Tagué: Alain Passard

Desserts de grand-mère

La tarte « pom pom pom »
aux 3 manières de pommes

Tarte pom pom pom © Greta Garbure

Tarte pom pom pom © Greta Garbure

Voilà sans doute le dessert le plus populaire de notre cuisine quotidienne, à la campagne comme à la ville ! En effet, qui n’a fait un jour une tarte aux pommes ? Ou, à tout le moins, qui n’en a jamais dégusté chez sa maman, sa mémé ou sa tata ?
La recette connaît de nombreuses déclinaisons et a même été sublimée en restauration, notamment par Alain Passard (L’Arpège, 3*) qui taille les pommes en rubans et les façonne en forme de roses, trouvaille qu’il a même fait breveter !

La tartelette rose® d'Alain Passard

La tartelette rose® d’Alain Passard

La tarte aux pommes bouquet de roses® d'Alain Passard

La tarte aux pommes bouquet de roses® d’Alain Passard

À la maison, on peut se contenter de disposer les pommes directement sur le fond de tarte et de les poudrer d’un voile de sucre. Ou bien faire un lit de crème aux amandes. Ou encore, recouvrir les pommes d’un appareil (crème) à flan pâtissier. Dans ces deux derniers cas, il faut faire pré-cuire le fond de tarte. Mais je vous conseille vivement notre recette où les trois saveurs de pommes de relaient en bouche : un délice !

La tarte cuite © Greta Garbure

La tarte cuite © Greta Garbure

La recette de la tarte pom pom pom

Préparation : 30 min
Cuisson : 25 min (compote) + 30 min (tarte)

Pour 6 à 8 personnes

• 11 à 12 pommes golden delicious ou reinettes (± 1,500 kg)
• 2 cuillerées à soupe de sucre en poudre, blanc ou roux
• 1 fond de tarte brisée (de préférence maison)
• 1/2 pot de gelée de pommes
• 10 g de beurre

Pommes golden © Greta Garbure

Pommes golden © Greta Garbure

Préparez d’abord la compote : pelez 6 pommes et coupez-les en quartiers en éliminant les parties dures du centre et les pépins. Recoupez les quartiers en lamelles épaisses, puis chaque lamelle en deux. Inutile de les citronner puisqu’elles vont cuire.

Couper les pommes en quartiers © Greta Garbure

Couper les pommes en quartiers © Greta Garbure

Pommes en quartiers © Greta Garbure

Pommes en quartiers © Greta Garbure

Pommes en lamelles © Greta Garbure

Pommes en lamelles © Greta Garbure

Mettez les pommes dans une cocotte. Ajoutez un peu de sucre mais pas trop. Quand vous mangez une pomme, est-ce que vous la poudrez de sucre ? Et bah là, c’est pareil ! D’autant qu’on va rajouter de la gelée de pommes un peu plus tard. Versez également un demi-verre d’eau sur les pommes (10 cl environ). Pas plus pour que la compote soit bien dense.

Dans la cocotte © Greta Garbure

Dans la cocotte © Greta Garbure

Un peu de sucre © Greta Garbure

Un peu de sucre © Greta Garbure

Un peu d’eau © Greta Garbure

Laissez cuire 20 minutes environ, jusqu’à ce les pommes soient tendres, puis écrasez-les au presse-purée pour obtenir une texture lisse mais ne les passez pas au mixeur.

Cuisson des pommes © Greta Garbure

Cuisson des pommes © Greta Garbure

On écrase les pommes © Greta Garbure

On écrase les pommes © Greta Garbure

Compote de pommes maison © Greta Garbure

Compote de pommes maison © Greta Garbure

Faites dessécher la compote quelques minutes sur feu doux : elle doit être le moins liquide possible.

On dessèche la compote © Greta Garbure

On dessèche la compote © Greta Garbure

Beurrez le moule et foncez-le avec la pâte à tarte puis étalez-y la compote en couche régulière.

Foncer un moule © Greta Garbure

Foncer un moule © Greta Garbure

On verse la compote sur le fond de tarte © Greta Garbure

On verse la compote sur le fond de tarte © Greta Garbure

On étale la compote © Greta Garbure

On étale la compote © Greta Garbure

Préchauffez le four à 200 °C/thermostat 6/7. Garnissez alors le fond de tarte avec les pommes, en formant une grande rosace.

On garnit avec les pommes © Greta Garbure

On garnit avec les pommes © Greta Garbure

Pommes en rosace © Greta Garbure

Pommes en rosace © Greta Garbure

Maintenant, on verse la gelée sur une assiette et on l’écrase bien à la fourchette. On peut ajouter un peu d’eau ou d’alcool (cognac, armagnac, calvados) mais pas plus d’une cuillerée. Et l’on « abricote » (on nappe au pineau ou à la cuillère) la tarte avec cette gelée.

Gelée de coings © Greta Garbure

Gelée de coings © Greta Garbure

Abricoter une tarte © Greta Garbure

Abricoter une tarte © Greta Garbure

Et hop ! On enfourne à mi-hauteur et on laisse cuire 30 minutes.

Au four ! © Greta Garbure

Au four ! © Greta Garbure

Laissez reposer la tarte 10 minutes au sortir du four puis démoulez-la très délicatement.

Zoom sur la tarte cuite © Greta Garbure

Zoom sur la tarte cuite © Greta Garbure

La tarte démoulée © Greta Garbure

La tarte démoulée © Greta Garbure

Une fois tiédie ou refroidie, il ne reste plus qu’à la découper en morceaux… et à la déguster !

Couper la tarte © Greta Garbure

Couper la tarte © Greta Garbure

Un peu de bla-bla

— Pour préparer la pâte brisée, c’est ici : https://gretagarbure.com/2013/07/17/savoir-faire-4/ 

— Pour connaître la vraie signification du mot « compote », c’est là : https://gretagarbure.com/2013/03/26/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-6/ 

— On peut préférer faire pré-cuire la pâte « à blanc » (c’est-à-dire sans garniture) pendant 10 minutes, puis la remettre au four 20 minutes avec la garniture. Il faut alors la lester avec un disque de papier sulfurisé et des légumes secs, lest qu’on retire pour monter la tarte. Mais si la compote est bien desséchée sur le feu avant d’être étalée sur le fond de tarte — pour ça, il faut qu’elle soit préparée maison — je trouve qu’elle a meilleur goût  cuite d’un seul tenant.

— Personnellement, j’aime bien la cannelle dans le strudel et l’apple pie mais je n’en raffole pas dans la tarte aux pommes.

— On peut ne pas « abricoter » la tarte et préférer en poudrer — non, on ne doit pas dire « saupoudrer », je vous explique pourquoi ici : https://gretagarbure.com/2013/02/06/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-7/ — la surface d’un voile de sucre en poudre.

— Enfin, on peut remplacer la gelée de pommes par de la gelée de coings.

Blandine Vié

La chronique de Greta Garbure

Légumes oubliés :
ce qu’on vous a toujours caché !

Food

Depuis quelques années, un certain nombre de légumes qui avaient disparu de nos tables depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale ont fait un retour en force !
Comme par exemple les rutabagas, les topinambours, les panais, les crosnes, les salsifis (écorce blanche), les scorsonères (écorce noire), les navets boules d’or (jaunes), le cerfeuil tubéreux et autres tubercules plus ou moins rustiques et biscornus.
Cette longue désaffection a fait que, lorsqu’ils ont commencé timidement à réapparaître, on les a globalement appelés les « légumes oubliés ». Au vu de leur omniprésence aujourd’hui sur les cartes des restaurants (dont les plus prestigieux)… oubliés, ils ne le sont plus guère.

Salsifis

Salsifis

Scorsonères

Scorsonères

Ce n’est pas Alain Passard qui me démentira, ce fou génial qui parle aux fanes de légumes comme d’autres à l’oreille des chevaux lors de ses promenades matinales dans l’un de ses trois potagers. Le principal est situé à Fillé-sur-Sarthe (sous la houlette de Sylvain Picard) et les deux autres, l’un dans l’Eure et l’autre dans la baie du Mont-Saint-Michel (fondantes carottes des sables obligent).

Les rutabagas, si vous êtes d’un temps que les moins de deux ou trois fois 20 ans ne peuvent pas connaître, on vous en a certainement rebattu les oreilles pendant toute votre enfance : « Ils » en avaient tellement mangé pendant la guerre que ce légume était devenu tricard dans les potagers.

Rutabagas

Rutabagas

Et pour vous apprendre à vivre, votre mère a sans doute obligé la petite fille que vous étiez — ces salopiauds de frères étaient dispensés — à éplucher les salsifis… (à l’époque, c’est comme ça qu’on appelait encore la variété « scorza nera »), autrement dit les écorces noires qui vous laissent des mains de mineur de fond si vous ne mettez pas de gants. Et les gants de cuisine dans les années soixante…! Idem pour les crosnes qu’il fallait frotter dans un torchon avec du gros sel pour les débarrasser de leurs peaux diaphanes (ce qui reste d’ailleurs la meilleure méthode pour les nettoyer).

Crosnes

Crosnes

Personnellement, je n’ai jamais compris cet ostracisme vis-à-vis des rutabagas dont on a tellement répété qu’ils avaient sauvé tant de Français de la famine. Mais c’est un fait que je n’en ai jamais goûté petite et que, devenue adulte, pendant très longtemps, je n’en ai jamais trouvé au marché. Et même si je lorgnais de temps à autre des « salsifis noirs » à l‘étal des maraîchers, j’hésitais à me coltiner à nouveau la corvée de mon enfance, d’autant qu’il faut la faire suivre d’un rituel de cuisson dans un blanc, ce qui n’est pas non plus à la portée de la première foodista venue. Et pourtant, j’adore les beignets de salsifis ! Mais peut-être pas au point de leur sacrifier autant de temps et d’énergie.

Navets boules d'or

Navets boules d’or

C’est donc avec un étonnement non feint qu’à la fin des années 90, j’ai vu réapparaître des plantes potagères que je croyais en voie de disparition. Avec d’ailleurs beaucoup de plaisir parce qu’il fut un temps dans ma vie où j’eus un potager et que je sais ce que c’est que de devoir faire face à une récolte de 25 kg de navets boules d’or ! Au passage, je vous le dis confidentiellement, le congélateur ne leur réussit pas, les conserves non plus. Donc, si la perspective d’en manger matin, midi et soir pendant trois semaines vous effraie, l’alternative est simple : soit avoir beaucoup d’amis — mais le restent-ils après ce cadeau empoisonné ? —, soit démarrer un élevage de lapins (j’en avais aussi).

Cerfeuil tubéreux

Cerfeuil tubéreux

Bon ! Bien qu’absent des cuisines des années 1950 à 2000 — un demi-siècle ! — le panais dans le pot-au-feu… franchement… ça le fait ! Les topinambours — encore appelés héliantis ou artichauts de Jérusalem (parce que leur goût est proche de celui de l’artichaut) —, je vous l’accorde, en purée ou en fricassée avec du jus de viande, ça peut faire une garniture épatante ! Quant au cerfeuil tubéreux à goût de châtaigne, ça peut être tout simplement… magnifique !

Navets du Pardailhan © Greta Garbure

Navets du Pardailhan © Greta Garbure

Alors, me direz-vous : pourquoi ces légumes du temps passé ont-ils été « oubliés » pendant un demi-siècle ? Parce qu’ils rappelaient de mauvais souvenirs à nos parents ? Parce qu’ils n’étaient pas bons ? Que nenni ! Êtes-vous prêts à entendre, gentes dames et gentils damoiseaux ? Oui ? Non ?

Eh bien tout simplement…
PARCE QU’ILS FONT PÉTER !

Et que, malgré mai 1968, la révolution sexuelle et autres petits arrangements avec les convenances, péter, ce n’était pas considéré comme politiquement correct pendant ces années qui rejetaient le conservatisme. Dictature du féminisme, dictature de la diététique, dictature de la mode qui a révélé l’anorexie. Alors qu’avant la guerre, il y avait des concours de pétomanes, c’est dire si on savait vivre…
D’autres féculents et légumineuses peuvent néanmoins être également incriminés pour le même délit mais, allez savoir pourquoi ? ils ont traversé le siècle avec moins de boycottages : artichauts, flageolets du gigot dominical, cassoulet, etc.
Car malgré l’usage précautionneux de la pincée de bicarbonate de soude modératrice ou de quelques brins de sarriette (réputée éviter les flatulences), il y a des pets qui semblent plus diabolisés que d’autres.

Pourtant — me croirez-vous ? — péter, c’est dans l’ordre des choses ! Car il ne faut pas croire ! Les vaches ne sont pas les seules à trouer la couche d’ozone puisque, c’est un fait statistiquement établi, quoi qu’il arrive, les femmes pètent 9 fois par jour et les hommes 14 ! Et oui, Messieurs ! Aussi mesquines soient-elles, nos différences sont… patentes !

Diou biban,
il ne me reste plus qu’à vous souhaiter… bon vent !

Déjeuners de presse

« Nature de Cognac »
de Prince Hubert de Polignac :
découverte à l’Arpège ***
chez Alain Passard

Nature de Cognac Prince de Polignac

J’ai une petite préférence pour l’armagnac — une tranche de vie de 10 ans dans les Landes oblige — mais j’aime bien aussi le cognac.
C’est donc avec plaisir que je me suis rendue à ce déjeuner de presse, d’autant qu’il avait lieu à l’Arpège, le restaurant triplement étoilé d’Alain Passard.

Eh bien, pour ceux qui ne liront pas mon article jusqu’au bout, je le dis tout de suite : j’ai bien fait d’y aller !

Le but était de nous présenter « Nature de cognac », le nouveau cognac VSOP bio du Prince Hubert de Polignac, c’est-à-dire l’un des rares cognacs élaboré en France selon le cahier des charges de l’agriculture biologique.
Et ce qu’il y a de bien avec Alain Passard, c’est qu’il joue vraiment le jeu quand il s’agit de trouver des accords mets et vins.
Pour lire le menu, cliquez sur la photo.

Menu Prince de Polignac

À l’apéritif, nous devisons en buvant un « Reynac mojito » au pineau des Charentes Reynac blanc tout en dégustant des bébés tartelettes légumières de la taille d’une pièce de 2 euros, fines et délicates : à la mousseline d’oignon et de pralin avec une violette ; à l’épinard, au navet et au miel ; à la carotte, la sauge et la fleur de sureau. Sans oublier un délicieux petit feuilleté à la livèche et des radis croquants à souhait. Beaucoup de légumes et d’herbes donc, mais n’oublions pas qu’Alain a trois grands potagers et que nous sommes ici dans le temple de la cuisine potagère.

Radis © Greta Garbure

C’est la raison pour laquelle nous commençons notre repas par une betterave cuite en croûte de sel, recette devenue emblématique du lieu. Cette fois, il s’agit d’une betterave blanche servie avec une sauce aigre-douce au miel et au cognac Prince Hubert de Polignac VSOP : sublime !

Betterave en croûte de sel © Greta Garbure

Betterave et sa sauce au miel © Greta Garbure

Suivent des oignons et poires flambés au cognac Prince Hubert de Polignac Xo sur lesquels nous buvons le même cognac en fine à l’eau. C’est bluffant !

Oignons et poires flambées au cognac © Greta Garbure

Nous continuons avec une jardinière Arlequin accompagnée d’une semoule à l’huile d’Argan : un nouvel accord délicieux !

Jardinière Arlequin et semoule © Greta Garbure

En dernier plat, nous est servi un canard au thé Rooibos pour lequel je n’aurai qu’un seul mot : somptueux ! J’ai rarement mangé un canard aussi bon !

Canard au thé Rooibois © Greta Garbure

Sur les plats qui n’étaient pas accompagnés de cognac, nous avons bu un haut-médoc Château Lamothe-Bergeron 2009 (https://gretagarbure.com/2013/02/19/ptit-billet-dhumeur-13/).

Lamothe-Bergeron 2009 © Greta Garbure

Enfin, c’est l’heure du dessert : une omelette norvégienne flambée au cognac Prince Hubert de Polignac VSOP, en duo avec un cognac Prince Hubert de Polignac VS. Un classique passé de mode mais qui ne manque pas de charme.

Part d'omelette norvégienne © Greta Garbure

En bouquet final, avec des mignardises gourmandes comme tout — j’ai adoré les caramels au céleri — nous dégustons en avant-première le cognac Prince Hubert de Polignac « Nature de cognac ».

Mignardises © Greta Garbure
Sa robe est ambrée et brillante. Son nez évoque les agrumes (orange), la vanille, la cannelle. La bouche est suave et ample, très aromatique, avec une belle longueur en bouche marquée par une légère pointe d’amertume. À table, nous avons hésité entre amertume et astringence. En fait, il y a d’abord amertume, suivie un peu plus tard par un poil d’astringence. Un soupçon de zeste d’orange auquel serait resté accroché un peu de ziste… Comme une écorce d’orange confite. Le volume est beau et personnellement j’aime que la rondeur n’implique pas un petit côté sucré comme dans certains cognacs.

Cognac © Greta Garbure

Quand je l’ai goûté à nouveau à la maison, j’ai trouvé que la finale était vraiment très persistante et qu’il restait longtemps après comme l’impression d’avoir dégusté une très bonne marmelade anglaise d’oranges amères de type Dundee (faite avec des oranges bigarades de Séville, celles-là mêmes avec lesquelles devrait toujours se faire le canard à l’orange). Une jolie découverte, donc !
Pour la dégustation et pour la cuisine !

Et à un prix que je trouve très doux : 32 € la bouteille de 70 cl.

Nature de cognac
Prince Hubert de Polignac
16102 Cognac
Site : http://www.polignac.fr

En off :

Vous l’avouerais-je, je suis restée parmi les dernières à bavarder avec Alain qui nous a fait tester l’un de ses essais du jour : une tartelette aux petits pois tout à fait étonnante ! Il est comme ça Alain ! C’est un amoureux des produits qui ne cesse de chercher comment les transcender.

Tartelette aux petits pois © Greta Garbure

Et puis, fraise sur le gâteau, il nous a fait goûter les premières fraises de son jardin. LES PREMIÈRES ! 18 exactement !
Je dis ça pour tous ceux et toutes celles qui cuisinent des fraises depuis plus de deux mois déjà !

Et cette fraise était comme une caresse en bouche !

Une vraie fraise © Greta Garbure

Blandine Vié

Reconnaissance du ventre

La revanche du navet
et de la… « bête rave » !

Maquereau mariné © Blandine Vié

Avec une tranche de betterave chioggia © Greta Garbure

Tout petits pois © Blandine Vié

Avec une tranche de navet violet © Greta Garbure

Parce qu’il fut l’ordinaire des brouets et des soupes ancestrales de nos campagnes avant que la pomme de terre n’arrive en France, le navet a traversé les siècles avec une réputation tellement péjorative que son nom, qui a d’abord été employé au sens figuré pour indiquer une valeur minime ou nulle (à cause de son faible coût), a fini par désigner une œuvre décevante — comme la sempiternelle soupe aux navets — voire une œuvre complètement ratée (tableau, livre, film, pièce de théâtre) : « c’est un navet, un vrai navet, un nanar » !
Et que dire des hommes qui n’ont que du jus de navet dans les veines !

Navets violets via fermedesaintemarthe.com
Navets boule d'or via maison-deco.com
Navets pochés via cecilemillot.canalblog.com
Même culinairement parlant, le navet n’a guère subsisté que dans quelques recettes : l’emblématique pot-au-feu des Français si cher à Mirabeau pour le navet d’hiver, le navarin printanier — la recette est ici : https://gretagarbure.com/2013/05/17/plats-mythiques-3/ — et les petits navets glacés (autour du canard par exemple) pour les navets de printemps.

Navets blancs via recoltedecheznous.com

Ils sont également présents dans le répertoire régional mais de manière presque anecdotique : avec les navets farcis (en Normandie par exemple, où on les mijote au cidre), ou encore râpés en gros lacets façon choucroute en Alsace : « süri rüewe »).

Navets farcis via puget.fr

Quant à la betterave potagère qui est arrivée en France au XVe siècle via l’Italie, elle n’a jamais bouleversé les foules non plus. Tout juste bonne elle aussi à préparer des soupes en Europe de l’Est — le fameux « bortch » —, cette rave ne fut utilisée pendant longtemps qu’accommodée en salade (en rondelles ou en dés) — elle faisait alors partie des hors d’œuvre variés servis en raviers dans les années 60 — ou panachée avec de la mâche en fin de repas.
Salade que, pour mon compte, je ne manque jamais d’améliorer par l’ajout de quelques filets d’anchois. Ou de graines de cumin. Afin d’émoustiller son goût fadasse qui a dégoûté tant d’enfants de moins de 77 ans !

red beet, street market in Valensole, Provence, France
Betterave cuite via sos-taches.fr

À l’ère de la nouvelle cuisine, à la fin des années 70, on tenta bien de la passer crue à la centrifugeuse pour obtenir des jus et des soupes « écologiques ». Mais ce ne fut qu’une mode éphémère.
Il a fallu attendre le retour des légumes oubliés, les Amap (Association pour le Maintien de Agriculture Paysanne) et des chefs que les légumes enthousiasment jusqu’au délire, Alain Passard en tête, pour lui donner de vraies lettres de noblesse, comme par exemple lorsqu’elle est cuite entière en croûte de sel ou débitée sous forme de chips. Bon, de là à en faire des macarons…

Betterave rouge en croûte de sel via une-recette.com

Chips de betterave rouge via lepotdeterre63.canalblog.com
Macarons  la betterave via aubeurrefondu.canalblog.com
Mais louons aussi les maraîchers qui ont retrouvé d’anciennes variétés, sont allés en chercher à l’étranger ou en ont croisé pour obtenir des légumes hybrides plus ludiques.
C’est ainsi que sont apparues sur nos tables la betterave orange ou la betterave chioggia !

Betteraves chioggia via fermedesaintemarthe.com

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Toujours est-il que navets — délicieux traités en tarte Tatin — et betteraves ont investi les cuisines des grands chefs et donc nos assiettes, par ricochet. Et même s’il faut bien avouer qu’elles sont utilisées le plus souvent crues, découpées en lamelles presque transparentes, plus pour leur effet décoratif que pour leur saveur intrinsèque, c’est un fait, plus une « belle et bonne » table sans que ces racines potagères ne se poussent du col… ou plutôt du collet pour enjoliver  un plat de viande ou de poisson de leurs beaux atours ! Et à tout prendre, c’est moins insolite et plus gourmand que les fleurs de capucines et les pensées !

En tout cas, si jamais ils nous voient de leurs cieux lointains, ce sont nos aïeux qui doivent être étonnés — et bien rigoler — de ce revirement de statut !
Une tranche de navet pour surmonter l’assiettée d’un trois étoiles, faut dire qu’il y a de quoi s’en payer une bonne… tranche !

Betterave chioggia via cecilemillot.canalblog.com

Rose en betterave de Jean-Luc Rabanel

Rose en betterave de Jean-Luc Rabanel

Et vous, vous êtes fan ?
Fanes de navet bien sûr…

Fanes de navets via amaplejardindesplaces.blogspot.com

Blandine Vié

P’tit billet d’humeur

POURQUOI JE VAIS ARRÊTER
DE MANGER DES LÉGUMES !
Mes 10 bonnes raisons…

légumes
Marre du mouvement VEGAN (véganisme, végétalisme intégral) et des végétariens de tout poil… ou plutôt de toute pelure !

Certes, tous les goûts sont dans la nature et je les respecte.
À condition qu’on respecte également les miens et qu’on ne m’impose pas d’en adopter d’autres !
Alors sus au prosélytisme et à la culpabilisation systématique.
Ne faisons pas d’un goût, d’un choix personnel une pensée uniforme et directrice, une philosophie, encore moins une morale !

Oui, marre, marre, marre d’être de plus en plus souvent stigmatisé parce qu’on mange de la viande !
L’homme est par essence omnivore. Donc carnivore. Aussi !
Bien évidemment, il faut raisonner sa consommation.
Manger moins de viande élevée dans de meilleures conditions — pas d’élevages intensifs, pas de souffrances animales — ça va de soi tant pour le bien-être des animaux que pour la dignité des hommes et l’avenir de la planète.

On est tous d’accord là-dessus.
Mais les conditions de production des fruits et légumes ne sont pas forcément meilleures ni plus équitables, ni pour les producteurs, ni pour l’environnement. Loin de là !

Alors cessons d’opposer les rouges (mangeurs de viande forcément sanguins et agressifs) aux verts (mangeurs de verdures forcément paisibles, ascendant « peace and love ») ! D’ailleurs les deux couleurs sont complémentaires.
Sinon le rouge de la confusion pourrait bien finir par nous rendre verts de rage !

légumes via afrocuisine.blogspot.com

En tout cas, en réaction à la montée du dogme végétarien, c’est décidé : moi, je vais arrêter de manger des légumes !
Voici pourquoi : 

1 • Rappelons-nous nos souvenirs gourmands d’enfance !
Qui n’a pas dans un petit coin de sa mémoire la réminiscence d’une odeur, d’un goût délicieux lié à un plat dégusté chez sa mémé le dimanche ou fait par sa Maman ? Même une simple tartine de goûter.

Certes, il y a beaucoup de desserts dans le lot : gâteau au chocolat, riz au lait, crème caramel, crêpes ou beignets.
Mais n’avez-vous pas aussi les stigmates émouvants d’un poulet rôti et de sa purée dans laquelle vous faisiez un trou pour la sauce, d’un beau gigot qui vous faisait saliver parce que vous saviez qu’en tant que benjamin, on allait vous attribuer la souris, d’une terrine giboyeuse qui vous emmenait dans la forêt dès son couvercle soulevé, d’une tartine de rillettes avant une partie de pêche, d’une daube qui parfumait toute la maison et qui vous donnait l’impression d’avoir le droit de boire du vin.
Mais de combien de plats de légumes vous souvenez-vous autrement qu’avec dégoût comme ces infâmes ragougnasses de cantine : endives, épinards, purée de pois cassés façon bouse vache, potiron, betteraves, que d’évocations à l’arrière-goût fadasse ou fétide, même si vous avez peut-être appris à aimer ces végétaux plus tard ?

Purée de pois cassés via cocooningcook.canalblog.com

2 • Le diktat des 5 fruits et légumes par jour est une connerie !
Nous nous sommes déjà largement expliqué sur le sujet : https://gretagarbure.com/2013/01/26/la-chronique-de-greta-garbure-3/.

D’ailleurs, de plus en plus d’organismes sanitaires mettent en garde contre les effets culpabilisants pervers de ce slogan gouvernemental.
Ainsi, de plus en plus de forums de santé assurent qu’il faut notamment se méfier des fruits riches en fructose, un sucre qui serait mal métabolisé par l’organisme, qui provoquerait des pics de glycémie et l’accumulation de graisses dans nos cellules.

Et puis, à quand le diktat des fleurs puisque nombre de restaurateurs se croient obligés d’en ajouter partout au point que nos assiettes finissent par ressembler aux chapeaux de la reine d’Angleterre !

Chapeau fleuri reine d'Angleterre via jackaimejacknaimepas.blogspot.com

3 • Légumes et fruits sont bourrés de pesticides !
Courgettes, poivrons et salades en tête ! Surtout ceux achetés dans les supermarchés et venant pour la plupart de l’étranger. Mais même ceux achetés au marché.

Tout comme les fruits d’ailleurs ! Notamment les fraises, les pommes, les poires et les raisins.
Ainsi, savez-vous qu’une pomme subit en moyenne 36 traitements ?
Et qu’on peut détecter 10 fongicides sur un grain de raisin ?
Raison supplémentaire pour ne pas ingurgiter 5 fruits et légumes par jour. Car même dans le cas de concentrations extrémement faibles, il peut se produire un effet synergique inquiétant.
Et contrairement à une idée reçue, même les légumes « bios » n’en sont pas exempts !
D’une part parce que les sols en sont gorgés et qu’il faudra(it) des années pour les dépolluer. Sans compter qu’un producteur bio ne peut pas maîtriser les conséquences des traitements que font ses voisins à cause de facteurs traîtres comme les vents, les pluies, l’écoulement des eaux, l’irrigation depuis la nappe phréatique, etc.
D’autre part, parce que, aussi vigilants que puissent être les maraîchers, zéro traitement, c’est un leurre !

Pesticides via aucoeurdesmots.org

4 • Les pesticides se fixent surtout dans la peau des fruits et légumes.
Or la crise actuelle — qui a parfois bon dos au point de servir complaisamment d’alibi-refuge — a généré une mode du recyclage culinaire qui invite à cuisiner nos épluchures : soupes de fanes de carottes, de navets ou de radis, pelures de pommes de terre frites, légumes en tous genres désormais cuisinées avec leur peau, etc.

L’idée n’étant pas nouvelle, de vieilles recettes de grands-mères sont exhumées d’ancestraux manuels d’économie domestique et font les délices des foodistas tout comme dans les années quatre-vingt, elles firent celles des post-soixante-huitards qui, l’une des premières crises obligeant, faisaient ce qu’on appelait alors la « chasse anti-gaspi » !
J’ajoute  que lorsque j’ai écrit mon livre de cuisine pour les bébés, avec évidemment la caution d’un pédiatre, celui-ci a mis les mamans branchées nature en garde contre la tentation de préparer des soupes de légumes aux fanes de carottes, celles-ci ayant la particularité de fixer les nitrates. Dont acte !

Épluchures de courgettes via suite 101.fr

5 • Y en a marre des légumes oubliés !
Ils poussent en vrac sur toutes les cartes de restaurants sans même qu’on daigne les nommer individuellement. Allez, tous dans le même sac de jute !

Et depuis le temps qu’ils sont réapparus sur nos tables avec fracas il y a une quinzaine d’années, même en étant frappé de la maladie d’Alzheimer, on ne saurait plus jamais les oublier !
https://gretagarbure.com/2013/01/12/la-chronique-de-greta-garbure-10/
Et en plus, ils font péter !

Légumes via bio.pronatura.com

6 • Pour un Alain Passard qui transcende la carotte, le panais et la betterave comme personne…
— on peut d’ailleurs se lasser de cette passion monomaniaque qui a tendance à tourner un peu en rond une fois qu’on s’est émerveillé devant une betterave en croûte de sel et un poireau à la barbichette grillée — une cohorte de cuisiniers en mal d’imagination mais avec un fort instinct grégaire s’engouffre dans une brèche qui devrait rester le pré carré de quelques artistes.
Quant à la mode des mini-légumes et des légumes qui se déclinent désormais de toutes les couleurs, cela apporte-il réellement quelque chose à part un supplément de prix ? Certes, c’est joli. Mais le contenu de mon assiette est fait pour pour me nourrir et si possible flatter mon palais, pas pour être accroché au mur…

Chou-fleur violet via doudou.gheerbrant.com

7 • Ce n’est pas parce que je mange de la viande que je n’aime pas les animaux !
Même les petits, les tout petits, voire les infiniment petits !

Or, je ne voudrais pas priver le monde grouillant de l’humus — asticots, vers de terre, lombrics, chenilles, mouches, pucerons, cloportes, fourmis, mille-pattes, doryphores, larves et chenilles, teignes, taupins, piérides du chou, araignées, acariens, punaises et autres insectes ravageurs — de sa nourriture préférée.
Toute cette faune qui rend la terre vivante et lui permet justement d’être une matrice généreuse.
Mais une faune qui aime les grignotages intempestifs de toutes ces plantes potagères. Ah ! la prédilection des vers blancs pour les navets, les poireaux et les petits pois — et je ne vous parle même pas de leur amour pour les champignons ! — des chenilles pour les feuilles de chou, des petites bestioles qui trouent les fanes de radis façon dentelle de Calais, etc. etc.
Sans oublier les caresses assassines des limaces et des escargots sur les salades. Ni des amputations de tubercules par de petits rongeurs.
Que de viande, en somme… dans la chair des légumes !

Teigne du poireau via gerbeaud.com
Limaces sur salades via comptoirdesjadiniers.fr

8 • Côté sémantique, les légumes se la pètent !
(Et les fruits aussi…)
Bah oui, ils ramènent tout le temps leur fraise dans la conversation !

On parle d’argent et hop, voilà que déboulent l’artiche, l’oseille, les radis, le blé.
On parle de forme, de santé et de bonne humeur et ça repart ! Ils ont la patate, la frite, la pêche ou la banane ! C’est à se fendre la pêche !
A contrario, on parle de crise, et là, c’est la fin des haricots. Ils ne tardent pas à se prendre le chou puisqu’évidemment personne n’est d’accord, que tout le monde raconte des salades et que les carottes sont cuites. Moi, j’ vous le dis :  les marrons vont bientôt pleuvoir, tout ça va finir à la castagne et nous retomber sur la poire !
On parle de cul et ça continue : Monsieur a un cœur d’artichaut, il devient rouge comme une tomate et frétille de la carotte (ou du poireau) dès qu’il voit une belle plante, surtout si elle a les yeux en amande, les seins en forme de pommes ou de poires ! Et je vous fais grâce des allusions à sa figue ou son abricot…
Non, mais je vous jure, sont bêtes comme chou ces hommes ! Z’ont un pois chiche en guise de cerveau ! Même les vieilles noix qui sucrent les fraises ! La sagesse, tu parles…
Bref, c’est à croire que la culture aujourd’hui, c’est avant tout la culture du potager !
J’en ai les oreilles en chou-fleur d’entendre ainsi les mots se pavaner !

Seins en forme de poires via artactuel.com

9 • J’aime pas les grosses légumes !
Ni les petites d’ailleurs ! Vous savez, ce monde de sous-chefs et d’adjudants qui vous pourrit la vie dans toutes les circonstances du quotidien dès qu’ils ont un fauteuil derrière un guichet, à la poste, à la sécu ou aux impôts ! Comme si c’était un trône ! Et vous, pendant ce temps-là vous faites le poireau en rang d’oignons. Et tout ça la plupart du temps pour faire chou blanc !

Sans oublier les contractuelles — que dis-je ? les aubergines ! — qui vous balancent des prunes à tout bout de champ !
Quant au big boss, le vôtre, celui du gouvernement ou le vieux barbu là-haut, plus ils nous prennent pour des poires et plus ils ont la tête comme un melon, que dis-je, comme une pastèque !
Leur unique but, c’est de nous faire marcher au bâton et à la carotte !

Alors, être une grosse légume, est-ce un sort enviable ?
Vous avez dit vivre comme un légume ?

Grosses légumes via hydropassion.com

10 • Enfin, et surtout, je ne supporte plus le cri de la carotte quand on l’arrache à sa terre nourricière.
C’est trop cruel !
Un sacrifice qui me donne la chair de poule.
Et qui se poursuit par des actes de torture !
Puisqu’ensuite on la pèle à vif !
Et ne me dites pas que la gratter lui fait moins mal !
Que des fois même on la coupe en rondelles !
Puis qu’on la jette dans l’eau bouillante  ou qu’on la fricasse au beurre brûlant !
Or qui peut dire qu’elle ne souffre pas ?

Les légumes ne sont-ils pas des organismes vivants comme les autres ?
Et qui nous dit que dans quelques millions d’années, des chercheurs ne découvriront pas que les légumes ont une forme d’intelligence muette. N’est-ce pas déjà le cas de certains humains ? 

Et puis, la tragédie du monde, les notions de péché et de culpabilité n’ont-elles pas commencer à cause d’une pomme ? 

Alors oui, halte au lobby Vegan et à la pensée végétarienne !

Carottes arrachées via feliceolivesi.over-blog.com

En conclusion

Vous l’aurez compris — j’espère — mon papier est une pochade !
Mais qu’on arrête de nous casser les couilles !
(Je sais, je suis une femme mais en tant qu’auteur de « Testicules », je suis la seule à pouvoir m’arroger le droit d’en avoir !)
Qu’on arrête de penser à notre place et de vouloir qu’on fasse là où on nous dit de faire !
Je connais des végétariens prosélytes qui fument !
Alors qu’ils s’occupent plutôt de leurs oignons puisqu’ils les aiment tellement !
Chacun est libre de son corps et de sa tête.
Et chacun a droit à sa philosophie et à sa religion.
Le végétarisme ne peut être qu’un choix personnel, pas un terrorisme.

En ce qui me concerne, un jour, c’est promis, j’irai me mettre au vert et je serai végétarienne !
Vous aussi d’ailleurs !
Ce jour-là, nous mangerons les pissenlits par la racine…

Pissenlits via naturemania.com

Blandine Vié