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Saynètes

Nous sommes quelques-uns…

Foie gras et sauternes © Greta Garbure

Foie gras et sauternes © Greta Garbure


Nous sommes quelques-uns en France à aimer le vin :

— Le dimanche sur le poulet rôti, jamais en semaine.

— Seulement du rouge avec le fromage.

— Seulement du blanc avec le fromage.

— Uniquement du bourgogne.

— Uniquement du bordeaux.

— Que des vins sans sulfites ou presque.

— Huîtres et muscadet, y a pas mieux.

— Le foie gras avec du sauternes, sinon rien.

— Pas de vins de moins de 10 ans d’âge.

— Plutôt des vins jeunes.

— Il faut respecter les accords de régionaux du genre chaource et sancerre.

— Ma femme achète en grande surface, pas plus de 5/6 € la quille.

— Moi j’achète chez les bons cavistes, jusqu’à 10/15 €.

— À moins de 100 € la bouteille, on n’est pas sûr de la qualité.

— Des bulles à l’apéro.

— La consommation quotidienne de vin est bonne pour la mémoire mais je ne sais plus qui m’a dit ça !

— Avec un bel abat-jour écossais, vous pouvez transformer une bouteille vide en lampe hideuse.

— Ce que vous mangez devient encore meilleur avec du vin.

— J’adore le champagne au p’tit déjeuner !

— Le vin rouge fait beaucoup moins roter que la bière.

— À partir de 3 bouteilles par jour, on oublie tous ses malheurs.

— À partir de 5 bouteilles par jour, on oublie tout !

— Une bouteille de vin ne vous dit jamais : « C’est à c’t’ heure-ci qu’ tu rentres ? »

— Les flavonoïdes sont des antioxydants qui aident à lutter contre des tas de choses.

— Parce que…!

Patrick de Mari

P’tit billet d’humeur

Prière aux intègres

Je regrette les propos d’un journaliste spécialisé qui, l’an dernier, enjoignait aux consommateurs-lecteurs de son hebdomadaire de refuser les oukases et les diktats des accords mets et vins couramment proposés et de ne boire que ce qu’ils aimaient. On imagine un instituteur conseillant à ses élèves de n’apprendre que ce qu’ils savent déjà, un libraire préconisant l’achat de livres déjà lus, un expert en art moderne de tableaux qui s’accorderaient au papier peint du living ! On n’aime bien que ce que l’on connaît et l’apprentissage de la connaissance est bien sûr initiatique. Pourquoi ne pas décréter dans la foulée que tous les vins se valent, que seuls diffèrent leurs prix, que leurs origines géographiques et les méthodes culturales appliquées n’apprennent rien sur leurs caractéristiques principales. Il ne faut pas perdre de vue que la rémunération du travail d’une famille vigneronne durant toute une année dépend de sa plus ou moins grande capacité à convaincre, dans l’ordre, et selon les cas, que son vin existe, qu’il est bon et à son juste prix. Après le savoir-faire, le temps vient du faire-savoir.

Je sais que la seule idée qu’un vin puisse être noté ou classé hérisse le poil de certains qui n’ont pas de vin à vendre mais quand même un avis à donner. Enfin à donner… Quand on est journaliste appointé, cette expression n’est que savoureuse à défaut d’être juste. Quant aux blogueurs qui souvent acquièrent leur légitimité par l’audience qu’ils savent susciter, eh bien, ils expriment leurs préférences en espérant séduire un lectorat le plus large ou le plus qualifié possible. Un peu comme Robert Parker à ses débuts quand il s’est mis en tête de donner des repères à ses compatriotes qui commençaient à peine à boire leurs premiers vins blancs additionnés de limonade (coolers) !

Bons points via lakevio.canalblog.com N’y aurait-il qu’une seule façon correcte, convenable ou intelligente de faire connaître les milliers de vins estimables de nos régions ? Le vigneron devrait-il refuser la dégustation de ses vins à ceux qui notent ou classent et ne recevoir que ceux qui aiment ou n’aiment pas selon le degré de tension, le taux de sulfites ajoutés, l’origine de la barrique, la quantité de sucres résiduels…? Sur internet, les forums qui érigent souvent en art majeur le pugilat littéraire, sans que le vocabulaire des participants ne dépasse forcément 35 mots, sont néanmoins d’intéressants espaces de liberté et d’échanges. Mais gardons bien à l’esprit que toutes ces opinions librement dispensées renseignent ou devraient renseigner l’amateur occasionnel, le passionné, le buveur d’alcools forts ou de bières tièdes, le néophyte buveur d’étiquettes ou le curieux du goût des autres, la lectrice attentive comme « l’homme pressé », en bref tous ceux qui voudraient bien mais ne savent pas et surtout peut-être tous ceux qui ne savent pas et qu’il faut convaincre de goûter aux délices du vin plutôt qu’à d’autres chimères frelatées.

Trop de débats d’initiés sont centrés sur des susceptibilités issues plus souvent de nombrils surdimensionnés que de cervelles à maturité, d’intérêts bien compris que d’angélique altruisme. Ces luttes intestines sont à terme ruineuses pour tout le monde du vin. Ce serait plutôt le moment de stopper le lancer d’anathèmes et de fatwas et de retrouver le sourire. Immodestement et sans titre particulier à faire valoir, j’invite les acteurs de chaque camp ainsi que leurs sympathisants à cesser les invectives et à faire porter leurs efforts sur la transmission de l’amour du vin et du respect des vignerons.

Patrick de Mari

Dégustations

LE MAS DE L’ÉCRITURE & LE DOMAINE DE LA PROSE

Non, Antoine Blondin, les écrits sur le vin ne sont pas que « litres et ratures » ! Les grands crus comme les vins de soif sont l’objet de toutes les attentions de la part de dégustateurs-rédacteurs, et les événements les plus courants se muent en épopées sous les plumes les plus hardies d’auteurs-buveurs. Tous unis sur l’estrade enrubannée et fleurie de la distribution des prix et des mérites : Homère et Michel Audiard, Frédéric Dard et Rabelais, René Fallet et Brillat-Savarin, Gault, Baudelaire et Millau… mêmes combats ! L’écriture, la prose, sont partout où il y a du vin.

Et de grands vins sont au Mas de l’Écriture (famille Fulla) et au Domaine de la Prose (famille de Mortillet). Entre viticulture bio et biodynamie, ces propriétés se tiennent à l’écart de la chimie triomphante. Par leur situation dominante des terrasses du Larzac et des hauteurs de Montpellier, elles ne craignent pas les contagions.

Elles produisent des vins d’auteurs et de hauteurs qui ont cette fraîcheur si précieuse dans nos belles appellations du Sud. Et le mourvèdre peut s’épanouir à Pignan puisqu’il voit la mer (par temps très très clair !). Et le cinsault est extraordinaire au Mas. Et vous comprenez que les petits rendements de raisins chouchoutés donnent des bouteilles méritant bien leurs étiquettes, belles, dignes, élégantes.
Je vous supplie de goûter ces jolis vins, et ce sera un grand pas pour l’humanité.

                                                                                                                                                                        PdM