Bonne table… ou évi-table !

Zerda Café
Cuisine d’Afrique du Nord,
surtout berbère
Paris 10e

Salle Zerda © Greta Garbure

Situé à deux pas de la Porte Saint-Martin, dans le quartier des théâtres, voilà une adresse qui réconcilie avec la cuisine d’Afrique du Nord, si souvent « folklorisée » un peu partout, voire banalisée ça et là… et même galvaudée ailleurs !

Une fois n’est pas coutume, je n’y suis pas allée avec Patrick !
C’est une amie qui m’y a emmenée alors que nous sortions d’un rendez-vous dans le quartier, justement à l’heure du miam-miam !

Bon, en ce moment la façade ne paye pas de mine car un échafaudage emmaillote l’immeuble et — d’après ce que j’ai compris — les travaux traînent excessivement en longueur du fait de travaux ayant été jugés plus urgents à faire dans le 10e depuis les élections ! Bah tiens ! Mais la porte mauresque incite tout de même à la curiosité.

La porte du restaurant © Greta Garbure

Dépaysement de rigueur une fois la porte poussée.

Une vue de la salle © Greta Garbure

Les pâtisseries © Greta Garbure
Avant de poursuivre, il faut tout de même que je vous dise ! Je connais assez bien la cuisine maghrébine, notamment la cuisine marocaine que j’ai appris à faire jeune femme à Marrakech avec Zouina, une cuisinière chère à mon cœur, mais aussi la cuisine algérienne (et plus précisément la cuisine de Kabylie) et, dans une moindre mesure, la cuisine tunisienne.

Au passage, j’aimerais dire à ceux qui qualifient la cuisine d’Afrique du Nord…« d’orientale » qu’en arabe, le mot « Maghreb » signifie… Occident !
Je ne cesse de vous le dire dans ma rubrique « Les mots des mets (la saveur cachée des mots) », l’étymologie et la connaissance des mots sont souveraines contre l’inculture !

Bon, revenons à nos moutons même si nous n’en avons pas mangé malgré la période pascale.

Le lieu est tenu par Jaffar Achour, un homme qui, en quelques minutes, se révèle être un hôte charmant, attentionné, disert, cultivé, enthousiaste et d’une très grande gentillesse.

Originaire de Tizi-Ouzou, en Kabylie, sa carte est très inspirée par la cuisine berbère, ce que confirme d’ailleurs le nom de son restaurant « Zerda », la zerda étant un grand repas convivial en Kabylie.
Mon amie me précise qu’il est habituellement secondé par son fils Madjid, tout aussi gentil que lui.

Nous démarrons avec une petite salade de pommes de terre en guise d’amuse-bouche, puis une sauce harissa maison très diluée avec du citron et de l’huile d’olive et agrémentée d’ail dans laquelle nous trempons des morceaux d’aghroum (pain berbère à la semoule). Ce n’est pas à la carte mais le régal de mon amie, habituée du lieu. Ça prépare bien la bouche !

Harira maison © Greta Garbure

En plat, nous avons choisi un couscous berbère makfoul à la semoule d’orge (belboula), sans sauce, avec des fèves fraîches (quelques graines, mais aussi des fèves entières en cosses coupées en morceaux), des capsules de coquelicot — fleur qu’on appelle aflelou en berbère ! — et du fenouil sauvage ! Un pur délice d’une grande finesse.

Semoule à la berbère © Greta Garbure
Comme viande, nous avons accompagné cette semoule délicate de merguez de veau très goûteuses dont je vous prie de croire qu’elles n’avaient rien à voir avec les merguez tout venant que l’on débite partout au kilomètre et que je suis incapable d’avaler.
Couscous berbère + viande au choix : 17,50 € + 3,50 € si méchoui.

Merguez de veau © Greta Garbure

Sur ce repas authentique et sincère, nous avons bu « Terres Rouges », un gris du Maroc 2012 épatant, léger et fruité (syrah/tempranillo) : 33 € la bouteille.
En verve, Jaffar nous raconte que c’est un vin du domaine « La Ferme Rouge », créé au Maroc par Jacques Poulain, un œnologue français installé à Had-Brachoua, à l’est de Rabat. Ce n’est d’ailleurs pas sa première expérience de viticulture marocaine car c’est lui qui avait relancé les Celliers de Meknès il y a quelques années.

Enfin, nous avons terminé par quelques pâtisseries traditionnelles et un thé à la menthe.

Pâtisseries traditionnelles © Greta Garbure

Un déjeuner impromptu comme je les aime, un des petits bonheurs inattendus de la vie.

Alors, bien que n’étant pas accompagnée par Patrick, je m’autorise à prendre la décision seule pour attribuer le rond de serviette de Greta Garbure à cet établissement où je n’hésiterai pas à revenir car bien des plats sur la carte m’ont fait de l’œil !

Rond de serviette

Kemia du boucher ou de la mer : 13,90 €.
Entrées chaudes : Chorba ou harira (6,90 €), Bricks viande ou thon (7,90 €), Ojja tunisienne (poivron, tomate, œuf, oignon, avec crevettes, merguez ou kefta) à 8,50 €, Pastilla de pigeaon (15,90 €) ou de poulet fermier (8,90 €).
Entrées froides : Salade mechouia (7,90 €), Salade zaalouk (7,90 €), Salade zerda gourmande, grande (13,90 €) ou petite (8,90 €).
Carte de 8 tajines (20 min de préparation) : entre 14,50 € (végétarien) et 18,50 € (berbère aux 5 légumes avec bœuf, agneau ou poulet au choix).
Carte de 8 couscous : entre 17 € (couscous seffa sucré) et 21 € (couscous Zerda avec brochettes, merguez, côtes d’agneau et boulettes).
Comptez de 30 à 45 € à la carte.

Invitation du patron, Jaffar Achour.

Tanemirt (merci) pour ce repas, Monsieur Jaffar !

Blandine sans Patrick

Zerda Café
15, rue René Boulanger
75010 Paris
Téléphone : 01 42 00 25 15
Ouvert de 12 à 16 h et de 19 h à minuit.
Fermé le lundi midi, le samedi midi et le dimanche + en août.
50 couverts + 20 en terrasse au beaux jours.
M° Strasbourg-Saint-Denis

Couenneries

Un saucisson doit être
l’âme d’un cochon heureux !

Saucisson du Périgord via cochonailleduterroir

« Le père prieur de l’abbaye de *** a le doux regard indulgent des gourmands des gourmands raffinés. Ah ! que j’ai de considération pour cet homme !       

— Et pour son jambon, dis-je.      

— Quel jambon ! Et quels saucissons ! Séchés au plafond d’une cuisine voûtée où la fraîcheur se maintient égale toute l’année. Pas de chauffage central, peu d’humidité. Leur saucisson, d’un gris à peine rosé, devient sec et noueux comme un cep de vigne. À la coupe, l’air de la montagne vous saute au nez. Ce saucisson est vraiment ce qu’un saucisson doit être : l’âme d’un cochon heureux.

saucisson corse

— Je veux ce saucisson ! crie M. de New York, qui est un peu sourd.      

— Je reconnais tout de suite un saucisson de cochon heureux et d’homme tranquille, poursuit Alain.

Robert l’interrompt :

— Une femme a trop de nerfs pour faire du bon saucisson. Un dicton paysan le prétend.    

— Il dit vrai, assure Alain. La chair à saucisson ne doit jamais s’échauffer pendant le travail. Il faut qu’elle soit coupée menu, bien débarrassée des tendons et des nerfs et ensuite brassée à bras jusqu’à se détacher d’un seul bloc de la table de bois. Les saucissons dont la chair a été brassée à la machine en vitesse ne valent à peu près rien. Pas plus que les pains dont la pâte a été mécaniquement pétrie à la six-quatre-deux. Autant dire que presque tous les saucissons vendus dans le commerce sont médiocres ou mauvais. Moi, je peux pas y manger. Mais faire du vrai saucisson, c’est dur, c’est long. Il faut du muscle de bon ouvrier charcutier en bonne santé et d’humeur sereine. Quand M’sieur Jean vient travailler à Mionnay pour me préparer ma Saint-Cochon, je ne me lasse pas de le regarder faire.      

— Ça serait quand, votre Saint-Cochon ? interroge M. de New York. Je viens, je viens !

Saucisson © Greta Garbure

— Vous avez raison, dit Alain. Il faut en profiter. Je ne sais pas qui me la préparera quand M’sieur Jean aura pris sa retraite ? Un ouvrier charcutier de ce talent, j’en vois pas un autre à l’horizon. Pas de jeune en vue pour prendre sa relève.       

— Gabriel ? proposé-je.      

— Cousin gabriel n’est pas tellement plus jeune que Jean. Non; j’essaierai de trouver un frère convers. Faire du saucisson, quelle belle tâche pour un moine ! Le moine charcutier de l’abbaye de *** a du muscle, la santé solide et l’humeur égale : il réussit son sucisson. Il doit même ajouter dans sa chair quelques prières à Saint-Antoine, ce qui ne peut pas faire de mal, car il y a des impondérables dans la réussite d’un saucisson. Gabriel observe la lune avant de tuer son cochon. Et jamais il ne se mettrait devant la table de bois avec la fièvre ou la colère dans le corps. Le saucisson d’un mal potant ou d’un nerveux vaut ce qu’il vaut et tu le balances avant six mois. Je dis qu’il y a une once de magie dans un saucisson parfait. Dans celui des moines de ***, mon nez fouineur flaire de la spiritualité mêlée aux parfums du père herboriste et à la glandée qu’a mangée le cochon.

Saucisson via pierreoteiza.com

— Aâââ…, soupire M. de New York. Vous parlez de ce saucisson comme d’une symphonie…      

Robert rigole que le banquier n’aura plus faim en arrivant chez la Murielle : il se sera bourré par les oreilles et les yeux. Pour l’instant, il n’en peut plus : le désir lui a coupé la voix. Il a l’âme noyée et les yeux flottants d’un promeneur en terre promise. D’autant plus que le Montagnieu de la Marinette et l’aligoté de Sabin lui ont encore embelli les couleurs de la cocagne. M. de New York vit un rêve de dépliant touristique : « In France, meet the true French » ; en France, rencontrez les vrais Français. Il tient déjà les vrais cochons — quel début ! »

Saucisson via mysaucisson.com

Un peu de bla-bla

• Ce texte est tiré de  « Croque-en-bouche » de Fanny Deschamps, publié en 1976 chez Albin Michel.

• Le Alain dont il est question dans le texte est évidemment Alain Chapel, qui était le neveu de Fanny Deschamps.

• Si vous voulez en savoir plus sur le « Jésus de Lyon », c’est là : http://gretagarbure.com/2013/12/25/notre-calendrier-de-lavent-26/

Jésus de Lyon via cellerier-hallesdelyon.com

Blandine Vié

Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

Bulles Fatales
Une enquête de la commissaire
Denise Caron
de la PJ de Champagne-Ardenne

Keith Spicer

Couverture_Bullesfatales-HD

Voilà un polar que j’ai lu presque d’une seule traite.
Un polar écrit par Keith Spicer, un écrivain canadien qui vit à Paris depuis 1996
.

Le pitch (selon la quatrième de couverture) :
« Le corps ensanglanté d’un grand chef de maison, gisant dans ses caves, traumatise la Champagne-Ardenne. Trahisons et transgressions, rivalités commerciales, espionnage chinois, politique présidentielle, l’étrange univers des légendes médiévales… Voilà les éléments de cette enquête menée tambour battant par Denise Caron, jeune commissaire aux multiples talents de la Police Judiciaire de Reims. »

Oui, voilà bien un polar que j’ai lu presque d’une seule traite.

Et pourtant, paradoxalement, il n’y a pas de réelle intrigue, ni vraiment d’action.
Non, ce qui est prenant, c’est la peinture quasi balzacienne de la grande bourgeoisie du champagne.
On est en pleine « comédie humaine » avec des portraits taillés à la serpe qui frisent parfois la caricature… mais aussi la ressemblance ! À tel point qu’on se prend au jeu et que l’on cherche des clés pour décrypter.

C’est grinçant et sans pitié.
Une peinture de mœurs où tout le monde en prend pour son grade, les « maîtres » des maisons champenoises, les épouses, les amants et les maîtresses, un mundovino où les secrets d’alcôve sont avant tout des secrets d’argent et où tout le monde couche avec tout le monde.
Et tout ça sous le regard hypocritement bienveillant de l’Église, grande bourgeoisie bien pensante oblige.

Avec des phrases percutantes du genre : « Quand Hubert — ndlr : non, ce n’est pas celui auquel vous pensez ! — décida enfin de mettre la belle épouse de son camarade en réserve de la République des bulles, la dame y vit une double insulte : celle de son mari qui l’avait prêtée, et celle de son amant qui remboursa le prêt avant son échéance. » (page 263)
« — Trop d’avantages étaient en jeu pour briser ce mariage : l’argent, la sécurité, le standing, le statut et la dignité. D’ailleurs, dans la vie de certaines femmes, il arrive un moment où — si je puis m’exprimer ainsi — la position sociale l’emporte sur la position du missionnaire. » (page 264)

Champagne via optionsbinaires.empireoption.com

La lecture économique est plus passionnante encore.

Notamment quant à la mainmise des Chinois sur les vignobles français. Mais aussi rapport aux maisons de champagne qui investissent en Chine. Accords troubles, visées à long terme, culte de l’argent de part et d’autre, le véritable Dieu, bien avant le champagne. Avec des vrais noms cités à l’appui. Et des affirmations assénées :

« — Au départ, nous avions beaucoup de mal à faire accepter le champagne par les Chinois. Ils n’ont aucune tradition de boissons froides ou pétillantes. Mais nous avons trouvé l’astuce pour les séduire : le snobisme. Les Chinois fortunés, et ceux qui appartiennent à la classe moyenne supérieure, se sont mis à acheter du champagne parce qu’il s’agit d’un produit de luxe mondialement connu. Pour vingt ou trente euros, ils peuvent montrer à leurs compatriotes qu’ils ont de l’argent et qu’ils sont des gens du monde. C’est la consommation m’as-tu vu. Tout comme le truc des sacs Vuitton — mais en moins cher et en bouteille. » (pages 59-60)

« — Non, nous ne voyons aucune limite logique au marché mondial du champagne. Pourquoi ? Parce que l’achat du champagne n’est pas un geste logique, il est émotionnel et symbolique. C’est lié au plaisir, à la célébration, à la consolation, et même à la consommation ostentatoire : le désir d’épater les voisins. Nous voyons la possibilité pour la Chine de devenir plus que l’usine du monde ; nous pouvons devenir la patrie du grand luxe et de l’artisanat de qualité. Avec, comme conséquence, une augmentation constante de la valeur ajoutée de notre production, donc de nos profits. » (page 246)

« Deuxième moyen : favoriser des co-entreprises du champagne en Chine, et plus modestement, en France. Avec Moët Hennessy en Chine, c’est déjà une réalité ». (p. 251)

« — La Chine. Les Chinois, vous le savez, achètent depuis plusieurs années des châteaux dans le Bordelais, et plus récemment en Bourgogne. Maintenant, mais plus discrètement, ils pénètrent le milieu champenois. »

L’intrigue policière passe presque au second plan et sert surtout d’alibi pour nous balancer ce gros dossier économique sur l’industrie du champagne où fiction et réalité sont habilement mêlées, non sans une certaine ambiguïté.
Denise Caron campe un commissaire qui n’a pas un profil type puisqu’il s’agit d’une jeune femme qui commence par naviguer à la godille dans son enquête et dont on comprend vite qu’elle ne va pas résoudre l’énigme par l’action mais par la psychologie et plus encore, grâce à son intellectualité et sa culture. Ce cheminement ésotérique et labyrinthique n’est d’ailleurs pas le plus passionnant du livre.

Au passage, l’auteur fait l’apologie de la police qu’il encense avec peut-être un peu de complaisance.

Champagne Veuve Clicquot.com

En conclusion — la mienne ! — ce bouquin est plus un polar socio-psycho-économique qu’un thriller traditionnel. Pourtant, l’on ne s’y ennuie pas. Encore faut-il être concerné par le sujet.
Mais l’auteur a réussi le pari de nous entraîner dans une aventure où les magouilles et autres coups bas du milieu viticole nanti — on n’y parle guère des vignerons comme nous les aimons — prennent le dessus sur la trame policière qui devient secondaire au fil des pages.
Fines ou grossières — j’hésite ! — les analyses sont pertinentes, et pour moi le plus troublant, c’est bien ce mix entre lucidité et clichés.

Ça ressemble à du bashing (Bordeaux n’est pas épargné) mais avec de tels accents de vérité qu’on mord à l’hameçon.

Au-delà de ce constat, j’aimerais nuancer mes propos : on sent bien le parti-pris de l’auteur qui, n’ignorant pas que LVMH — et d’autres — font une bonne partie de leur chiffre d’affaires en Asie, semble condamner cet ultra-libéralisme et ce capitalisme sauvage.
Mais ne pouvons-nous considérer que le protectionnisme cher à Colbert n’est plus de mise — on peut le regretter — et que les acheteurs sont désormais apatrides — on peut le regretter aussi !
Toutefois, qu’est-ce qui est mieux ?
Laisser un célèbre domaine aller à vau-l’eau ?
Ou donner la priorité au vin ?
Dilemme qui relève plus de l’éthique que de magouilles financières.
Même si on est bien d’accord que certains s’en mettent plein les fouilles au passage…

Mais business is business, does’nt it ?

Champagne via bookine.net

Bref, ce polar est effrayant et cocasse à la fois. Encore plus subversif — à mon humble avis ! — que la grenade dégoupillée par Isabelle Saporta avec son « Vino Business »…
Car là où la première a fait une enquête journalistique sur un passé récent, le second s’est fait visionnaire en nous dévoilant un proche avenir déjà en marche.
Leur point commun : tous les deux ont une approche très subjective — trop diront certains — mais dans cette tiédeur ambiante, personnellement, ça ne me dérange pas vraiment !

Bon ! Et si l’on faisait péter une quille de ce nouveau breuvage champechinois ?

Blandine Vié

Bulles fatales
Une enquête de la commissaire Denise Caron de la PJ de Champagne-Ardenne
Keith Spicer
Éditions du net, 2014
www.leseditionsdunet.com
Prix de vente public : 16 €
Prix de vente PDF et E-pub : 8 €

 

Traditions, us et coutumes

La cargolade du lundi de Pâques
(et du lundi de Pentecôte)
et son all i oli !

Cargolade via pititaxuride.centerblog.net

La cargolade est une grillade d’escargots petits gris (Helix aspersa). C’est le plat traditionnel du lundi de Pâques et du lundi de Pentecôte en Catalogne du Nord. Naturellement, il est impératif de la préparer en plein-air. En général, c’est une grande fête qui réunit de nombreux convives, souvent plusieurs dizaines.

Il faut savoir qu’un amateur peut manger à lui tout seul un bon cent d’escargots ! Ces derniers sont impérativement accompagnés de larges tranches de pain tartinées d’ailloli et arrosés d’un bon vin rouge de pays que le sel et le piment poussent à boire ! Souvent aussi, ils sont suivis par des morceaux de saucisse et de boudin grillés, voire même par des côtelettes d’agneau.

Cargolade via chateau-et-chocolat.blogspot.com

Ailloli est le terme méridional usité en Provence, tandis qu’ all i oli, voire all y oli — autrement dit ail et huile — est plus spécifiquement catalan. Quant au langage académique — qui a tendance à prévaloir au nord de la Loire — il préconise aïoli, mais accepte ailloli !

La recette

Cargolade via slowfood-colporteur.fr

Pour une cargolade :
• escargots petits-gris ayant jeûné, à volonté

• gros sel
• quelques piments rouge séchés
• saindoux (ou panne fondue, ou beurre)
• tartines de pain de campagne

facultatif :
• un escargot de saucisse fraîche

• un escargot de boudin
• sel fin, poivre du moulin

Pour un mortier d’all i oli :
• 1 belle tête d’ail, pas trop sec

• 1/2 cuillerée à café de gros sel (ou un peu plus selon la quantité désirée)
• 30 à 50 cl d’huile d’olive vierge d’excellente qualité

La cargolade

Cargolade via armelle-sen-mele.blogspot.com
Préparez un grand feu de braise — de préférence avec des sarments de vigne — assez large, qui puisse recevoir plusieurs lloses (grils doubles rectangulaires finement grillagés) car, en principe, on s’asseoit tous en rond autour du feu.
Tenez prêts des escargots ayant jeûné — http://gretagarbure.com/2013/06/06/glanes-et-cueillettes-sauvages-2/ — après les avoir bien lavés, mais théoriquement, sans les faire précuire 5 minutes (selon le goût).

Faites sauter l’opercule des escargots  avec la pointe d’un couteau. Introduisez un peu de saindoux (ou de panne fondue, ou de beurre) par cette ouverture. Rangez les escargots au fur et à mesure sur les grils. Refermez-les.

Cargolade via tautavelvingrau.blogspot.com

Broyez quelques piments et les mélanger avec du gros sel. En parsemer les escargots. Si on préfère, saler et poivrer tout simplement.

Quand la braise est à point (il ne doit plus y avoir de flamme, placez les grils sur la braise et faites cuire les escargots de 15 à 20 minutes.

Ouvrez les grils et renversez-les dans un grand plat où tout le monde piochera. Présenter en même temps de larges tranches de pain de campagne frais que chacun tartinera d’ailloli à volonté.

Puis faites griller l’escargot de saucisse et l’escargot de boudin, voire les côtelettes et autres viandes.

Escargot de saucisse via les-kakis-d-akiko.blogspot.com

Cargolade via lagoulayedeludo.blogspot.com
L’ all i oli

Pelez les gousses d’ail. Pilez-les au mortier avec le gros sel (ou un peu plus selon la quantité désirée) pour les réduire en pommade onctueuse.

« Montez » alors l’ailloli en lui incorporant l’huile d’olive peu à peu, d’abord goutte à goutte, puis en mince filet, en tournant toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, et en ne rajoutant de l’huile que lorsque celle précédemment versée est « bue » par la préparation. En fonction de la qualité de l’ail, de son degré de maturité et de sécheresse, la quantité d’huile peut varier plus ou moins, mais il faut compter environ 30 cl d’huile pour un all i oli normal, voire même plus en fonction du plat à accompagner (jusqu’à 50 cl pour une cargolade par exemple), étant bien entendu que l’all i oli doit rester assez ferme et que si l’huile est incorporée correctement, il ne doit pas y avoir d’effet de saturation.

All i oli via elcocinerofiel.com

L’all i oli présenté dans son mortier est du plus bel effet, mais on peut aussi le transvaser dans un bol ou une saucière.

Aïoli via brouettesetcompagnie.wordpresscom

Un peu de bla-bla

• Au pays, au lieu de farcir les escargots un à un avec la matière grasse, on les installe sur le gril, et le gril sur la braise puis, quand ils commencent à grésiller, on les flambe avec une torche formée d’une barde de lard gras enroulée dans un papier graisseux, les autochtones habiles faisant juste tomber quelques gouttes de gras dans chaque coquille !

Flambadou via villagesdecerdagne.blogs.lindependant.com

• Variante : ailloli à l’œuf
L’ailloli traditionnel a tendance a être de plus en plus souvent remplacé par un ailloli à l’œuf, c’est-à-dire une sorte de mayonnaise à l’ail, plus facile à exécuter et se conservant un peu plus longtemps de par sa texture plus compacte — quoique théoriquement, une sauce à l’œuf ne devrait jamais se conserver au-delà de 24 h — l’ailloli traditionnel « rendant » quant à lui facilement de l’huile au bout de quelques heures (ce à quoi il est d’ailleurs très facile de remédier en l’émulsionnant à nouveau par quelques tours de fourchette).

L’ailloli à l’œuf permet également de mettre moins de gousses d’ail au départ si on le souhaite… mais alors pourquoi préparer un ailloli ?

En fonction de la quantité d’ailloli désirée, pilez par exemple les gousses d’ail d’une demi-tête d’ail avec un peu de gros sel et 1 jaune d’œuf, puis montez la sauce comme une mayonnaise, avec 20 à 25 cl d’huile (d’olive ou neutre).

Pour un ailloli préparé à partir d’une tête d’ail entière, compter 2 jaunes d’œufs et 30 cl ou plus d’huile.

Pour la recette détaillée, voir : http://gretagarbure.com/2013/07/12/plats-mythiques-4/

Aïoli via obsessionsgourmandescom

Blandine Vié

 

 

 

Un p’tit goût de revenez-y

C’est Pâques !

Œufs russes via govorim-po-russki.blogspot.com

Et cette année, malgré le décalage entre le calendrier grégorien — institué par le pape Grégoire XIII en 1582 et devenu le calendrier civil international — et le calendrier julien — imposé quant à lui par Jules César en 45 avant Jésus-Christ et resté en vigueur pour les églises orthodoxes de l’est de l’Europe (Géorgie, Russie et Serbie en particulier) — la date de toutes les pâques chrétiennes — catholique, protestante et orthodoxe — coïncident  : le dimanche 20 avril !

Koulitch et pashka via voyages.ideoz.fr

C’est pourquoi nous faisons un petit zoom arrière sur la Pâque russe
et deux de ses spécialités : la pashka et le koulitch !

http://gretagarbure.com/2013/05/03/traditions-us-et-coutumes-7/

Œuf pour la Pâque russe face © Coralie Marcadé

Bonnes Pâques !

Œuf russe via BV

Blandine Vié