Catégorie: Lieux de vie, lieux du vin

Lieux de vie, lieux du vin

La bouteille de madiran a 50 ans !

Bernard, Marie, Jean-Luc et François Laplace © Michel Plante

Bernard, Marie, Jean-Luc et François Laplace © Michel Plante

50 ans, l’âge de la maturité dit-on à un auteur à succès, à l’actrice célèbre qui a dû accepter son premier rôle de grand-mère, à l’ancien sportif qui ne met plus un pied devant l’autre.
Ici, c’est autrement plus important : 50 ans que le vin a été mis en bouteille pour la première fois à Madiran et plus précisément au château d’Aydie. Ici la maturité, elle se manifeste tous les ans en octobre et plus tard encore pour les pacherencs moelleux. Tous les ans, les vins sont de là, de ce paysage, de ce pays pas sage mais tellement respectueux de ses enfants. Ils lui ressemblent : francs, généreux, enthousiastes mais aussi polis, fidèles, sensibles.
L’histoire raconte que le grand restaurateur d’Auch (le même qui a « inventé » le magret de canard et qui n’est pas pour rien dans le développement du cépage blanc des côtes de Gascogne, le colombard), André Daguin est venu à Aydie sur le conseil d’un ami. Il a goûté, a aimé, a commandé et payé d’avance 4000 bouteilles. Alors, pour la première fois en 1963, Pierre Laplace a mis le vin en bouteille ! Aujourd’hui la famille au sens large est réunie pour célébrer cet âge de raison : les voisins, les amis, les clients, les employés, les bénévoles.

Les vieux amis Pierre Laplace et André Daguin © Michel Plante

Les vieux amis Pierre Laplace et André Daguin © Michel Plante

André Daguin © Michel Plante

André Daguin © Michel Plante

À notre époque, révoltante ou désopilante selon les humeurs, il est rare de faire partie d’une assemblée aussi disparate et de rencontrer autant de sourires, d’élégances naturelles et de sincérité dans les échanges entre amateurs et pros du vin.
Le temps à peine clément n’a pourtant rien favorisé, c’est le micro-climat habituel du château qui nous réchauffe l’âme et le reste.

Bien sûr, il y a les vins ! Une gamme complète comme on n’en trouve rarement ailleurs :
Les jeunes et friandes côtes de Gascogne signées Aramis, la fraîcheur des étiquettes Laplace, l’Odé d’Aydie qui montre à qui veut bien les voir toutes les valeurs du Madiranais. Et puis les grandes bouteilles du château d’Aydie d’une robe aux reflets presque bleus pareille à une aile de corbeau, des arômes de cassis, de mûres, de myrtilles, des tanins d’une extrême finesse et une grande longueur en fin de bouche. Si l’on devenait subitement raisonnable on les attendrait quelques années de plus. Les pacherencs secs sont précis et leur approche pas racoleuse pour deux sous.
Enfin, il y a les moelleux pour quand vous êtes en manque de cette douceur qui nous fuit parfois. Tout en légèreté à l’apéritif, certains autres ont aussi la vivacité et l’onctuosité qui appelle les tartes aux fruits d’été, les tourtières aux pruneaux ou aux pommes, les gâteaux basques…
Les liquoreux, plus denses, plus concentrés font envie à l’heure du thé. On débouche alors un petit flacon de 50 cl, format idéal pour deux amis, deux amants… L’ivresse restera discrète, n’empêchera rien et autorisera tout !

On refait le monde avec l'ami François Laplace © Michel Plante

On refait le monde avec l’ami François Laplace © Michel Plante

Mais il n’est pas temps de s’égarer, le programme du week-end est chargé. Dégustations comparatives de millésimes anciens et actuels, repas conviviaux, discussions enflammées et toujours en couleurs. Ici, on chante et on danse quand on se parle mais à pas feutrés et à voix mesurée : on est à la fois de la Gascogne et du Béarn… Le mousquetaire est réservé mais toujours chaleureux, en tout cas dans cette famille exemplaire.
Pierre Laplace est présent dans tous les cœurs et, de table en table, on guette le regard bienveillant qu’il pose sur chacun de nous. Le patriarche a passé la main à ses quatre enfants mais il occupe leurs pensées car il est le gardien reconnu des origines du madiran moderne. Des virages ont été pris, des nouveautés se sont imposées, la maison est plus que jamais solide et fière, après avoir résisté aux périls du temps qui passe, des intempéries et même du feu.

On ne peut s’attarder à ses rêveries comme on le voudrait car il y a encore de l’ouvrage : un grand concours d’assemblage à partir de quatre bouteilles muettes, issues de sélections parcellaires et d’origines diverses de la propriété. J’espère avoir été plus pertinent comme membre du jury que comme winemaker !

Un assemblage difficile © Michel Plante

Un assemblage difficile © Michel Plante

Un nouveau winemaker © Michel Plante

Un nouveau winemaker © Michel Plante

Remise des prix, palabres et tertulias, c’est l’heure de passer à table et puis de dormir. Le Maydie, une mistelle de rêve, un raisin mûr muté à l’alcool façon porto, favorise l’endormissement rapide et les nuits complètes !

3 mains, 3 bouteilles © Michel Plante

On aime le Maydie à Greta Garbure ! © Michel Plante

N’étant pas très sûr d’être libre pour le centenaire, j’ai apprécié chaque moment de communion avec cette terre et ses fruits, ses vins, ses gens qui rendent heureux d’être là !

Patrick de Mari

Lieux de vie, lieux du vin

Vieux bistrot, café-tabac, bar à vin


Le bar à vin, version revisitée du café-tabac-billard-belote coinchée-dominos de nos enfances campagnardes ou du moins, de nos cultures rurales. A l’époque ante-facebookienne que certains ont peut-être connue, la chopine d’un demi-litre ne faisait pas forcément plus d’usage qu’un moderne verre à dégustation de 12 centilitres. C’est qu’on était des rapides sur le rouquin quand la soif était plus forte que l’attrait de la soupe à la grimace ! Pas de Patrick Sabatier pour tempérer les humeurs ni de miss météo sexy pour tenir éveillée l’attention ! Et pas encore de karaoké à la sortie du bureau !

Comme pour se récompenser d’une harassante journée de labeur ingrat, le cantonnier faisait claquer une pièce sur le comptoir en zinc ou en formica pour commander du bon, du capsulé ou du fraîchement bouché ! A cette heure, c’était du rouge, inutile de le préciser au Père Machin, le bistrotier de quatrième génération. Et puis pas trop le choix de la friandise: une p’tite côte, un corbières, un saint-pourçain, un seul à la fois selon la région. Ça le changeait des 4 à 6 litrons qu’il avait éclusés et aussitôt transpirés. Ils provenaient direct du jardin du Papé, du Papy ou du Pépère, finement élaborés à partir de cépages interdits qui, disait-on, rendaient fou !

Le blanc, c’était plutôt le matin, après ou à la place de la gnole « pour tuer le ver ». Ça grésillait bien un peu en dégringolant par l’oesophage, les moins aguerris avaient parfois la luette légèrement endolorie jusqu’au déjeuner mais l’homme se dégageait la tuyauterie avant d’attaquer ses cailloux, ses accotements, ses remblais et ses déblais. Pour mieux respirer…!

Tout l’univers de René Fallet, d’Audiard… « Louise, donne-nous une bouteille de cacheté ! » dit Gabin dans « Les vieux de la vieille » de Gilles Grangier…

Les vieux de la vieille (Jean Gabin, NoëlNoël, Pierre Fresnay) via pkcine.com

De nos jours, les cottes se font plus rares…
Elles ont été remplacées par des costumes-cravates ou des « friday wears »…

L’assommoir a changé de nom…

PdM

Lieux de vie, lieux du vin

CAVE LE DÉCANTEUR
à Montrouge (Hauts-de-Seine)

À 10 minutes de la Porte d’Orléans, voilà une cave de quartier bien sympathique ! Avec son « fouillis » étudié façon atelier, sa longue table d’hôtes, son imposante machine à trancher le jambon, son corner produits (charcuteries, cornichons, plats cuisinés), la convivialité s’invite de prime abord dans le décor.
Pas de déception non plus à table car les charcuteries (basques de chez Louis Ospital lors de notre passage, mais aussi corses de temps à autre, italiennes, etc.) sont superbes. Les cornichons aussi, ce qui est plus rare qu’il n’y paraît.
Mais Bruno Guarnieri, l’hôte de ces lieux — il est assisté par la charmante Camille — est un amphitryon débonnaire qui est pour beaucoup dans cette ambiance chaleureuse. Son accueil vous met tout de suite à l’aise.
D’origine italienne — il descend en droite ligne des Guarnerius, une famille de luthiers de Crémone — il nous raconte que petit, vers 5-6 ans, il allait en vacances chez son arrière-grand-mère dans le Frioul, pile à l’époque des vendanges. Et que si jeune déjà, il était fasciné par tous les secrets de la fermentation. Il ne buvait pas encore de vin bien sûr, mais c’était pour lui un plaisir, un jeu de découvrir des émotions. Et à 18 ans, il a commencé à s’intéresser vraiment au vin. Pendant ses études de commerce, il a fait un stage chez Nicolas. Puis, après 3 ans dans la finance, il a tout lâché pour tenir une cave Nicolas dans l’île Saint-Louis. Mais vers 30 ans, il fut pris d’une sorte de grande lassitude car il n’aimait plus le vin qu’il vendait. C’est le film Mondovino qui lui a donné le déclic. « Je me suis rendu compte qu’il existait d’autres vins, dit-il, comme le morgon de Marcel Lapierre. J’ai commencé à décortiquer les choses, à les décanter — d’où le nom de ma cave « Le Décanteur » — et j’ai fini par avoir une belle sensibilité pour le biodynamie, la pure expression d’un terroir et d’un cépage. Je me suis mis à goûter des vins d’ailleurs, aussi. »
On l’aura compris, Bruno Guarnieri penche du côté des vins naturels et sans additifs, mais sans verser dans l’intégrisme. En tout cas, il parle bien des vins qu’il vend et son sens de la psychologie le fait guider ses nouveaux clients à petits pas, avec toute la prudence voulue.
Un lieu où l’on a envie de poser son sac, au moins le temps de prendre un verre.
En ce qui nous concerne, nous avons goûté les trois vins suivants :
• Un blanc d’Australie du domaine Tahbilk 2011 : de très vieilles vignes de marsanne (150 ans d’âge), un très faible degré (11,5°), une surprenante fraîcheur, tranchante et minérale.
• Un coteaux-du-Loir du domaine de La Roche Bleue, cuvée « La Guinguette » 2011. Ce petit domaine travaille le pineau d’Aunis et le gamay en biodynamie, avec sûrement une réticence affirmée à utiliser le soufre ! Arômes de fruits rouges mûrs rigolos. Un vin pour connaisseurs !
• Un vin de pays des collines rhodaniennes du domaine Monier-Perréol, cuvée « Le vin, sang de la Terre » 2011, syrah d’une profonde sincérité, gros volume en bouche, arômes de poivre blanc qui accompagnent parfaitement la terrine du jour.

Ripaille de 12 h à 15 h : salaisons variées + terrine + salade du moment + café & fondant au chocolat : 19,80 €.
Afterwork & Aperitivo : 15 €/personne le seau-cisson posé sur la table.
Vins au verre à partir de 3 €.

Addition payée.

CAVE LE DÉCANTEUR
Bruno Guarnieri
62, rue Henri Ginoux
92120 Montrouge
Tél : 01 46  54  35 56
Ouverte du mardi au samedi de 11 h à 20 h 30.
et dimanche matin de 10 h 30 à 13 h 30.
M° Porte d’Orléans, Bus 128.
Site : www.ledecanteur.fr

Blandine & Patrick