cuisine au vin, soit on a quand même une petite volonté d’épater la galerie. Mais sans doute, beaucoup ignorent que cuisiner avec un « grand » vin ne donne nullement un résultat supérieur que le faire avec un vin beaucoup plus basique. Ce qui compte c’est la structure du vin qui doit être charpenté et tannique pour un rouge, équilibré (sans trop d’acidité) pour un blanc. Il fut un temps où l’on disait même que pour un civet ou un coq au vin classique, en tout cas des plats longuement mijotés, rien ne vaut un vin comme le mascara d’Algérie. C’est sans doute moins vrai pour les cuissons courtes au vin blanc (moules marinière par exemple) où un peu plus de subtilité et de rondeur peuvent être les bienvenues.
Mais pour en revenir au prix, c’est évidemment une question très délicate. À la fois personnelle mais aussi sociétale. Car tout le monde n’a de toute façon pas accès à des vins chers.

Patrick :
Il faut savoir que le prix d’achat moyen d’une bouteille de vin est d’environ 3 € en GD et d’à peu près 9 € chez les cavistes. C’est évidemment peu. Mais arrête de parler de « vins chers » ! Tout est cher quand c’est pas bon. Comme tu l’as dit, seule la structure du liquide compte dans une recette. La crème fraîche n’est pas « chère ». Le fond de veau n’est pas « cher ». Et le bœuf bourguignon ne se distingue pas de la daube provençale par le prix du vin utilisé ! J’ai connu un avocat bordelais (certes un peu âgé) qui n’avait pas aimé un château Lafite 64 et avait confié le reste de la caisse à sa cuisinière afin qu’elle lui confectionne des plats en sauce.
Et puis on n’a pas forcément raison d’être raisonnable !

Blandine :
Tout ça est effectivement très subjectif mais ma question était plus pragmatique et sans doute moins profonde. Je me demandais simplement si, dans des recettes qui requièrent du vin, il est raisonnable d’utiliser des bouteilles d’un certain prix. Dans le sens : « Est-ce que ce n’est pas gâcher le vin ? ». Bien sûr, en perspective, cela débouche sur la question plus généraliste du prix du vin. Ce qui implique une notion de moralité, d’ailleurs toute relative. Mais c’est là un autre problème…!

Nos lecteurs ont sans doute d’autres réponses, lisons-les avec intérêt !

Blandine & Patrick

À propos de la gibelotte, rappelons que le vin blanc lui doit une fière chandelle, comme nous vous le narrions ici : http://gretagarbure.com/2013/08/06/nos-mille-feuilles-morceaux-choisis-17/

Et pour en savoir plus sur la cuisine au vin, c’est là : http://gretagarbure.com/2014/04/02/savoir-faire-21/

Et pour tout savoir sur l’art de pratiquer l’art de la marinade, il faut aller là : http://gretagarbure.com/2014/03/25/savoir-faire-19/

P’tit billet d’humeur

LA MIRE, TOUJOURS LA MIRE !

Allez, on fait le pont !

Nous nous excusons pour l’interruption momentanée de nos programmes
mais nous espérons que vous mettrez cette pause à profit pour aller consulter nos archives :

Il suffit de piocher dans le menu ci-dessus pour lire l’un de nos 904 articles
dans les rubriques P’tit billet d’humeur, Miam-Miam, Glou-glou, etc. !

La mire de Greta Garbure © Greta Garbure

La mire de Greta Garbure © Greta Garbure

P’tit billet d’humeur

Élevons nos enfants
comme les tomates :
hors-sol, sans racines !
On en fera plus vite des barbares !

Tomates hors-sol via alpes-coccinelle.com

Tomates hors-sol via alpes-coccinelle.com

Dire que le latin est inutile parce que c’est une langue morte, c’est nier l’identité de la langue française, ses racines, sa richesse.

À ce compte-là, supprimons aussi l’histoire, c’est du passé révolu dont nous ne savons même pas tirer les leçons !
(J’emploie à dessein cette redondance et vous invite au passage à consulter un dictionnaire pour découvrir ou redécouvrir la signification exacte du mot révolution.)
Mais que dis-je ? Des leçons ? Des leçons pour quoi faire ?
Les livres et les cahiers au feu, et les profs au milieu !

Allez, faisons table rase de notre civilisation, elle pourrait faire croire à des états qui n’ont aucune légitimité (même pas géographique) qu’ils sont chez eux chez nous.
Puisque vous avez des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, regardez donc et oyez : ils s’estiment souverains et sont désireux d’installer leur suprématie partout où le mot liberté est devenu synonyme de licence, de laxisme, de démission.

Personnellement, je ne vois (presque) pas de différence entre détruire des monuments millénaires et supprimer l’enseignement de langues dites mortes alors qu’elles sont le socle de notre civilisation. La nôtre, qui n’est pas la même que celle de nos voisins.
Civilisation : un mot que je répète à l’envi parce qu’il devrait faire de nous des êtres… civilisés !

Gaffiot © Greta Garbure

Gaffiot © Greta Garbure

Mais non, abrutissons-nous plutôt à vaquer à des niaiseries, à nous distraire de façon boulimique avec des jeux électroniques débilitants (quand ils ne sont pas mortifères, pour employer un mot à la mode), à nous satisfaire d’une liberté de mœurs où tout est permis, à nous gaver de saloperies telles que cochons d’élevages industriels, poulets de batterie et sodas américains, à faire où on nous dit de faire, à approuver des hygiénistes zélés qui veulent encadrer la consommation du vin mais libérer celle de la drogue, à croire en des politiciens qui bradent la France au plus offrant : territoire, patrimoine, culture.
Panem et circenses !
(Pour les non latinistes, je traduis : « Du pain et des jeux ! »)

Contentons-nous donc d’apprendre à nos enfants un jargon consumériste à base de 200 mots anglo-franglais qui les robotisera un peu plus et en fera des clones. Où est-il donc le temps où le français était la langue de la diplomatie internationale ? Même Bruxelles a lâché prise !

Oui, jetons aux oubliettes tout ce qui est franco-français et faisons-nous berner, laminer, ensuquer, sodomiser. Pour parler poliment.

Bêchons, binons, sarclons, désherbons à coup de Roundup®, préparons le terrain d’une barbarie annoncée.

Laissons tomber les « humanités » pour nos enfants !
Élevons-les plutôt ex nihilo !
(Pour les non latinistes, je traduis : « à partir de rien ! »)
Comme les tomates hors-sol !
Faisons fi du terreau de la culture au sens propre comme au sens figuré.
Non, ne cultivons plus nos enfants !
Livrons-les illico (pour les non latinistes, je traduis : « sur-le-champ ! ») aux bourreaux que nous sommes en train de leur préférer.
Par lâcheté. Par soumission.
Oui, j’ai bien dit soumission.
Et là, je n’ai pas envie de traduire…

Blandine Vié