Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

Une vulve de truie
peut en cacher une autre ! 

Incipit testamentum porcelli via cochon amoureux.over-blog.com

Quel rapport entre le cheval de Troie, la porcelaine et un écrou ?
Ne cherchez plus, c’est… la vulve de truie, mets jadis très prisé ! 

En théorie le cochon est l’animal vivant sur pied et le porc l’animal abattu et apprêté pour la boucherie. La femelle du cochon s’appelle truie. On peut aussi dire coche bien que ce ne soit plus guère usité.

Mais savez-vous d’où vient le mot « truie » ?
Du bas latin « troia » féminin de l’expression « porcus trojanus », autrement dit « porc troyen » c’est-à-dire « porc farci », par référence… au cheval de Troie de la légende qui, à sa manière, était farci ! Plaisante allusion, semble-t-il de l’auteur Martial !
Et c’est ainsi que par facétie, « trojanus » dans son sens figuré le plus trivial (farci) a donné naissance au mot « truie » ! 

Il faut dire que les Romains avaient une prédilection pour la viande de porc et notamment pour… la vulve de truie farcie, qui était considérée comme l’un des mets les plus raffinés qui soient.
Pline rapporte d’ailleurs que de grands débats avaient lieu pour savoir laquelle était la meilleure : la vulve de truie nullipare (qui n’a pas encore mis bas), celle de la truie primi-parturiente (qui met bas pour la première fois) ou celle de la truie multi-parturiente (qui a eu plusieurs portées). Au point que le Sénat dut intervenir et qu’il trancha en faveur des truies ayant déjà mis bas mais, semble-t-il, surtout pour des raisons économiques, afin qu’on ne tue pas toutes les femelles avant qu’elles n’aient eu des petits.

Zoom sur une vulve de truie

Apicius donne quant à lui la recette dans son livre de cuisine « De Re Coquinaria » (le premier connu à ce jour), hélas sans proportions ni temps de cuisson : « Achetez des vulves de truies, de la chair de porc hachée, du poivre, du cumin, du garum, deux blancs de poireaux, des pignons de pin.
Recette : Nettoyer les vulves et les laisser mariner pendant 24 heures dans le garum. Le lendemain, les cuire à l’eau. Pendant la cuisson, préparer la farce en broyant ensemble la chair de porc hachée, le poivre, le cumin, les deux blancs de poireau et le reste de garum. Ajouter à ce mélange les pignons de pin. Une fois cuites, farcir les vulves et les coudre. Les plonger dans un mélange d’eau, d’huile d’olive, de garum et d’aneth avec un petit bouquet garni et cuire. »
Pétrone y fait également allusion.

Fausses vulves de truies farcies (calmars)

Fausses vulves de truies farcies (calmars)

Bon, votre plat est prêt ?
Alors pour servir ce mets « raffiné » avec tout le « raffinement » qui lui semble dû, dressez-le maintenant sur un plat de porcelaine chaud et dégustez !
Comment ? J’ai dit… « porcelaine » ?
Tiens ! Ce mot ne commencerait-il pas par « porc…» ?
Tout juste !
Mais savez-vous pourquoi ?
Parce qu’il existe dans la mer un coquillage ressemblant à une vulve de truie et qu’on l’a donc appelé « porcella », en latin toujours.
Et c’est parce que la porcelaine — celle de nos assiettes — est un matériau qui ressemble à ce coquillage qu’on la baptisée ainsi !
Cochonne qui s’en dédit !

Coquillage porcelaine via paranormal-fr.net

Mais ce n’est pas tout !
Parce que figurez-vous qu’en latin classique « porc » peut aussi se dire « sus scrofa domesticus ». « Sus » a d’ailleurs donné « suidés », le nom de la famille porcine. Le mot « domesticus » veut quant à lui dire « domestique », on l’aura deviné !
C’est par opposition à « sus scrofa » qui est en fait le porc sauvage, le sanglier ».
Mais que veut donc dire « scrofa » ?
Truie, encore et toujours !

Mais là où ça devient franchement cocasse, c’est que « scrofa » a également donné le mot… « écrou » !
Comment ?

Par l’intermédiaire d’une comparaison vulgaire, l’écrou étant un orifice où l’on engage une tige filetée appelée vis — je n’ai pas dit « vit » ni même « vié » mais j’aurais pu d’autant que celui du porc est justement en forme de tire-bouchon (et non sa queue)…
La comparaison existe d’ailleurs dans d’autres langues comme le portugais où les mots sont homonymes (porca).

Bonnet Turbo Kukuxumusu Enrosque via les4nages.com

Ah ! Les surprises de l’étymologie ne cesseront jamais de faire ma joie !
Tiens ! Justement… joie !
Non… une autre fois…

Blandine Vié

Publicités

4 Commentaires

  1. Pingback: Couenneries |
  2. Pingback: Couenneries |
  3. Pingback: P’tit billet d’humeur |
  4. Pingback: Serviettes & Torchons |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s