Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine)

Un souper en Médoc
Bruno Albert
roman

Couv:Mise en page 1 Pour qui aime les romans historiques et le vin, voici un récit qui se laisse lire avec un réel plaisir. Même si on y parle beaucoup plus d’eau que de vin, ou plus exactement d’eaux, toutes ces eaux qui bordent, sillonnent et trouent le paysage, ce que révèle volontiers la toponymie des lieux, à commencer par Bordeaux. Sans oublier la pluie qui est elle aussi une actrice majeure de la narration.

L’action se passe dans les derniers jours du mois de septembre 1849 — donc à la veille du Second Empire — chez Jérôme et Bérénice de Lignac qui reçoivent à souper la bourgeoisie locale dans leur propriété : le Château La Roque de By à Bégadan.
Sont attendus : François Richier, sorte d’arpenteur de la région attaché à la Préfecture et son ami l’abbé Anne Dominique Champion, sympathisant avec les rouges et secrétaire particulier de Monseigneur l’Archevêque. Tous deux arrivent d’un peu loin — Bordeaux — et cheminent de concert pour se rendre à la fête, balade préliminaire qui nous fait tout de suite rentrer dans le décor. Il y a aussi le pharmacien Auguste Roumagnac, le clerc de notaire Étienne Dartigues — la mémoire du Médoc — et sa sœur Marie-Louise et enfin Antoine Trouche, le traiteur original de Lesparre, bonapartiste convaincu et maître de cérémonie du repas, ainsi que son épouse Sophie.
Tout ce petit monde — dont on aura compris que chacun a des opinions politiques et religieuses divergentes à une période où ça peut être dangereux — devise gaiement tout en faisant passer des messages subliminaux.

Voilà pour le cadre et les personnages.
La table est dressée dans le parc, le souper commence et patatras, à peine les entrées consommées, voilà l’eau qui entre en scène, menaçant de transformer la fête en drame.
Pourtant, toute cette compagnie ne va pas se quitter pendant trois jours, allant d’excursion en excursion (une balade sur la dune, au bord de l’océan, un comice à Lesparre), parlant de tout et de rien, c’est-à-dire de la vie. Entre rénover l’église, exploiter l’iode des algues de l’océan, installer un réseau de chemin de fer aussi dense que le réseau routier, chacun a ses ambitions et ses rêves et chacun veut convaincre les autres.

Je ne vous en raconte pas plus car l’important dans ce roman, c’est le paysage et l’atmosphère.
Et aussi le style, qui nous donne l’impression d’être à table avec eux, de recevoir les gouttes de pluie, de fouler le sable et de regarder la mer avec un sentiment de plénitude.
Mais là où le roman est épatant, c’est pour le foisonnement de ses anecdotes in vivo. J’ai appris plein de choses.

L’auteur, Bruno Albert, est un ancien juriste diplômé en sciences politiques, ancien auditeur de l’IHEDN, spécialiste de gouvernance locale et de défense nationale. « Un souper en Médoc » est son premier roman. On attend le deuxième avec impatience.

Bruno Albert

Deux observations tout ce qu’il y de plus amicales tout de même :

• La première est un anachronisme concernant les souris d’agneau (page 103). En effet, traditionnellement, la souris d’agneau est un petit muscle en forme de poire niché tout en haut du manche. C’est un morceau gélatineux très moelleux que la personne qui découpe le gigot dégage du reste de la chair au moment du service et attribue généralement à un invité qu’elle veut honorer ou à une personne de la famille à qui elle veut faire plaisir. Il n’y en a qu’une par gigot et l’on ne peut en faire que deux ou trois bouchées. Impossible donc d’en prévoir autant que de convives.
Il semblerait que l’auteur fasse plutôt référence à la souris d’agneau dans son acception actuelle, c’est-à-dire le haut de gigot (jarret scié avec l’os par le boucher) qui correspond à la partie retirée sur un gigot qui, par le fait même de cette amputation, devient un gigot… raccourci. Or cette habitude de raccourcir un gigot est récente et date tout au plus de la deuxième moitié du XXe siècle (familles moins nombreuses, fours plus petits). Usage devenu récurrent avec l’explosion des supermarchés qui se mirent à vendre ces hauts de gigot abusivement appelés « souris » par lots.

• La seconde est que pour les personnes non familières de la géographie du Médoc, il manque une carte que je m’autorise donc à joindre  :

Carte Médoc via caruso33.net
Blandine Vié

Un souper en Médoc
Bruno Albert
Éditions Féret
144 pages
Prix : 14,50 €

Publicités

2 Commentaires

  1. Pingback: Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la sema...
  2. Pingback: Nos mille-feuilles (nos feuilletages de la semaine) |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s