La chronique de Greta Garbure

JOURNALISTES, BLOGUEURS
ET AUTEURS CULINAIRES :

VIVRE DE SA PLUME
SANS PERDRE LES SIENNES !

Depuis quelques semaines, ça fait le buzz sur internet : un tollé quasi général à l’encontre des journalistes dits gastronomiques et des blogueurs écrivant sur la cuisine. La distinction entre les uns et les autres tient d’ailleurs du flou artistique. J’y reviendrai.

Tout a commencé par un blogueur dont je n’irai pas rechercher le nom, mais qui se serait présenté chez de nombreux restaurateurs, négociant le couvert (voire le gîte) pour lui, son épouse et son grand fils informaticien (s’occupant de la gestion de son blog) contre l’assurance d’un article sur ledit blog, autoproclamé parmi les plus influents.
Quelques semaines plus tard, ce fut au tour du directeur général délégué du groupe Marie-Claire — qui n’est donc nullement critique gastronomique — de solliciter par courrier un dîner pour deux chez un restaurateur parisien qui n’invite jamais personne et qui s’est fait un plaisir de lui répondre par une lettre ouverte, relayée par toute la presse, les blogs et les réseaux sociaux, de nombreux confrères ayant brandi l’étendard de la déontologie.
Ces procédés sont évidemment lamentables, doivent faire se retourner Théophraste Renaudot dans sa tombe, et jettent le discrédit sur la profession. Mais laquelle ? Car il serait utile et juste de faire la part des choses, et même de les recadrer. En commençant par se demander quelle est la réelle différence entre journaliste et blogueur ?


À l’avènement des blogs, c’était simple. Mais aujourd’hui ? A priori, un journaliste écrit dans un journal (une revue, un magazine) qui peut d’ailleurs être numérique. Il peut être chroniqueur intégré à l’entreprise (salarié) ou pigiste externe (salarié au prorata de sa collaboration, sans les mêmes avantages sociaux). Le blogueur écrit dans son propre blog (ou sur un blog collectif) sur internet. Il est le plus souvent indépendant et non rémunéré, parfois accompagné par une régie publicitaire ou par quelques annonceurs.
Or, il faut le crier haut et fort, l’indépendance du journaliste est un leurre. Il doit suivre une ligne éditoriale et dépend des « consignes » de sa rédaction en chef et des annonceurs publicitaires qui font vivre le journal. Autant dire qu’il est sinon muselé, du moins plus ou moins étroitement « contrôlé ». Par ailleurs, presque plus aucun journal n’a suffisamment de budget pour payer des additions qui étaient autrefois remboursées en notes de frais. Pire, très peu de journalistes gastronomiques sont salariés. La plupart sont pigistes et ont bien du mal à joindre les deux bouts. Ne leur jetons donc pas trop vite la pierre ! Il n’y a pas les journalistes « noirs » d’un côté et les restaurateurs « blancs » de l’autre. C’est même pour que les premiers puissent croiser la route des seconds qu’il y a des attaché(e)s de presse spécialisés auxquel(le)s certains restaurateurs font appel.
Théoriquement, un journaliste a une carte de presse. Je dis bien théoriquement car c’est là que le bât blesse. Beaucoup de journalistes encartés bien comme il faut travaillent « aux ciseaux » — aujourd’hui, au « copier-coller » — reproduisant in extenso des dossiers de presse. Sont-ce véritablement des journalistes ? Et que dire des maquettistes et des correcteurs qui ne vont jamais sur le terrain et n’écrivent jamais une ligne, mais ont d’emblée droit à une carte de presse parce qu’ils sont salariés par un journal. On comprend mieux que seuls quelques journalistes ayant une vraie plume aient de l’influence. Au passage, notons le travers — le dérapage possible ? — qui consiste pour certains journalistes à écrire des dossiers de presse et à animer des manifestations corporatives ou des opérations publiques à des fins promotionnelles (et rémunérées). Et que penser de ceux qui prétendent en avoir une alors qu’ils n’écrivent pas ou plus dans aucun média ?

J’ajouterai encore ce paradoxe français : plus on écrit, et plus on risque de perdre sa carte de presse. Du moins si on a « une plume » qui commet aussi des livres… qui se vendent ! En effet, pour avoir droit à la carte de presse, il faut que le journalisme représente 51% des revenus, les droits d’auteur ne dépendant pas du même régime fiscal. Et il faut refaire une demande tous les ans. Ainsi, croyez-le ou pas, mais Jean-François Revel n’aurait paraît-il jamais pu obtenir de carte de presse, ses bouquins se vendant comme des petits pains. Quant à la mère Blandine, titulaire de la carte n° 42217, il y a des lustres qu’elle a renoncé à en demander le renouvellement, ses revenus pouvant basculer d’une année sur l’autre de 5% au-dessus ou en-dessous des 50%.
Mais revenons aux blogueurs. Là aussi, il en existe de plusieurs sortes.
Éliminons les monomaniaques qui affectionnent frénétiquement les recettes et ceux qui « bouffent » à tous les râteliers de la publicité — blogs qui peuvent d’ailleurs rapporter gros — pour nous intéresser aux blogueurs d’opinion. Ceux-là ne sont-ils pas des journalistes à leur manière ? Qui plus est des journalistes qui peuvent exercer une libre parole qu’ils n’auraient pas ailleurs. Maints « vrais » journalistes ne s’y sont pas trompés qui ont un blog en parallèle avec leurs activités dans la presse traditionnelle. Les attaché(e)s de presse le savent bien qui invitent désormais autant de blogueurs que de journalistes à leurs manifestations.


À Greta Garbure, c’est notre cas. Nous sommes journalistes et blogueurs, parfois même… déblogueurs ! Un peu écrivains aussi, notre parti-pris étant littéraire. Et si, bien évidemment, nous sommes choqués par l’inélégance des comportements mentionnés plus haut, pour autant, ne soyons pas manichéens. Inviter des journalistes — ou des blogueurs — quand on est restaurateur, ce n’est pas immoral. Si toutefois le journaliste a la possibilité de conserver sa liberté d’expression à l’issue du repas qui lui a été offert. Mais eu égard à tout ce remue-ménage(r) qui n’aurait dû rester qu’anecdotique, pour plus de transparence nous tenons à préciser nos méthodes de travail.
Très souvent, nous poussons des portes de restaurants au gré de nos envies, de nos pulsions ou de notre faim, et dans ce cas, nous payons nos additions.
D’autres fois, nous sommes sollicités par un(e) attaché(e) de presse pour goûter la cuisine d’un restaurant. Nous considérons alors que c’est une démarche commerciale de la part du restaurateur concerné. Ce qui, nous semble-t-il, nous laisse toute la latitude d’apprécier… ou pas sa cuisine, donc de faire une critique franche et objective, même si nous n’aimons pas.
Il arrive aussi que nous découvrions un restaurant dans le cadre d’un voyage de presse, ce qui n’est pas tout à fait le contexte d’une visite ordinaire, et alors nous le précisons.
Enfin, il se peut que ce soit un chef qui nous invite directement. Là, si nous apprécions, nous ne nous privons guère de le raconter. En revanche, si nous n’aimons pas, nous préférons ne pas en parler car nous trouverions grossier et indécent de répondre par une diatribe à une démarche amicale.
Pour toutes ces raisons, à la fin de chacune de nos critiques, nous mettons l’une de ces phrases en légende :
Addition payée.
Invitation d’un(e) attaché(e) de presse.
Découverte lors d’un voyage de presse.
Invitation personnelle du chef (ou du patron).
Diou biban ! Foi de Greta Garbure — et même crise de foie de temps à autre ! —, Blandine & Patrick ont non seulement de l’éthique, mais aussi de l’étiquette.

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8 Commentaires

  1. Pingback: Bonne table ou… évi-table ? |
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  6. Bulle

    Comme en termes choisis ces choses là sont dites………….. Ne changez pas surtout Il fallait cette mise au point. Éthique!!!!!!!!!!!!!!!! et toc pour ceux qui en manquent………..

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