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Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

LES MOTS DU POT

Dès le XIIIe siècle, le mot « pot » a désigné la marmite ou le chaudron où mijotait le fricot dans la cheminée familiale. Et à l’époque, une famille, c’était plusieurs générations qui vivaient ensemble. Le pot était donc un personnage à part entière, un personnage majestueux — au sein de cette famille !
C’est ainsi qu’au fil des siècles, il a généré plusieurs mots et expressions qui émaillent aujourd’hui notre langage quotidien et dont voici un petit florilège :

Poteries culinaires (daubières) via barbotine.fr

— Poterie : pot en terre. Pratiquement chaque région de France a une poterie culinaire spécifique : casse, plat sabot, cassole, tian, etc.

— Potage : eau de cuisson des légumes, viandes, etc.

— Pot-au-feu : pot qu’on pose sur le feu et traditionnellement garni de bas-morceaux de bœuf (gîte, jumeau, macreuse, paleron, joue, os à moelle) et de légumes d’hiver (carottes, poireaux, navets, pommes de terre).

— Poule-au-pot : poule cuite dans un pot avec des légumes et éventuellement d’autres viandes.

— Potée : plat unique composé d’un mélange de viandes et de légumes.

— Popote : cuisine. Celle qu’on fait (parce qu’on touille dans les pots). Mais d’un point de vue militaire, pièce où l’on fait la cuisine, où l’on prépare le rata.

— Potager : jardin où l’on cultive les légumes destinés à être cuisinés dans le pot pour la préparation du potage.

— Pote : qui partage le pot (tout comme le compagnon partage le pain).

— Potasser : travailler dur, réviser : se disait à l’origine des étudiants qui n’avaient pas le temps de rentrer chez eux et qui restaient donc au collège pour déjeuner, autrement dit partager le contenu du pot avec leurs camarades.

— Potache : camarade (étudiant) avec qui on partage le contenu du pot pendant ses études, tout comme on partage le pain avec le copain.

— Potion : la quintessence du pot !

— Potard : surnom des pharmaciens qui font leurs préparations dans des pots.

— Potiche : grand vase décoratif qui ne va pas sur le feu… donc sans fonction réelle, qui n’a qu’une valeur représentative !

— Potin : ragots (touillés dans un pot ?), bruit (taper sur des pots) ?
 
Pots à pharmacie via midilibre.fr

LES EXPRESSIONS DU POT

— À la fortune du pot : à la bonne franquette.

— Tourner autour du pot : à l’origine, l’expression signifiait lorgner le pot où mijote la soupe pour savoir ce que cachent ses flancs rebondis, s’en approcher pour mieux humer ses fumets et, pourquoi pas, chaparder un morceau ni vu ni connu ? D’où la métaphore qui est apparue au XVe siècle pour désigner le fait de chercher un avantage indu par des moyens détournés.

— Être pot-au-feu : être pantouflard.

— Pot-Bouille : au XIXe siècle, « pot-bouille » — c’est-à-dire, de manière imagée… le pot et son contenu (ce qui y bouille) — désignait la cuisine (la popote) des ménages pauvres du peuple.
D’où le roman d’Émile Zola, dixième opus de la série des Rougon-Macquart.
Par extension, l’expression a pris aussi le sens de 
se mettre en ménage… justement parce que vivre ensemble, c’est partager le pot et son contenu.

— Pot-pourri : ragoût composé de plusieurs sortes de viandes (vieux). Par extension, tout mélange.

— C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes : rien de tel que l’expérience !

Marmite terre cuite provencale via ebay.fr

Nous verrons bientôt tous les noms de poteries culinaires qui, par métonymie, ont donné leur nom aux plats qui y sont cuisinés : terrine, poêlée, cocotte, ramequins, tourtière, caquelons,  poêlon, tian provençal, casse bretonne, teurgoule normande, câline saintongeaise, diable charentais, cassoulet languedocien, toupin landais, eltze basque, oule ou ouille béarnaise, olla et paëlla espagnoles, tajine marocain, etc. etc., cette liste n’ayant rien d’exhaustif !

Cassole à cassoulet via aufildeleau82.com

Cassole à casssoulet

Teurgoule

Teurgoule

Toupins à confits

Toupins à confits

Mais si, déjà, vous voulez en savoir plus sur le mot marmite, c’est là : http://gretagarbure.com/2012/11/05/la-marmite-une-belle-hypocrite/

Marmite à queue via vallauris-golfe-juan.fr

Blandine Vié

 

Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

La marmite ?
Une belle hypocrite !

Malgré ses airs débonnaires, la marmite cache bien des mystères sous son couvercle ! Hypocrite marmite…
Qui ne connaît ce récipient en métal ou en terre muni d’un couvercle, avec ou sans pieds selon qu’il est destiné à être utilisé à l’ancienne, dans la cheminée, ou de manière plus contemporaine, sur le fourneau (cuisinière) ?

Mais sait-on que le mot marmite est un cache-misère qui en dit long sur les pratiques douteuses de certains cuisiniers ?
À l’origine (au XIIe siècle), le mot était en effet un adjectif qui signifiait… être hypocrite (faire le marmite, être marmiteux).
C’est au XIVe siècle que l’adjectif est devenu un nom et a pris une connotation culinaire… par allusion au fait qu’on peut faire mijoter bien des choses suspectes dans un chaudron muni d’un couvercle ! Sans doute ce surnom fut-il donné à cause d’un aubergiste peu scrupuleux dont on n’ose imaginer avec quoi il faisait ses ragoûts.
En tout cas, il paraît que c’était la « marmite huguenote » (sans pieds) qui était considérée comme la plus hypocrite car on y faisait cuire les viandes sans bruit les jours maigres.

Le terme marmite serait lui-même une contraction de marmouser (murmurer) et de mite (chatte en ancien français, le mi de mite faisant allusion à l’onomatopée imitant le miaulement), par référence au murmure de la marmite qui mijote tranquillement sur les braises.
On retrouve d’ailleurs la même volonté de vouloir tromper son monde sous des aspects doux et flatteurs dans l’expression « faire la chattemite ».

En cuisine, on retrouve le mot marmite dans plusieurs recettes classiques ou régionales :
• Petite marmite : sorte de pot-au-feu à base de plusieurs morceaux de bœuf et de poule. Recette de Jules Gouffé, célèbre cuisinier du XIXe siècle.
• Marmite dieppoise : soupe de poissons « nobles » crémée : lotte, turbot et barbue (une belle sole pouvant remplacer l’une des trois espèces).
• Marmitako : au sens littéral, c’est le contenu de la marmite basque et, par extension, le nom d’un plat de pêcheurs à base de thon (Saint-Jean-de-Luz étant un port thonier important).

Blandine Vié