Tagué: Saint-Chinian

Nos marronniers (l’actu qui revient tous les ans )

TOUSSAINT :
Saint-Maclou, Sainte-Nitouche,
Saint-Marcellin, Saint-Chinian
et les autres…

Toussaint via Herodote.net
Contrairement à une idée reçue, la Toussaint est une fête joyeuse — ce n’est que le 2 novembre, « Jour des Défunts » que l’on rend hommage aux morts — puisque c’est la fête de tous les saints ! Tous les saints connus ou méconnus, imaginaires ou facétieux, tous les saints oubliés, absents du calendrier, même les plus improbables, même les plus fictifs.
Vous avez dit comme… Saint-Maclou ?
Raté ! Ne vous moquez pas ! Je dirais même plus…ne vous « moquette(z) » pas !
Saint-Maclou est un vrai saint qui était autrefois invoqué par les femmes stériles dans le département de la Vienne et de ce fait également surnommé Saint Macouille ou Saint Couillard ! Mais si, mais si !
Et justement, la Toussaint est le bon jour pour le fêter.
Le bon jour aussi pour fêter votre copine Sainte-Nitouche !

Saints via thecherinette.cebterblog.net

Que je vous raconte aussi.
Il y a bien longtemps, mon ami Fernand, aujourd’hui disparu, aimait à raconter l’histoire — vraie — suivante : son père, huissier dans le Jura, avait été témoin d’un litige entre deux paysans, différend qui s’était finalement réglé au tribunal. L’un avait prêté de l’argent au second qui ne voulait pas le lui rendre et reportait sempiternellement la restitution aux calendes grecques en lui répondant toujours : « je te rembourserai à la Saint-Glinglin ! » Le manège dura plusieurs années jusqu’à cette issue judiciaire où le juge rendit ce verdict : « Très bien ! Puisque c’est comme ça, le 1er novembre étant la fête de tous les saints, alors vous rembourserez votre dette le jour de la Toussaint ! ».

Toussaint via paroisse-plouaret.org

Bon ! Vous le voyez, la Toussaint est accueillante !
C’est pourquoi, sur www.gretagarbure.com, nous aussi, nous avons décidé de fêter nos saints à nous !
À notre manière…
Et pour l’occasion, notre repas ne sera composé que d’un plateau de fromages et de quelques bouteilles !
Mais attention, pas n’importe lesquels, pas n’importe lesquelles !

Lors de notre festin, nous honorerons dignement Saint-Marcellin, Saint-Félicien, Saint-Nectaire, Saint-Florentin, Pouligny… Saint-Pierre, Sainte-Maure-de-Touraine et même, allez, ne soyons pas chiens (Saint-Bernard, bien sûr !)… Saint-Paulin !

Saint-marcellin via lafermedescaillats.com

Et pour arroser tout ça, nous déboucherons des quilles de Saint-Amour (autant commencer par celui-là !), Saint-Romain, Saint-Véran, Saint Pourçain, Saint-Joseph, Saint-Péray, Saint-Émilion, Saint-Julien, Saint-Estèphe, Saint-Mont et Saint-Chinian pour fermer le ban !

Car comme dit le dicton :
« À la Toussaint,
  Tout vin est sain ! »

Et avec toutes ces taxes, tous ces impôts, attention de ne pas se retrouver à demander à Saint-Ouen l’aumône !

Saint-Chinian via trinquefougasse.com
Cette bamboche vous paraît inconvenante une veille de jour consacré aux défunts ? Pourtant, dans de nombreuses cultures, on a considéré — ou l’on considère toujours — que la mort n’est qu’un passage qu’il faut fêter rituellement par des libations.

RIP, ripaille…

Et puis franchement, est-ce que c’est vraiment pire que de faire leur fête à des cucurbitacées innocentes ?

Veille de la toussaint

Blandine Vié

Jeux de quilles

Hier, j’ai eu soif !


Hier, j’ai eu soif ! Ou plus exactement, j’ai eu envie de boire du vin. Pas de goûter du bout des papilles, pas de cracher la centième gorgée d’une dégustation obligée, pas de me forcer à ouvrir 6 bouteilles d’un domaine pour faire un test comparatif de différents millésimes (une « verticale »). Non, une pulsion ! Ah, quand le désir nous prend…!

Inutile d’espérer trouver spontanément l’accord mets-vin idéal, si tant est qu’il existe. J’ai dans mon frigo un reste de jeunes courgettes à peine sautées à l’huile d’olive sur une glace de jus de viande qui ira bien avec des pétales de jambon Urkulu de mon ami Michel Mirail, un producteur-importateur de jambons d’exception.

Courgettes © PdM
J’ouvre un Saint-Chinian rosé du domaine Donnadieu, cuvée Camille et Juliette (7 €). La bouteille est givrée et la robe “provençale”. Formidables arômes de fleurs et puis en bouche de la fraise, de la fraise, de la fraise.
Donna-Dieu que c’est bon ! Je la finirai demain sur une tarte aux fraises.

Donnadieu_rose

Vite, dégoupiller comme Lucky Luke un autre rosé, un de mes châteaux préférés : Mourgues du Grès en Costières de Nîmes, mais dans une cuvée que je ne connais pas, « Fleur d’églantine » (5,50 €). Une bouche légère, aimablement citronnée, voire pamplemoussée mais pas trop. En plus, comme vous le savez, j’adore quand ça sent la caillasse ! J’en boirai des litres ! Mais exceptionnellement, la sagesse l’emporte sur l’enthousiasme.

Fleur d'églantine (modifié)

Le soir, la bouche est fraîche et la dalle à nouveau en pente.
Christine Deleuze et Luc Simon m’ont fait parvenir un autre Saint-Chinian, rouge, « La terre de mon père » 2009 du Clos Bagatelle (22 €). Alors, s’il faut le goûter, on va le goûter : l’animalité du mourvèdre, les épices de la syrah, la réglisse et le café du grenache. L’élevage en barriques se fait discret et les fruits noirs sont croquants. La couleur est sombre, la matière dense mais pas trop, bien structurée. Le filet mignon de porc et sa gastrique de balsamique et de gelée de groseilles sont à l’unisson.

Saint-Chinian Clos Bagatelle © PdM
C’est un bon accord mais surtout, ce vin me procure lui-même du plaisir. Il est à bonne maturité, moi aussi ! Il résistera aux outrages du temps, moi c’est moins sûr !
Ce n’était évidemment pas ce qu’on peut appeler un vin de soif, mais c’était le vin de ma soif à moi, à ce moment-là.
Ici et maintenant comme disait l’autre. Pour les latinistes, hic et nunc.

Patrick de Mari

Dégustations

Les Éminades (Saint-Chinian)

Le domaine des Éminades, de Luc et Patricia Bettoni, a tout juste fêté ses 11 années d’existence sur l’un des beaux terroirs de l’appellation Saint-Chinian dans l’Hérault. Les vignes y sont âgées : de 50 à 110 ans pour les carignans, de 25 à 60 ans pour les grenache, syrah et cinsault, moins pour le sauvignon. Leurs racines s’enfoncent dans des grès pour certaines parcelles et luttent ailleurs pour se faire un chemin à travers des sols calcaires et schisteux ou chargés de silex et de galets.

Pas de pesticide ni de désherbant, la terre est labourée.
Les vinifications favorisent la fraîcheur des vins en modérant les extractions et en opérant des élevages raisonnables dans des barriques bourguignonnes d’un vin.

 

EMINADES 23/12/2012 © Daniel MIELNICZEK

Sur des terrines (sanglier, fricandeau et bougnette), le blanc cuvée Montmajou 2011 fait merveille.
On se demande même si on ne l’aimerait pas en toutes circonstances, pour un casse-croûte à 10 h ou un five o’clock amélioré ou encore simplement pour lui-même et alors là, il n’y a pas d’heure !
Grenache blanc et marsanne ont été vendangés en altitude (270 m) sur un sol fortement calcaire.
Un nez très frais de fenouil et d’anis et en bouche des sensations d’opulence, de matière majestueuse, équilibrée par cette impression de sucer un caillou chauffé par le soleil, que j’aime énormément quand je bois un vin blanc. La finale est longue et imposante.

C’est un vin magnifique qui mérite son prix, environ 13 €.

EMINADES 23/12/2012 © Daniel MIELNICZEK

La cuvée Sortilège 2010 est une très belle bouteille d’un rouge issu de syrah et de grenache.
Je dois répéter ici le mot magique qui résume si bien ce qui caractérise un grand vin : l’équilibre !
Le premier nez dévoile ce que l’on ressentira en bouche. L’attaque est nette, franche puis la rondeur s’installe, volumineuse mais souple. Aromatique et pure, la finale évoque les herbes : thym, sarriette, sauge.
C’est un vin généreux pour qui saura l’apprécier sur des plats de même tempérament.
Environ 15 €.

 

 

 

 
Ce domaine est un véritable coup de cœur.

PdM

Domaine des Éminades
Patricia et Luc Bettoni
Rue des vignes
34360 Cébazan
Tél/Fax : 04 67 36 14 38
Mobile : 06 72 89 04 40
Courriel : les.eminades@wanadoo.fr

Reconnaissance du ventre

Un bel occitan : le navet noir du Pardailhan !


Navets du Pardailhan juste arrachés © Blandine Vié
Avec son épiderme noir et sa chair blanche légèrement teintée de rouge, ce long navet charnu est (presque) méconnu et surtout… presque introuvable ailleurs que localement.
Et pourtant, avec sa saveur légèrement sucrée tirant sur la noisette et le pignon, son nez puissant et poivré — qui le distingue des autres navets à l’odeur désagréablement soufrée — et sa chair veloutée et tendrement fondante, qu’est-ce qu’il est bon !

Pied de navet du Pardailhan © Blandine ViéPieds de navets © Blandine Vié
De la famille des Brassicacées, c’est une racine obtenue à partir de la variété rustique « long de Caluire ». De 15 à 20 cm de long et d’un poids d’environ 150 g, il est cultivé exclusivement dans une enclave de la Montage Noire, sur le territoire du plateau argilo-calcaire du Pardailhan, dans le parc régional du Haut-Languedoc (Hérault) qui s’élève en pente douce de 450 à 750 m, à une quarantaine de kilomètres de la côte méditerranéenne, soit près de 4400 ha et 11 hameaux autour de Pardailho (Pardailhan), au nord-ouest de Saint-Chinian : Rodomouls, Coulouma, Rieussec, Pez, Catalo, Copujol, La Garrigue, La Louvière, Babeaux-Bouldoux, Ferrières-Poussarou, Saint-Pons-de-Thomières.

Et c’est vraiment le terroir qui lui donne son goût si particulier car la même graine semée ailleurs ne donne pas du tout le même légume. Ici la terre est rouge et on a d’ailleurs coutume d’en laisser un léger film enrober le navet pour attester de son terroir d’origine.
Après un labour profond, puis un binage vers avril mai, on le sème à la volée la première quinzaine d’août, dans une terre très fine, juste avant les orages de la mi-août qui lui sont bénéfiques. Les brouillards de l’automne également. Puis on les récolte à partir de novembre (après les premières gelées) et jusqu’à la mi-février. Il faut 1 kg de graines pour 1 hectare de terrain. On sème et on arrache à la main, ce qui est un sacré boulot.
La production annuelle oscille entre 30 et 50 tonnes.

Ragoût de navets

Ragoût de navets du Pardailhan

Ragoût de couzillous aux navets

Ragoût de couzillous aux navets du Pardailhan

En cuisine, il est vraiment surprenant !
Traditionnellement au pays, on le prépare en ragoût, c’est-à-dire d’abord poêlé à la graisse d’oie ou de canard (mais l’oie lui va mieux) et caramélisé au sucre avant de le cuisiner au pot avec des « couzillous » (travers de porc) eux aussi préalablement dorés.
Il est bon également cuit à la vapeur (ou poché dans un bouillon de poule) et mis en salade avec une vinaigrette, en velouté, en cappuccino avec de fines tranches de lard de poitrine grillé ou rissolé, coupé en frites (longues ou en rondelles) cuites à la graisse d’oie, en Tatin (avec une cuillerée de miel), en Parmentier avec du confit effiloché en lit entre deux couches de navets en lamelles préalablement revenues et caramélisées, panaché avec des pommes rissolées pour accompagner du boudin, mélangé avec des pommes de terre, des girolles, des cèpes ou des châtaignes en accompagnement de volailles, de Saint-Jacques ou de poissons.
Mais essayez-le aussi cru en rémoulade avec de la mayonnaise, ou cru en bâtonnets avec une anchoïade.

Tombé en désuétude, il avait pratiquement disparu jusqu’à ce que des producteurs se constituent en association appelée « Lou Nap Del Pardailha » en 1993, regroupant à l’heure actuelle 19 producteurs dont 2 ou 3 plus particulièrement investis.
Le navet du Pardailhan a été reconnu « produit sentinelle » par l’association « Slow Food », classé parmi les 5 premiers en France. Une démarche d’AOC est en cours.

Bon, à Saint-Chinian, on dit qu’avec les navets du Pardailhan, il faut boire du Saint-Chinian, blanc ou rouge, voire un muscat de Saint-Jean-de-Minervois selon les recettes pour rester terroir.
Et je ne peux qu’encourager cette pratique.

En tout cas, c’est un navet succulent à découvrir absolument !

BV

Contacts :

Association des producteurs de navets du Pardailhan
M. Elian ROBERT, Président
Le Crouzal
34360 Pardailhan
Tél : 04 67 97 65 44
Courriel : e.m.robert@cario.fr
www.navet-du-pardailhan.com

Monsieur Pierre Donnadieu
Tél : 04 67 38 06 09
Pierre Donnadieu

Pierre Donnadieu