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Couenneries

Ésaü, les lentilles… et le petit salé !

(Apologue revisité) 

Ésaü (à droite) vend son droit d'aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, tableau de Matthias Stom (xviie siècle) via Wikipédia

Ésaü (à droite) vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, tableau de Matthias Stom (xviie siècle) via Wikipédia

Selon la formule consacrée… « On ne nous dit pas tout ! ». Et ce n’est pas d’hier ! Parce que déjà, dans la Bible…

Bon, faut savoir que dans l’Ancien Testament, tout est raconté sous forme de paraboles, d’allégories, d’apologues ou de fables à vision didactique, à coup de métaphores bien senties destinées à dispenser un enseignement moral ou religieux, à créer un mythe. En somme, des récits dont on tire des leçons. Et ce que l’on peut remarquer — car c’est effectivement remarquable ! — c’est que, depuis Caïn et Abel, il y a dans les récits bibliques une multitude de personnages antipathiques, méchants, fourbes, calculateurs et même prêts à tuer.

Oui, souvenez-vous : l’épisode des lentilles d’Ésaü ! Je vous rafraîchis la mémoire ? Je vais la faire courte…

Lentilles © Greta Garbure

Lentilles © Greta Garbure

Isaac (le fils d’Abraham) et Rébecca ont eu des jumeaux sur le tard. Déjà, dans le ventre de leur mère, ils se battaient en permanence, ce qui était une manière symbolique d’annoncer leur future rivalité et fit prédire à Dieu que Rébecca engendrerait deux peuples. À la naissance, l’aîné, fut appelé Ésaü (ce qui signifie « velu ») car il était poilu « comme une fourrure » (et roux). Le second fut baptisé Jacob (ce qui signifie « talon ») parce qu’il tenait son frère par le talon en sortant du ventre de sa mère, formule elliptique qui, sans en avoir l’air, renseigne le lecteur sur la jalousie congénitale du puîné.

Bon. Ils grandirent et Ésaü, qui aimait courir les bois, devint un chasseur habile, expérimenté et aventureux. De ce fait, il devint le préféré de son père qui adorait le gibier. Rébecca, elle, préférait Jacob, plus renfermé, plus casanier.

Or, un jour, Ésaü rentra de la chasse bredouille, harassé et affamé alors que Jacob était en train de préparer une soupe de lentilles sur laquelle l’aîné se mit immédiatement à loucher. Son perfide cadet y vit l’occasion tant attendue et commença aussitôt à lui faire du chantage : « Si tu veux, je te donne une assiette de lentilles et du pain à condition que tu me cèdes immédiatement ton droit d’aînesse. ». Ésaü pleurait tellement famine qu’il accepta. Et voilà le droit d’aînesse extorqué par le frère venimeux, à l’insu de leur père qui n’en sut jamais rien.

Mais ce n’est pas tout ! Isaac étant moribond, Jacob profita du fait qu’il était devenu aveugle pour tromper son vieux père par la ruse, avec la complicité de sa mère. Ésaü étant en effet parti chasser pour préparer à Isaac un de ces repas qu’il aimait tant, Jacob se fit passer pour son frère afin de recevoir la bénédiction due à l’aîné. C’est d’ailleurs de là que vient l’expression « Qui va à la chasse perd sa place » !

Quand il le sut, Ésaü rentra dans une telle colère qu’il menaça de tuer le frère machiavélique — je sais, Machiavel n’avait pas encore vu le jour mais la liberté de narration, alors ? — dès que leur père serait mort. Aussi Jacob n’eut pas d’autre solution que de s’enfuir. Quand Jacob retrouva Ésaü vingt ans plus tard, ce dernier lui avait pardonné et ne mit pas sa menace à exécution. Mais, comme prédit, cette séparation avait fait qu’Ésaü et Jacob avait fondé deux peuples différents. Or — et ça a son importance ! —, dans les traditions juive et islamique, il est admis qu’Ésaü est le père des civilisations occidentales, notamment de l’Empire romain dont on peut dire que le christianisme descend en droite filiation.

Ce que l’histoire ne raconte pas, c’est que chacun de leur côté, Ésaü et Jacob continuèrent tous les deux à manger des lentilles. Jacob sans la moindre garniture (le judaïsme interdit la chasse). Ésaü, lui, les agrémenta toujours de gibier, puis sa descendance de cochon — à commencer par du lard — quand le porc fut domestiqué.

Porc demi-sel pour petit salé © Greta Garbure

Porc demi-sel pour petit salé © Greta Garbure

D’amélioration en amélioration, l’art de la charcuterie aidant, c’est ainsi qu’on peut aujourd’hui se régaler de petit salé aux lentilles dans les pays de tradition chrétienne.

Petit salé aux lentilles © Greta Garbure

Petit salé aux lentilles © Greta Garbure

Il fallait quand même que ce soit dit !

© Greta Garbure

Couenneries

Lentilles vertes au groin de porc

Groin aux lentilles © Greta Garbure

Lentilles vertes au groin de porc © Greta Garbure

Voilà ce qui arrive quand un émissaire du Pays basque vient vous rendre visite avec des victuailles plein sa musette !

Je passe sur les confits et cochonneries en tout genre, et plus précisément le genre à déguster à l’apéro en rondelles, chorizo, saucisses sèches au piment d’Espelette, boudin et autres cochonnailles canailles. Tiens ! on en profite pour aller voir de plus près ce que le mot canaille veut dire car, nom d’un chien ! — et j’emploie cette expression à dessein — ça vaut son pesant d’os à ronger : https://gretagarbure.com/2013/06/07/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-14/ !

Je passe aussi sur la ventrèche subtilement nimbée d’un voile de piment d’Espelette, ventrèche qui le dispute au lard de poitrine traditionnel dans mon cœur ! Car il n’y a pas que dans le cœur des hommes qu’un cochon sommeille, n’en déplaise à Charles Monselet ! Dans celui des femmes aussi… parfois !

Non, je m’arrête sur ce morceau de roi — de reine ! — qu’est le groin du cochon traité en petit salé ! Sans doute, les charcutiers trouvent-ils plus politiquement correct de le vendre sous le nom de « museau de porc salé et cuit », mais ça revient au même ! Il s’agit bien du groin fouisseur du « Seigneur » de nos campagnes, avec ses deux superbes trous de nez  ! Museau soutenu par un fort cartilage permettant le fouissage et lui donnant cette texture cartilagilo-gélatineuse si particulière… et si délicieuse !

Zoom de groin de cochon via rocamadourlaboriedimbert.com

La recette… et ses beaux restes !

Lentilles vertes au groin de porc

Museau salé déballé © Greta Garbure

Groin de porc (museau salé) © Greta Garbure

Préparation : 10 min
Cuisson : 35 à 45 min

Pour 4 personnes (trois repas)
• 2 demi-groins (museaux de porc salés cuits)

• 250 g de lard de poitrine maigre, demi-sel
• 500 g de lentilles vertes du Puy
• 1 gros oignon
• 2 clous de girofle
• 3 belles carottes
• 1 petite branche de céleri
• 5 ou 6 branches de persil plat
• 2 branches de thym
• 2 feuilles de laurier
• sel fin ou fleur de sel, poivre du moulin
• moutarde

Faites blanchir le lard : plongez-le dans une casserole d’eau froide, portez à ébullition pendant 5 minutes, égouttez, rafraîchissez, épongez et coupez en lardons.

Mettez les lentilles dans une cocotte assez grande avec les carottes pelées et coupées en rondelles,  l’oignon coupé en quartiers et piqué des clous de girofle et les aromates (thym, laurier, céleri, persil) ficelés en bouquet. Poivrez. Recouvrez largement d’eau froide, portez sur feu doux et portez à frémissement pendant 30 minutes. Goûtez-les pour voir si les lentilles sont bientôt cuites : en principe 35 minutes suffisent, parfois un peu plus.

Cuisson des lentilles © Greta Garbure

Cuisson des lentilles © Greta Garbure

Salez au sel fin ou à la fleur de sel, mélangez et enfouissez les groins de cochon dans les lentilles. Réchauffez 5 minutes environ. Ne laissez pas surcuire, ni le museau ni les lentilles. Trop cuit, le museau se défait en fibres (charpie) et perd tout son moelleux et toute sa saveur. Quant aux lentilles, sans être al dente, elles doivent conserver de la mâche.

Groin dans les lentilles © Greta Garbure

Ajouter le groin de porc © Greta Garbure

Pour servir, éliminez le bouquet garni. Retirez une partie des lentilles à l’écumoire et disposez-les dans un grand plat creux. Posez un groin coupé en quatre par-dessus. Servez très chaud en accompagnant de moutarde.

Note : Surtout, égouttez aussitôt après cuisson les lentilles et les viandes (groin et lardons) qui restent, mais en conservant le jus de cuisson à part dans lequel vous rajouterez une louchée de lentilles. Réservez le tout au frais jusqu’à utilisation (recettes 2 et 3).

Assiette de lentilles au museau © Greta Garbure

À l’assiette © Greta Garbure

Salade de lentilles au groin de porc (avec les restes)

Préparation : 10 min

Pour 4 personnes
• 4 échalotes

• 1 cuillerée à soupe de moutarde blanche forte
• très bon vinaigre de vin
• huile de goût neutre (arachide, tournesol, etc.)
• 8 branches de persil plat (facultatif)
• sel fin, poivre du moulin

Pelez et ciselez ou hachez les échalotes selon le goût. Mettez-les au fond d’un saladier.

Hachis d'échalotes © Greta Garbure

Hachis d’échalotes © Greta Garbure

Ajoutez une bonne cuillerée de moutarde et poivrez. Mélangez. Ajoutez le vinaigre (1 à 2 cuillerées selon la quantité de lentilles), mélangez, puis ajoutez l’huile (4 à 6 cuillerées selon la quantité). Si possible, laissez macérer 5 à 10 minutes avant d’ajouter les lentilles et leur garniture.

Vinaigrette échalotes moutarde © Greta Garbure

Vinaigrette échalotes moutarde © Greta Garbure

Mettez les lentilles dans le saladier, mélangez. Goûtez pour savoir s’il faut rectifier ou non l’assaisonnement en sel.

Coupez le groin en gros dés et ajoutez-les à la salade.

Couper le groin en dés © Greta Garbure

Ah le joli groin ! © Greta Garbure

Éventuellement, parsemez de persil finement ciselé. Servez frais.

Salade de lentilles au groin de cochon © Greta Garbure

Salade de lentilles au groin de cochon © Greta Garbure

Velouté de lentilles
(avec les restes des restes)

Préparation : 10 min

Pour 4 personnes
+
20 cl de crème liquide

croûtons

Mixez les lentilles, leur lus de cuisson et éventuellement ce qui reste de légumes (carottes) et de viande (lardons, museau). Versez dans une casserole, ajoutez la crème, délayez, portez à frémissement. Rectifiez l’assaisonnement et servez chaud avec des petits croûtons !

Un peu de bla-bla

— Comme tous les légumes secs, les lentilles ne doivent jamais être salées avant leur mi-cuisson pour ne pas durcir leur peau. Là, c’est de toute façon une sage précaution que de n’assaisonner que vers la fin de cuisson — après avoir goûté — car le petit salé peut l’être plus ou moins.

— C’est meilleur avec des lentilles vertes, mais ça marche aussi avec des lentilles blondes.

Lentilles vertes du Puy © Greta Garbure

Lentilles vertes du Berry © Greta Garbure

— Si l’on préfère, on peut mettre du poivre en grains dans un nouet de mousseline et le plonger au cœur des lentilles.

Blandine Vié

Couenneries

C’est la semaine
de la charcuterie artisanale !

TIM CLINCH

La semaine de la charcuterie artisanale 2014 commence lundi !
Et je remercie tous mes amis éleveurs, producteurs et charcutiers, ainsi que la Confédération Nationale des Charcutiers Traiteurs (CNCT), d’avoir choisi le 2 juin — jour de la Sainte Blandine — pour mettre en exergue tous ces produits pour lesquels je me damnerais !

Oui, je le crie haut et fort, j’adore la charcuterie ! TOUTE LA CHARCUTERIE !

Vrai jambon blanc — ah ! le jambon beurre « parisien » ! — jambon blanc à l’os, jambon sec de pays, jambons basques, jambon corse, jambon de Lacaune, jambons ibériques, jambon de Parme, jambon San-Daniele, saucissons de tous calibres, saucisse sèche, saucisse à la perche, jésus, chorizo, rillons, jambonneaux, petit-salé, boudin, museau, pieds de porc, oreilles de porc gratinées, caillettes, pâtés et terrines, rillettes, salamis italiens ou hongrois, mortadelle, saucisse de Toulouse, coppa, lard gras de bardière, lard de Colonnata, sagit, poitrine fumée alsacienne, figatelli, et, inconditionnellement… LARD (lard de poitrine ou ventrèche) et lardons !

Jambon blanc

Jambon blanc

Jambon ibérique

Jambon ibérique

Saucisson

Saucisson

Saucisson du Périgord

Saucisson du Périgord

Chorizo

Chorizo

Saucissons

Saucissons

Rillons Gilles Vérot © Greta Garbure

Rillons Gilles Vérot © Greta Garbure

Lardons © Blandine Vié

Lardons © Greta Garbure

Lard de Colonnata, lard Ducasse de Laborie, poitrine fumée alsacienne, coppa

Lard de Colonnata, lard Ducasse de Laborie, poitrine fumée alsacienne, coppa

Bouts de gras

Bouts de gras

Sagit (panne de gras de porc salée et mise à rancir) © OCPOP

Sagit (panne de gras de porc salée et mise à rancir) © OCPOP

Oui, j’aime TOUT !

Pas vous ?

Alors fêtons dignement cette semaine et rendons non seulement hommage à tous ces produits régionaux qui font partie de notre patrimoine culinaire… et donc culturel, mais aussi à tous ces producteurs qui élèvent leurs cochons dans les règles de l’art — de lard ! — et à tous les artisans qui se battent pour nous offrir une charcuterie d’exception !

Boucherie Amiot via rians-en-berry.fr

Vous savez quoi ?
Je suis absolument certaine que je vais me réincarner
en coche… voire en cochonne !

Blandine Vié

Reconnaissance du ventre

Le porc demi-sel :
jambonneau, palette,
lard, petit salé, etc.

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Petit salé © Greta Garbure

Avant toute chose, il ne faut pas confondre salaison et salage.

Par salaison, on entend la préparation de produits au sel sec ou en saumure avec l’ajout quasi généralisé de nitrate ou de sel nitrité, aux fins d’obtenir des produits différents du produit original, et de longue conservation, par exemple un jambon cru à partir d’un jambon frais. Tel n’est pas notre propos ici.

Par salage, on entend la mise sous gros sel pendant un temps variable pouvant aller de quelques jours à plusieurs semaines (6 jours en moyenne, 15 maximum), aux fins de conserver plus longtemps le produit original, mais sans toutefois en changer fondamentalement le goût, et sans le transformer en un autre produit (le porc est toujours cru). L’adjonction d’épices et d’aromates est fréquente. C’est ce qu’on appelle le « demi-sel ». Les pièces ou morceaux sont mis en saloir avec des couches alternées de gros sel, un couvercle avec un poids lourd étant posé dessus pour que le sel se dissolve à l’humidité des chairs, formant ainsi une saumure naturelle.

Le principal avantage du demi-sel — outre son délai de conservation — est d’offrir une chair qui, après cuisson par pochage ou en braisé, se présente sous une appétissante couleur rose, tandis que la chair du porc frais reste grise et terne.
Un impératif cependant : il faut toujours faire dessaler le porc demi-sel avant de le faire cuire. Pour cela, deux méthodes :
– faire dégorger le morceau choisi pendant quelques heures (jambonneau, palette, etc.) ;
– faire blanchir le morceau en question quelques minutes (lard et petites pièces surtout). 

Porc-demi-sel-dessalage via blog.deluxe.fr

Les produits demi-sel

Porc demi-sel via bolliskitchen.com
Le lard de poitrine maigre demi-sel :
C’est sans doute le morceau du porc le plus employé. On le retrouve partout, dans toutes les régions, dans presque toutes les recettes de terroir. Il est vendu en morceaux ou même déjà débité en lardons, voire en allumettes. Il faut le faire blanchir quelques minutes.

Lard demi-sel via thevigneronswife.wordpress.com

Les viandes (jambonneau, palette, pointe, échine, travers, queue, oreille) demi-sel :
En fait, on peut traiter presque tous les morceaux du porc en demi-sel. Ils font la gloire des potées ou plats braisés type jambonneau aux lentilles. Il faut les faire dégorger quelques heures (en fonction de leur taille) à l’eau froide avant de les faire cuire. Il est à noter que le jambonneau arrière est plus avantageux (car plus en chair) et moins nerveux que le jambonneau avant.

Dessalage d'une palette

Le jambonneau cuit :
Le jambonneau demi-sel peut également être vendu cuit et enrobé de chapelure par le charcutier. C’est le jambonneau pané, qui se consomme froid coupé en tranches.
Mais le jambonneau cuit peut aussi se présenter désossé et aromatisé, généralement sous le nom de jambonnette.

Jambonneau cuit à l'ancienne

Jambonneau cuit à l’ancienne

balines

Jambonneau pané

Le petit salé :
Ce sont les morceaux nobles du porc (jambonneau, palette, pointe) ou moins nobles (échine, travers, queue, oreille) traités en demi-sel, puis dessalés et cuits par le charcutier. On peut les manger froids ou les introduire dans un braisé ou un plat de légumes (lentilles, haricots, pois cassés).
Pour le faire vous-même : https://gretagarbure.com/2014/01/17/plats-mythiques-11/

Petit salé aux lentilles via aftouch-cuisine.com
Conseil pour la cuisson
:
La viande demi-sel doit toujours être cuite par pochage, soit à l’eau, soit au court-bouillon. La cuisson doit être menée lentement à petit frémissement.

Potée au chou

Potée au chou

Potée lorraine aux oreilles de cochon

Potée lorraine aux oreilles de cochon

Blandine Vié

Plats mythiques

Le petit salé aux lentilles

Petit salé aux lentilles via aftouch-cuisine.com
Autrefois, le cochon était « LA » viande de la France rurale. Chaque ferme en élevait un, plus rarement deux, aux fins de nourrir la famille toute l’année. Et à l’époque la famille, c’étaient trois générations qui vivaient ensemble ! On tuait le cochon au début de l’hiver, on faisait sécher les jambons, on faisait du boudin avec le sang, des charcuteries avec la tête, la gorge et les abats (fromage de tête, pâtés, saucisses) et avec tous les résidus (rillons, grattons, chichons, graisserons, etc.). Tous les autres morceaux (le lard et les morceaux de viande nobles), on les mettait au saloir !

Et puis, au fil de l’année, selon les occasions et les recettes, on sortait tel ou tel morceau pour agrémenter une soupe, une omelette, un plat, une potée.
Lorsqu’il est encore faiblement salé, le porc est appelé « demi-sel ». C’est celui-là qui convient pour préparer le petit salé. Ce passage dans le sel donne une belle couleur rose à la viande, des plus appétissantes.

Le petit salé, c’est traditionnellement le plat de côtes auquel on a pris l’habitude d’ajouter d’autres morceaux comme le travers, le jarret ou jambonneau (situé au-dessous du genou), du lard, et parfois les oreilles et la queue. Pour un petit salé de luxe, on peut encore ajouter de la palette et de la pointe. Il va sans dire qu’il faut laisser les os sur les morceaux qui en comportent pour qu’ils donnent de la saveur à la cuisson.

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Encore une précision toutefois : le petit salé peut s’acheter cru (viande demi-sel) ou déjà cuit, chez le charcutier.
Par précaution, la viande demi-sel doit être blanchie au préalable (voir recette).

Si la viande est salée depuis déjà un certain temps, il faut prévoir un dessalage de quelques heures au préalable (12 h environ) qui n’exclut pas le blanchiment.
Si le petit salé est cuit, il ne faut l’introduire dans les lentilles que 10 à 15 minutes (selon le type de morceaux) avant la fin de cuisson.

Le petit salé s’accorde superbement bien avec les lentilles.
Recette si délicieuse qu’elle a pris une place prépondérante dans la cuisine canaille, celle qu’on sert dans les bistrots ou les brasseries.

Pour voir ce que recouvre exactement le terme canaille, cliquez ici :
https://gretagarbure.com/2013/06/07/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-14/.

En fait, trois recettes charcutières se font traditionnellement avec des lentilles : le « petit salé aux lentilles » — qui comme son nom l’indique, se prépare avec des viandes… salées —, le « jambonneau aux lentilles » et les « saucisses aux lentilles ».
Le jambonneau peut être servi seul ou faire partie du petit salé.
En revanche les saucisses aux lentilles se cuisinent avec des saucisses fumées, type Morteau ou Montbéliard. C’est également très bon mais ne rentre pas dans la composition du petit salé.

Or, dans l’esprit de beaucoup de gens, ces deux ou trois recettes ont fusionné pour ne plus en faire qu’une seule qui panache viandes salées, saucisses fumées, voire saucisson à l’ail (à cuire). Recette délicieuse, certes, mais qu’il faudrait alors plutôt appeler… potée aux lentilles !

Vous l’aurez compris, ma recette à moi est celle qui est conforme à la tradition… donc sans saucisses !

Petit salé aux lentilles via macuisinevapeur.maison.com

La recette

Préparation : 30 min
Cuisson : 3 h environ

Pour 8 personnes (ou 4 avec des restes)
• 1,500 kg de petit salé demi-sel (plat-de-côtes, palette, jambonneau, queue)

• 500 g de lard de poitrine maigre, demi-sel
• 800 g de lentilles (100 g par personne)
• 1 gros oignon
• 2 clous de girofle
• 400 g de carottes
• 1 petite branche de céleri
• 5 ou 6 branches de persil plat
• 2 branches de thym
• 2 feuilles de laurier
• sel, poivre

Petit salé aux lentilles via ptitchef.com
Faites blanchir les viandes demi-sel : mettez-les dans un faitout, recouvrez-les largement d’eau froide. Placez sur feu aussi doux que possible pour que l’échauffement soit long et que le sel ait le temps de se dissoudre. Portez à frémissement sans faire bouillir car le but n’est pas de cuire la viande. Comptez 2 à 3 minutes pour les petits morceaux (jusqu’à 100 g) et 10 minutes environ pour les grosses pièces (palette, jambonneau). Écumez au fur et à mesure.
Égouttez les viandes et passez-les sous l’eau froide pour les rafraîchir. 

Remettez les viandes dans le faitout rincé avec l’oignon pelé et coupé en quartiers dont l’un piqué des clous de girofle et la moitié des carottes pelées et coupées en deux ou en quatre dans la longueur. Couvrez d’eau à hauteur et laissez cuire à petits bouillons pendant 1 h 45.

Au bout d’environ 1 heure de cuisson, mettez les lentilles dans un autre récipient (assez grand) avec le reste des carottes pelées et coupées en rondelles et les aromates (thym, laurier, céleri, persil) ficelés en bouquet. Recouvrez d’eau froide, portez sur feu doux et portez à frémissement pendant 20 minutes. Égouttez-les.

Remettez les lentilles et le bouquet dans le même récipient rincé, ajoutez les viandes sorties du faitout à l’écumoire et tranchées, en les enfouissant, puis mouillez à hauteur avec du bouillon tamisé de cuisson des viandes. Poursuivez la cuisson 15 à 20 minutes, jusqu’à ce que les lentilles soient tendres mais avant qu’elles n’éclatent. Goûtez et salez et poivrez en fin de cuisson. Ne laissez pas surcuire car le petit salé doit être tendre mais encore tranchable au couteau sans s’écraser. : il doit avoir de la mâche sous la dent. Un petit salé trop cuit se coupe mal et se défait en fibres (charpie), ayant perdu tout son moelleux et toute sa saveur.

Pour servir, retirez les viandes, égouttez les légumes et disposez-les dans un grand plat creux. Posez les viandes par-dessus. Servez très chaud.

petit-sale-aux-lentilles via trotrobon.com

Un peu de bla-bla

– N’hésitez pas à préparer ce petit salé en belle quantité ! D’une part, vous connaissez la chanson : les plats mijotés, c’est encore meilleur réchauffés ! Mais surtout, cela vous permettra aussi de préparer de délicieux restes, salade notamment (avec des échalotes, de la moutarde et du persil plat).

– Comme tous les légumes secs, les lentilles ne doivent jamais être salées avant leur mi-cuisson pour ne pas durcir leur peau. Là, c’est de toute façon une sage précaution que de n’assaisonner que vers la fin de cuisson — après avoir goûté — car le petit salé peut l’être plus ou moins.

– C’est meilleur avec des lentilles vertes, mais ça marche aussi avec des lentilles blondes.

– N’oubliez pas d’accompagner de moutarde, voire d’un choix de moutardes.

– Le gros oignon clouté reste indispensable, mais on peut encore ajouter quelques petits oignons de type grelots.

– L’eau de cuisson des lentilles (avec louchée de ces légumes) peut servir de base à un potage. Vous pouvez aussi y ajouter les carottes du bouillon de cuisson des viandes.

petit-sale-aux-lentilles via picadilist.fr

Blandine Vié