Tagué: Beaujolais nouveau

P’tit billet d’humeur

L’avenir du beaujolais se joue avec des zigotos

Tout a été dit sur le beaujolais nouveau et le sera encore durant le mois de novembre de cette année et des suivantes.
Tout : agacements, sympathies, sarcasmes, reconnaissance, souvenirs plus ou moins vivaces en rapport avec les qualités et les quantités ingérées.
Ne barguignons pas, la fête ne se calcule pas toujours et les actualités ne sont pas si rigolotes que l’on puisse chipoter celle-ci.
Et alors, me direz-vous, non sans raison ?
Eh bien, vous répondrai-je, je viens de rencontrer en marge du Salon Millésime Bio à Montpellier quelques jeunes gens bien conscients de leurs responsabilités et bien décidés à les assumer vis-à-vis de leur cépage-roi (le gamay) bien sûr, de leurs chers beaujolais et beaujolais-villages évidemment, mais surtout de leurs terroirs car c’est bien cela que reflètent les 10 crus recensés, si différents et si estimables.
Croyez-moi, la récompense est au bout du chemin lorsqu’on fait le double effort de rechercher les très bons vignerons et que l’on est suffisamment patient pour laisser leurs bouteilles vieillir quelques années.
Un bref rappel peut être utile : en remontant du nord de Lyon jusqu’au sud de Mâcon, vous irez à la rencontre des : Saint-Amour, Régnié, Moulin-à-vent, Morgon, Juliénas, Fleurie, Côtes-de-Brouilly, Chiroubles, Chénas et Brouilly. Il y a là sur cette jolie rive droite de la Saône, les ingrédients nécessaires pour faire de grands vins et certains s’y emploient.

C’est maintenant que je veux vous présenter mes zigotos, mes zozos, comme dirait avec tendresse François Mauss (http://gje.mabulle.com).
Impressionnants la volonté et l’engagement de la jeune génération qui reprend les rênes des propriétés parfois ensommeillées, souvent un peu conservatrices.
Elle nous donne la possibilité de vérifier au travers de quelques vieux millésimes que les parents ont su faire bon mais que les enfants vont assurer la pérennité des sols et de la qualité du raisin qui arrive au chai. Les exigences de la culture bio et même de la biodynamie ont été entendues. Il ne manque plus à ces jolis vins que de l’information, de la communication et des rencontres plus respectueuses et plus fréquentes avec leurs clients. On sent bien qu’ils sont aussi là pour ça, les bougres et les bougresses qui détiennent les clés du développement de leurs domaines et plus généralement de leurs appellations.
« I love beaujolais » ornait fièrement leurs beaux tee-shirts blancs XXL.

Ils ont fait valsé les magnums et les vieux millésimes en remontant jusqu’en 1989. Ce fut une soirée glorieuse !
Qui a dit que le gamay ne vieillissait pas bien ? Qui ne sait pas que certains « pinotent » comme de vrais bourguignons. Que le granit des sous-sols communique aux vins de Brouilly une élégante minéralité et des arômes de fruits rouges, que les morgons sont puissants et charnus, que les chiroubles ont une délicatesse florale. Car les vins dont je vous parle n’ont pas connu de levures aromatiques hésitant entre la banane et l’ananas.

Cette jeune génération montante nous rend confiants en l’émergence de nouveaux vins encore meilleurs, de terres encore plus saines, de paysages encore plus beaux. La passion finit par être comprise et je suis persuadé du talent et de la détermination des garçons et des filles du Beaujolais tels que Raphaël Saint-Cyr, Paul-Henri Thillardon, Fabien Chasselay, Guillaume Paire. Ils ont en eux cette force qui leur permet aujourd’hui déjà de transmettre leur foi et demain, de ramener leurs terroirs sur le devant de la scène, notamment grâce à l’œnotourisme.

Je prends rendez-vous avec plaisir car ce sera alors un grand pas pour l’humanité.


PdM

Fabien et Claire Chasselay © Jean-Baptiste Laissard-Interbeaujolais

Fabien et Claire Chasselay © Jean-Baptiste Laissard-Interbeaujolais

Raphaël Saint-Cyr © Jean-Baptiste Laissard-Interbeaujolais

Raphaël Saint-Cyr © Jean-Baptiste Laissard-Interbeaujolais

IB 5 DG 222 - Chénas en été - Daniel Gillet Inter Beaujolais copyright

 

P’tit billet d’humeur

IL EST LÀ !!!

Réjouissons-nous ! C’est aujourd’hui LE rendez-vous annuel. Ridicule pour certains, désastreux pour d’autres, en fait partagé par presque tous.
Ce gamay tant décrié et pourtant tellement bu, comme on va le voir tout au long de la journée, est capable du pire comme du meilleur. Son premier mérite n’est-il pas de nous éviter de boire seuls devant Jean-Pierre Pernaut et consorts des petits vins innommables à 2 € le litre, de la bière fade ou même de l’eau. Et puis rien ne nous empêche de goûter des vins nouveaux issus d’autres cépages, d’autres appellations, et bien bons aussi.
Leurs vertus thérapeutiques ne nous infligeront pas de dommages collatéraux plus pressants que ne le font habituellement les vins bourrus de nos campagnes, tels le bourret du Béarn ou la bernache de Touraine. Aimables mais pas forcément prévenants, ils ont parfois tendance à annoncer la couleur et la sanction en même temps.


Mon beaujolais nouveau à moi, il arrivait à Paris dans la nuit du 14 au 15 novembre et pétillait encore de son soutirage précoce et de son voyage nocturne. Il était trouble, piquait la gorge, mais facilitait comme pas deux le passage de l’œuf dur et du jambon-beurre. Ça sentait la cochonnaille au Balto, le tabac froid aussi. Ça parlait un peu fort, ça riait de plus en plus. Au comptoir, les fluets du deuxième rideau tendaient leurs verres vides entre deux solides paires d’épaules et espéraient être entendus :
– « Hep patron, on va pisser la poussière ! »,
– « Ça manque de fillettes par ici ! »,
– « On a vraiment pas de pot (lyonnais) ! ».

Mais à la fin de la journée, on se quittait repus, très désaltérés, très heureux, avec plein de nouveaux amis de 30 ans qu’on aurait évidemment oubliés dès le lendemain…

PdM