Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

Venise
gourmande et créative

Enrica Rocca

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Voici un livre qui ne pouvait pas échapper à mon attention sinon à ma vigilance vu mon amour pour la cuisine italienne. Et disons-le tout de suite : c’est un un très beau livre ! Visuellement d’abord à cause des magnifiques photos de Jean-Pierre Gabriel mettant en scène la verrerie de Murano qui sait aussi se faire vaisselle : coupes, assiettes, plats. On est sous le charme rien qu’en regardant la couverture ! Ce livre est en effet une ode au verre de Murano.
Comme le dit si bien Pierre Rosenberg, membre de l’Académie Française, Président honoraire du musée du Louvre qui a préfacé l’ouvrage : « Murano, ce fut, c’est encore, ce sera longtemps l’industrie du verre, l’artisanat du verre, l’art du verre dans son extraordinaire variété, dans sa stupéfiante vitalité, dans son épuisable inventivité. » 
Et puis Venise est un lieu mythique qui fait fantasmer !

Mais passons aux recettes.

Ça commence évidemment par l’apéritif donc, à tout seigneur tout honneur, au spritz dont nous vous disions déjà tout ici : https://gretagarbure.com/2016/07/02/les-mots-des-mets-6/. Au spritz et à tout ce qui tourne autour, notamment les tramezzini (petits sandwichs), mot inventé par le poète Gabriele d’Annunzio pour remplacer le mot anglais. Dans les années soixante, le tramezzino était reconnu comme le parfait accompagnement du spritz.

Dans le chapitre des Antipasti (Hors d’œuvre), la part belle est faite aux fruits de mer et aux céphalopodes — la couverture nous le rappelle — car Venise est aussi l’un des plus importants ports d’Italie avec plus de 30 millions de tonnes de marchandises y transitant chaque année, comme on peut s’en rendre compte au marché de Venise.

Au marché de Venise © Greta Garbure

Au marché de Venise © Greta Garbure

Jugez plutôt : insalata di mare (salade de la mer), insalata di polpo (salade de poulpe, en couverture du livre), petits calamars et petites seiches, couteaux, crevettes, moules, araignée, crabes mou, crevettes grises, etc.

Au chapitre des Primi piatti (Premiers plats ou Entrées), vous découvrirez les gnocchi aux pommes de terre à la sauce tomate, la pasta fresca (les pâtes fraîches), il vero risotto (le vrai risotto), les bigoli (macaronis), les spaghetti, les risotti variés, la soupe de poisson au safran, les pasta et fagioli (pâtes et haricots borlotti), une recette que j’affectionne particulièrement depuis que j’en ai mangé dans une trattoria de Rome nichée dans une ruelle du Trastevere.

Le chapitre suivant nous parle des Secondi piatti (plats principaux ou plats de résistance) et des plats traditionnels que sont les poissons — toujours — : fritto misto con verdure (friture mixte de poissons et légumes), filets de saint-pierre, salade au thon mais aussi carpaccio dont nous vous avons déjà narré l’étrange histoire : https://gretagarbure.com/2012/11/28/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots/
Vous y trouverez aussi  des recettes de polenta aux petits oiseaux, de pintade, de canard (sauvage) farci — il y a une tradition de chasse au canard dans la lagune vénitienne —, de lapin aux artichauts, de polpette (boulettes), de porc à la casserole, de foie à la vénitienne, d’animelle fritte (à traduire par « ris de veau » et non pas par « animelles » comme en français, mot qui lui, correspond aux testicules de mouton).
L’auteur prône les volatiles sauvages mais en ce qui concerne les pintades, j’ai des doutes, la pintade domestiquée étant déjà extrêmement facétieuse (et bruyante), n’hésitant pas à grimper dans les arbres pour échapper à ses poursuivants.

Un chapitre est également consacré aux Contorni (garnitures) avec une salade de « castraure » (petits artichauts violets), une peperonata (poivronnade) jamais aussi bonne qu’avec des fusilli (pâtes torsadées), de la zucca (citrouille), du radicchio (salade rouge de Trévise), des petits oignons à l’aigre-doux, des tegoline (haricots verts), des melanzane al funghetto (aubergines traitées comme des cèpes), un grand classique de la cuisine italienne que l’on prépare sans tomate à Venise où les aubergines sont longues, fines et de couleur violet clair, et enfin la polenta que l’on préfère blanche à Venise.

Enfin, comme il se doit, le dernier chapitre est voué aux Dolci (Desserts). Se succèdent donc les recettes des zaeti (biscuits à la farine de maïs), des beignets à la vénitienne, des galani (ailes d’ange), de la crème frite, du tiramisù dont nous vous livrions tous les secrets ici : https://gretagarbure.com/2013/02/16/les-mots-des-mets-la-saveur-cachee-des-mots-8/, de la crème fraîche glacée, des bussolai e esse (biscuits secs à la consistance et à l’arôme très particuliers), des bussolai forti di Murano (gâteaux très sucrés au chocolat, fruits confits, pignons, rhum et poivre blanc), très populaires dans la lagune, et du sgroppino (sorbet au prosecco et à la vodka).

Bon, vous savez que je suis pointilleuse alors malgré mon engouement pour ce livre, je vais tout de même faire quelques petites remarques :
— Il est mentionné dans le livre que l’apérol (amer du groupe Campari) titre 11°. Effectivement faiblement alcoolisé à l’origine, en raison de l’envolée du spritz qui a pratiquement détrôné tous les autres apéritifs sur le marché français ces dernières années, en 2012 le groupe Campari a décidé de le passer à 15° afin qu’il puisse se positionner dans la catégorie des spiritueux (qui démarre à 15°).
— Étant donné le « parrainage » prestigieux de Pierre Rosenberg, de l’Académie Française, j’aurais aimé que quelques petites fautes (d’ailleurs peut-être dues à une traduction) ne figurent pas dans ce livre : l’emploi de « frigidaire » (qui est une marque) au lieu de réfrigérateur (recettes de la mayonnaise et du fritto misto), de « cuillère » au lieu de cuillerée (dans toutes les recettes) et du verbe « apporter » plutôt qu’amener (recette du carpaccio). Sans parler de « spezzatino » (coupé en morceaux) traduit un peu hâtivement je trouve par goulash. Je sais, je pinaille mais…

Il s’agit en tout cas d’un beau livre à ranger dans sa bibliothèque. Reste à savoir où : au rayon livres de cuisine ou au rayon bouquins d’art ?

 Blandine Vié

Venise gourmande et créative
Enrica Rocca
photographies Jean-Pierre Gabriel
Préface Pierre Rosenberg
Éditions des Falaises
Prix : 29 €

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