Dégustations

Le champagne AR Lenoble

Nous avons déjà dit tout le bien que nous pensions de la consommation assidue de champagne. Les occasions ne manquent pas d’avoir à étancher des soifs gredines, subites ou prévisibles, irrémissibles ou passagères.
Les félicitations les meilleures sont accompagnées au son des bouchons qui sautent et il n’y a pas de saison pour ça !
Encore une chance que des anniversaires de toute nature soient à peu près également répartis au fil de l’année.
Le boucan infernal des bulles explosant dans des crânes saturés 
nous empêche de dormir, principalement entre Noël et le Jour de l’An. Alors, pourquoi se priver ?

Entre autres occasions, un joli déjeuner a récemment réuni la totalité de la rédaction de Greta Garbure ainsi que certains excellents et reconnus journalistes gastronomiques. D’autres aussi…
La fratrie Anne et Antoine Malassagne nous a fait les honneurs des produits de leur maison familiale AR Lenoble au restaurant Pages. La cuisine ouverte sur la salle créée une intimité relative avec le chef japonais Ryuji Teshima. Cette proximité m’étonne toujours dont l’intérêt principal pourrait résider dans un comportement et des pratiques plus exemplaires de la brigade. Ici, rien ne dépasse, tout est contrôlé, blanc, inox, chuchoté et les assiettes artistement composées. Pour le « supplément d’âme » on doit compter sur la magnifique sélection des champagnes proposés : les accords sont sans faute et la qualité des vins est mise en valeur, ce qui est bien le but de la manœuvre.

Anne Malassagne © Greta Garbure

Anne Malassagne © Greta Garbure

— La cuvée de base dite « Intense » (28 €) aurait pu être apéritive comme il faut : faible dosage (5 g/l), peu de passage sous bois (18%), les trois cépages à peu près mobilisés par tiers. On peut ici ressortir les vieux mots des dégustateurs aux tempes argentées : tension, minéralité, équilibre… mais il a également fait merveille servi sur le dessert, dans un rôle presque digestif.
— Le rosé « Terroirs » (39,50 €) est particulièrement séduisant, d’une grande précision d’assemblage où le chardonnay Grand Cru provenant de Chouilly est à peine teinté par 12% de pinot noir. Le dosage à 3 g/l nous le rend léger, léger, au point de pouvoir sûrement en boire des litres sans aucune lassitude.
— Le « dosage zéro » (29,50 €) tellement à la mode, n’a pas souvent ma préférence mais celui-ci me plaît : classique, lisse, avec une acidité maîtrisée qui ne domine pas une bouche finement saline. Sans sucre ajouté, l’ampleur ressentie en bouche n’en est que plus méritoire.
— Vient un magnifique blanc de blancs Grand Cru (32,50 €) : la présence d’arômes de fruits jaunes et de beurre ne trompe pas sur sa composition unique, le gras tend vers une opulence remarquable. C’est un vin d’une grande noblesse, ce qui n’est pas toujours le cas dans cette catégorie des monocépages.
— Au cours de ce repas, on a atteint un moment de pur bonheur avec la cuvée Gentilhomme en blanc de blancs Grand Cru dans l’immense millésime 1996 : quelle jeunesse ! Quelle puissance ! Quelle fraîcheur, en attaque comme en finale ! Et puis en bouche, une matière à parfaite maturité, un volume impressionnant mais aussi de la volupté, de la sensualité… une récompense, un cadeau, de l’amour en bouteille !

Alors, que dire du même dans sa version demi-sec, dosé à 32 g/l au lieu de 2 g seulement ? Il accompagne un canard façon Apicius, laqué de miel et d’une dizaine d’épices. L’accord est osé à cause du sang du canard mais la puissance du millésime lui permet de très bien supporter la confrontation. Les épices ne masquent pas la formidable complexité du vin et sa relative douceur rivalise superbement avec la sauce.

Les champagnes du déjeuner © Greta Garbure

Les champagnes du déjeuner © Greta Garbure

Ce fut véritablement un délicieux moment de gastronomie ! Le prix de la rareté rend cependant ces deux bouteilles peu accessibles et confine donc à l’anecdote…
Quand on est invité, le risque est grand de verser presque automatiquement dans la dithyrambe, l’éloge béat. Mais, si tout le déjeuner ne fut pas parfait, je garde néanmoins un très bon souvenir de ces vins de Champagne dont l’élégance omniprésente tient sans doute par essence à celle de ses auteurs.

Patrick de Mari

Champagne AR Lenoble
Anne et Antoine Malassagne
35-37, rue Paul Douce
51480 Damery
Tél : 03 26 58 42 60
Site : http://champagne-arlenoble.com

Restaurant Pages
4, rue Auguste Vacquerie
75016 Paris
Tél : 01 47 20 74 94

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