Tagué: San-Antonio

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Savez-vous pourquoi
on appelle les flics des poulets ?

Poulet à la broche © Greta Garbure

Poulet à la broche © Greta Garbure

Les policiers ont bien d’autres surnoms — flics, keufs, schmitts, perdreaux, condés, pandores, etc. — mais la métaphore de « poulets » est l’une des plus employées.

Le bâtiment du Ministère de l’Intérieur lui-même est d’ailleurs baptisé « la maison Poulaga » en argot.
Il n’y a pas que le commissaire San-Antonio — et je me targue d’être un peu spécialiste sur le sujet* — qui le dit mais le Ministère le confirme tout à fait officiellement !

Poulet embroché © Greta Garbure

Poulet embroché © Greta Garbure

Cela remonte à la Commune de Paris (1871).
Pour faire court — Patrick va apprécier ! 😉 — les bâtiments de la police parisienne — la Préfecture de Police de Paris avait été créée en 1800 par Napoléon Bonaparte — brûlent pendant la Commune. Il faut donc lui trouver un nouveau siège.
Ce sera chose faite grâce à Jules Ferry — alors maire de Paris — qui met à leur disposition la Caserne de la Cité, sur l’île de la Cité.
Or, cette caserne avait été construite sur l’emplacement de l’ancien marché aux volailles de la capitale !
Il n’en fallut pas plus pour que le sobriquet de « poulet » qualifie rapidement les policiers parisiens.
Surnom qui ne tarda pas à gagner toute la France et reste aujourd’hui encore aujourd’hui l’un des plus volontiers donnés à nos policiers.

Poulet rôti du dimanche © Synalaf

Cela a d’ailleurs donné lieu à une polémique en août 2014 lors de la dernière campagne de pub des poulets de Loué qui ont abondamment joué sur cette métaphore.

Poulet fermier de Loué

Poulet de Loué via lerepairedesmotards.com

Blandine Vié

* Je suis l’auteur de ce livre :

San-Antonio se met à table (Fleuve Noir)

San-Antonio se met à table (Fleuve Noir)

Nos mille-feuilles (morceaux choisis)

Un peu d’humilité
Messieurs les chefs…
Tout finit dans le trou des cabinets !

tirer-la-chasse-d-eau via educol.net

Euh… c’est pas moi qui le dis ! C’est San-Antonio !

poop via thejrexperiment.com
Entrée en matière
… pas encore fécale, mais ça va viendre !

« La faim me taraude. J’évoque avec nostalgie les plateaux d’amuse-gueules que proposait la valetaille de Martin Maldone, hier soir. J’ai souvenance d’un toast aux œufs de caille-mayonnaise qui me fait saliver. Il paraissait grillé à point, juteux, ce toast !

Oh ! merde, la bouffe ! La bouffe ! Sempiternelle. Claper, déféquer, claper ! La fête biquotidienne. La consolation. Un de mes potes boulimiques, un jour, en détresse, me fait soudain : « Heureusement que je mange ! » Le chéri. Fallait le voir tortorer de dos. Cette puissance dans les deltoïdes ! Ce lent mouvement de marée. La manière qu’il engloutissait de tout son corps. Mobilisation générale des organes : estomac, foie, reins. La passivité admirable de ses boyaux, ce gros con ! « Heureusement que je mange. » Moi, ça m’est resté comme doctrine. Quand je vois quelqu’un atteint de plein fouet (autre facilité de langage) par le chagrin, je me dis, à travers ma compassion : « Heureusement qu’il va manger. » Le poulet chasseur, les rognons au madère, le gratin de fruits de mer restent un dernier secours. Le gus (ou la nana) en désespoir, lentement sera happé par ce qu’il happe. C’est la superbe connivence du bide et de l’âme. L’esprit prend sa source dans une bouteille de pommard.

Mangez, le temps fera le reste ! Bande de dégueulasses que nous sommes ! Tripes pleines ! Chieurs ! Cachons-nous, saligauds ! Faisons l’autruche devant le malheur, la tête dans la cuvette de nos chiottes ! »

Princesse patte-en-l’air, 1990

wc à la turque via lorans.com

Diarrhée verbale…

 « On vit une sacrée époque, mon fils : ou les cuisiniers sont décorés de la Légion d’honneur (pour les remercier de la qualité de nos excréments), … »

Al capote, 1992

toilettes à la turque via frankzappa.canalblog.com

Tirez la chasse d’eau !

 « Je souffre des reins, m’étant démis je ne sais quoi en exécutant cette cabriole arrière dans « ma » tombe. N’en outre je porte un gros pansement à la main droite car la blessure par balle s’est infectée et j’ai des lancées jusqu’à l’épaule. Pauvre viande, si bravache et si faible ! Pauvre homme, rouleur de mécaniques et si avide d’honneurs qui transforme pourtant en merde les nourritures les plus raffinées. »

La matrone des sleepinges, 1993

 Ma cel Prout via journalepicurien.com

Ah ! La poésie désenchantée de San-Antonio ! 

Morceaux choisis par Blandine Vié

Pot de chambre via mabulle-le-blog.com

Plats mythiques

Les rognons de veau sauce madère 

Rognons sauce madère via maxiviande.fr

Impossible de résister à vous donner cette recette aujourd’hui 13 mars puisqu’il paraît que c’est la « Journée Mondiale du rein » !
Eh oui… j’ai osé !

Cette recette fait partie du répertoire de la cuisine bourgeoise des années 20 aux années 50, époque où le madère était très employé en cuisine classique.

Dans sa saga des San-Antonio (174 titres), le commissaire éponyme avoue à plusieurs reprises que c’est sa recette préférée, avant même la blanquette de veau. J’ai des preuves…!

Rognons de veau sauce madère via coucou.kuisto.fr

La recette

Préparation : 20 min
Cuisson : 20 à 25 min

Pour 4 personnes
• 2 rognons de veau ou de génisse de 350 g chacun environ
• 100 g de beurre
•  4 échalotes
• 400 g de champignons de Paris
• 5 cl de cognac
• 10 cl de madère
• 10 cl de crème fraîche
• 8 branches de persil plat
• sel fin, poivre du moulin

Rognons de génisse au madère via elle.fr
Parez les rognons : ôtez la fine membrane qui les recouvre, coupez-les en deux dans la longueur, éliminez toute la partie blanche et recoupez les rognons en tranches ou en dés.

Rognons de veau via coucou.kuisto.fr

Nettoyez les champignons, émincez-les. Faites-les sauter à la poêle dans 30 g de beurre jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés. Réservez-les dans un bol.
Salez et poivrez les rognons.

Faites chauffer la poêle sur feu vif. Faites-y fondre 50 g de beurre et faites-y sauter les rognons vivement pendant 5 min environ sachant qu’ils doivent rester très rosés puisqu’ils vont recuire. Réservez dans un plat.

Pelez et émincez finement les échalotes. Remettez la poêle sur le feu avec le reste de beurre. Faites-y fondre les échalotes sans les laisser colorer. Réservez dans un bol.
Versez le cognac et 5 cl de madère dans la poêle. Faites chauffer en grattant à la spatule pour déglacer. Hors du feu, flambez.
Ajoutez alors la crème fraîche, faites réduire 5 min sur feu doux.
Remettez les échalotes, les rognons et les champignons dans la poêle, sans leurs jus. Ajoutez le reste de madère. Mélangez et réchauffez 2 min sans laisser bouillir. Rectifiez l’assaisonnement.

Pour servir, transvasez dans un plat très chaud et parsemez de persil ciselé.
Servez sur des assiettes chaudes.

Rognons sauce madère via paperblog.fr

Un peu de blabla

• Les rognons sauce madère s’accompagnent classiquement de pâtes fraîches, de riz à la créole ou de purée.
• Enfin, faute de rognons de veau ou de génisse, cette recette est également délicieuse avec des rognons de bœuf ou même des rognons de porc, aux prix respectivement dégressifs.

Rognons sauce madère via tandemofourneaux.canalblog.com

Blandine Vié

Saynètes

Est-ce que l’État va aussi interdire
à l’Église catholique
de faire la promotion du vin à la messe
pendant l’Élévation ?


Vin de messe via ecologyandchurches.wordpress.com

Dans la liturgie catholique, l’Élévation est la mise en évidence du pain ET DU VIN lors de la messe, au moment de leur consécration pendant l’Eucharistie (ou transsubstantiation). Vous savez, la conversion du pain et du vin en corps et sang du Christ quand le prêtre parle au nom de Jésus et dit « ceci est mon corps, ceci est mon sang ». En mémoire de la Cène où le Christ a dit « Buvez-en tous, car ceci est mon sang… » !

La Cène de Vinci via t3m.voila.net

Car dans l’acception religieuse, la transsubstantiation — littéralement la conversion d’une substance en une autre — le pain et le vin se transforment vraiment et substantiellement en corps et sang du Christ, tout en conservant leurs caractéristiques physiques ou espèces (texture, goût, odeur) initiales.

Calice via intothewine.fr

Bon, là j’vous la fais façon cours de catéchisme voire de théologie, mais je vais instantanément passer mon micro à Bérurier, le fidèle adjoint du commissaire San-Antonio pour qu’il vous explique pourquoi le vin a son importance dans la religion catholique.
Car même en prenant en considération la séparation des Églises et de l’État (effective depuis la loi du 9 décembre 1905) et même si l’on n’est ni pratiquant ni croyant, le catholicisme, c’est une part de l’héritage historique et culturel de la France.

Bérurier via palnete-genealogie.fr

Mais avec sa gouaille inénarrable, mon cher Béru va vous raconter bien mieux que moi :

« Le Précieux toussote dans son creux de poing, essuie les résultats à ses basques et enchaîne :
   — Qu’un Arbi soye musulman, un Israëlite juif et un empafé de Rosbif anglichecan, je dis banco ! Faut qu’en ait pour tous les goûts. Mais qu’un Bérurier qu’a eu des chanoines dans ses aïeuls et dont toute la lignée a été baptisée depuis Vers-cinq-jais-tôt-risque se permisse de se convaincre à la musulmanerie sous prétesque que sa vioque est ratone, alors pour le coup j’insurge. À cause de tes coraneries, cousin, t’as jamais picolé une larmette de vin : de là te vient tout le néfaste. Comment un homme peut-il se targuer d’être un homme quand il ignore le picrate ? J’entends un homme qu’a encore dans son sang le produit de nos vignes ! Pas possible, cousin… Pas possible. Ou alors faut pas venir me bonnir que la Terre est ronde ! » (N’en jetez plus ! – 1971)

Et :

« Le Gravos se débarrasse de la bouilloire et déclare, agenouillé près du tuméfié :
   — Ouv’ grand tes baffles, Alexandre-Benoît, que je te cause un dernier coup. Voilà : à présent t’es chrétien. Ton Coran, tu peux le carrer dans tes gogues si les pages seraient pas trop épaisses. Grâce à moi t’es devenu un vrai Bérurier. Dès que t’auras colmaté tes ébréchures, cavale chez le Nicolas de l’endroit pour acheter une caisse de pichtegorne. Lésine pas : prends du chouette, car va s’agir de te faire un palais, vu que le tien à écluser du thé, il doit pas avoir plus de sensibilité qu’une cuvette de pissotière. Pour pas trop te dépayser les muqueuses, attaque par du blanc. Un petit pouilly de Loire, ou un crépy d’Haute-Savoie ça serait idéal pour t’enchanter au départ les glands de sale hiver. Ensuite d’après quoi tu passeras au rouge. Le rouge, c’est un vin d’homme. Vas-y mollo au début : deux trois litres par jour, pas plus ; jusqu’à ce t’apprécie pleinement.
 « Mais une fois que ton gosier a chopé sa vitesse de croisière, alors là, chique pas les bêcheurs : BOIS ! Pour le coup, ta transformation s’opér’ra. Tu deviendras un brave homme cousin. Promis, juré ! Le monde sera à ta mesure et toi à la sienne. Allez, j’te pardonne tes dégueulasseries. » (Idem)

Et enfin :

« — Dis donc, Gros, murmuré-je, tu vas entrer dans les ordres, toi, à force de vouloir baptiser tes contemporains. Qu’est-ce que c’est, cette lubie ? Je te savais pas porté sur la curaterie.
   Il hausserait les épaules s’il n’avait les deux ailerons soudés au torse.
   — Me prends pas pour un bigot, simplement j’ sus adjectif, mon pote. Les hommes se chicornent pour des questions politiques ou religieuses, en général, exaguète ?
   — Hélas.
   — S’ils se tuent pour une religion, c’est que ces cons-là ont besoin d’en avoir une, tu me suis ?
   — Très bien, mais pourquoi leur imposerais-tu le catholicisme ?
   Bérurier ne prend même pas la peine de se recueillir pour affûter sa réponse. Il la livre spontanément :
   — Tu connais, toi, une autre religion basée sur le picrate ? Le Jésus de l’Enfant Marie qui change la flotte en rouquin. Qui cabaliste sur du pinard en affirmant comme quoi que c’est son sang ! Et dont on célèbre la messe en se filant du muscadet plein le ciboire. Si t’en sais d’autres, j’ sus preneur ! Moi, j’estime que, religion pour religion, autant s’en farcir une qui t’incite au godet ! Une qui prend sa source dans un pied de vigne, bon Dieu de foutre ! » (Idem)

Ce que Sana confirme par ailleurs :

« Miguel del Panar leur sert un vin de Mendoza très chaleureux. Il explique « aux Français » que ce sont les prêtres qui ont amené la vigne en Argentine, au XVIe siècle, pour le vin de messe, ce qui prouve bien que le catholicisme est la meilleure des religions ! » (Les cochons sont lâchés, 1991)

Eucharistie via catholique-sens-auxerre.cef.fr

Et de fait, interdire le vin à l’église n’engendrerait-il pas un désastre culturel puisque ce serait nier deux mille ans de civilisation ?


Blandine Vié

Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

Les plats qui se réchauffent
et la nouvelle cuisine

daube-de-boeuf-facile via viande.com
« Maman propose de manger quelque chose. Marie-Marie répond que c’est une bonne idée. On ne va pas chiquer aux endeuillés, quand même ! La veillée funèbre, merci bien ! Bon, alors tu vois, Félicie met à réchauffer des frichtis qui auront tout à y gagner. Elle s’ingénie à cuisiner des trucs hautement réchauffables, M’man. La nouvelle cuistance, n’en déplaise à mes potes Gros et Milieu, tu peux pas te permettre de lui faire accomplir un nouveau tour de piste. L’ancienne, oui. Elle a été conçue pour. Moi, je dis qu’il ne faut pas l’abandonner. C’est elle qui est provinciale, vraiment, elle qui a fait la France. La nouvelle jaffe, c’est bien, délectable, j’en conviens souvent, seulement elle uniformise la becquetance à travers l’hexagone. Elle coca-colle, tu comprends ? Du nord su sud, le poisson cru, les légumes à peine cuits et plus de bidoche, sauf du canard sanguinolent, merde ! J’exagère, j’extrapole, je désoblige, faut m’excuser. L’ennui c’est que je dis vrai. Tant pis pour les calories qui se pointent dans les sauces en colonnes par quatre. Si tes coronaires s’obstruent, t’as qu’à souffler dedans pour les déboucher. Je préfère clamser d’un infarctus au gratin de fruits de mer que d’un chouf aux éponges, pas toi ?

Bon, c’est pas le moment de causer bouffe, mais si on dit pas ce qu’on pense au moment où on le pense, on ne pensera plus ce qu’on dit au moment où on le dira, pas vrai ?

                                             Du bois dont on fait les pipes, San-Antonio, 1982

 Tiré de San-Antonio se met à table, Blandine Vié, 2012, Fleuve Noir (chapitre « Profilage »)


Couv San-Antonio se met à table Fleuve Noir

Morceau
 choisi par Patrick de Mari