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Les mots des mets (la saveur cachée des mots)

La faisselle… oui !

Mais la fiscalité est-elle aussi un fromage ?


Faisselle via www.produits-laitiers.com

Vous connaissez tous le fromage blanc en faisselle, ce moule aux parois régulièrement percées de petits trous pour que le petit-lait ou babeurre s’écoule pendant que le fromage frais se raffermit et prend du corps. À vrai dire, c’est comme ça que débute la fabrication de presque tous les fromages.
Autrefois, on déposait le caillé dans des faisselles en terre cuite ou en porcelaine, plus ou moins hautes, cylindriques le plus souvent, mais aussi carrées, voire en forme de cœur. Aujourd’hui hélas, elles sont le plus souvent en plastique et placées elles-mêmes dans un pot (en plastique lui aussi) destiné à recueillir le sérum (petit-lait).

Mais que vient faire ici la fiscalité, me direz-vous ?

Eh bien, figurez-vous que le mot faisselle vient du latin « fiscus » (diminutif « fiscella ») signifiant « petit panier en osier sans anse, corbeille ». C’est que les toutes premières faisselles ont été tressées en osier.

Faisselles en jonc via www.collection-agricole.fr

La « jonchée » telle qu’on la prépare toujours en Saintonge dans son tapis de joncs est sans doute une survivance de cette antique tradition.

Jonchée

Jonchée

Or, le mot « fiscus » a aussi donné le mot « fisc » car à l’époque romaine, l’impôt était récolté dans une petite corbeille, comme lorsqu’on fait la quête à la messe.

Voilà comment la faisselle et la fiscalité ont un lien de parenté.
Par métonymie, la faisselle désigne non seulement le moule, mais aussi le fromage qu’elle contient.
Et aujourd’hui, on parle toujours de « corbeille fiscale » !

Mais tous les fromages ne se partagent pas de la même façon !…

LA FAISSELLE

http://www.epure-editions.com/10-facons-de-le-preparer/La-faisselle–dix-facons-de-la-preparer-97-18.html

Blandine Vié

 

Sur un plateau

Mam’zelle Faisselle

Faisselle via www.cheftalk.com

Corsetée dans son jupon de dentelle à trous-trous
comme dans une robe d’organdi virginale,
comme elle est fraîche et pimpante la jolie faisselle !
Son teint frais et laiteux a la blancheur d’une opaline,
sa chair ferme et pulpeuse darde sous la crinoline,
vraiment, elle a bonne mine !

Mais ce n’est pas tout : c’est qu’en plus elle a du goût
celle qu’on coucha d’abord dans des corbeilles végétales,
joncs, osier, fétus tressés, alcôves de demoiselle,
puis dans des poteries, porcelaines, étamines,
corbeilles qui lui offrirent son doux nom de faisselle
puisque contenant et contenu pareillement s’appellent.

Mais c’est déshabillée, mettant à nu sa caséine,
ses minéraux, ses oligos, ses trésors… de vitamines
qu’elle est encore la plus belle ! La voilà fin prête pour la cuisine…

Ses lointaines cousines ne s’appelaient pas Bécassine,
mais jonchée, chique, fiouse, caillebottes limousines,
blanc fromage, maugin, lait-pendu dans une mousseline.
Et quand les peuples étaient nomades, son caillé
ne fut pas toujours de vache, mais de bufflonne,
de zébu, de bisonne, de mouflonne,
de chèvre, de brebis, ou même de chamelle,
car elle peut être impertinente Mam’zelle faisselle !

Mais c’est encore gourmande sa plus belle qualité,
car tout est bon chez elle, y’a rien à jeter,
y’a même à boire et à manger,
sa belle motte neigeuse qui fond sous le palais,
et son précieux sérum qui se boit comme du « petit-lait » !

Très joueuse, elle se prête à tous les jeux culinaires,
et ne dédaigne pas de nombreux partenaires
en salé comme en sucré, la coquine,
pour nous offrir des recettes en ribambelle
comme dans une jolie ritournelle
qu’on fredonnerait la fleur aux dents,
en riant, en riant…
Mam’zelle faisselle ! Mam’zelle faisselle !

© Blandine Vié
Préface de « La faisselle 10 façons »
http://www.epure-editions.com/10-facons-de-le-preparer/La-faisselle–dix-facons-de-la-preparer-97-18.html

Faisselles via brocante-viuz.skyrock.com