Catégorie: Jeux de quilles

Jeux de quilles

Irouléguy :
cette petite appellation est grande !

Thérèse et Michel Riouspeyrous

Thérèse et Michel Riouspeyrous

Toutes les plaisanteries faites sur les vins d’Irouléguy ont tendance à me mettre les nerfs en pelote (basque) !
Elles sont répandues par des ignares, des mal intentionnés ou plus simplement des buveurs d’étiquettes au rabais. « J’en ai acheté une bouteille à l’hypermarché, eh bien c’était pas bon ! » Normal ! Continuez à acheter le moins cher possible (alors que quand c’est pas bon, tout devient trop cher) dans des endroits qui ne recherchent que des marges et surtout pas votre bonheur ! Au Pays basque comme à Bordeaux ou en Bourgogne, si on se débrouille pour boire du rouge qui pique la gorge, on y arrive sans aucune difficulté ! Des blancs qui filent le casque à pointe, pareil ! Pourtant, sachez que le meilleur irouléguy vaut largement le meilleur vin de bien des appellations plus prestigieuses. À condition de ne pas l’avaler à l’apéro, à la va-vite, chauffé à 25° par un soleil d’été avec des cacahuètes salées un peu rances… Attendez au moins les merguez ou plutôt les xistorras basques ! Mais il accompagnera avec plus d’élégance et d’efficacité des plats nobles quand il est lui-même de bonne extraction.
Par ailleurs, apprenez que les plus grands viticulteurs de France échangent avec intérêt leurs plus belles bouteilles contre celles de Thérèse et Michel Riouspeyrous. Ils détestent que je le dise mais ils sont reconnus par leurs pairs comme de très importants vignerons. Leur vignoble, mené en biodynamie présente des pentes impressionnantes et délivre des rendements volontairement limités. Alors quand une extrême qualité est au rendez-vous, on peut accepter de payer le juste prix du travail et de l’intelligence, non ?

Arretxea rouge tradition

Régalez-vous donc si vous arrivez à mettre la main chez un bon caviste sur la première cuvée, sans passage en barrique, du domaine Arretxea. C’est un jus de plaisir formidable (à partir de 13 €). Le fruité vous envahit le nez puis la bouche qui se retrouve tapissée par le cassis, la myrtille, la mûre (toujours la mûre !). « Noir, c’est noir » chanterait Johnny s’il en connaissait l’existence.

Si vous n’êtes pas encore convaincu, je ne vous conseille pas la cuvée « Haitza » (à partir de 20 €), plus ambitieuse, qui mérite d’être comprise et attendue quelques années. En effet, inutile de me faire saigner les oreilles en me serinant : « C’est tannique, le tannat ! » Ben oui ! C’est pas du loukoum pour pré-pubères ! Juste un grand vin qui se fait respecter…

Je vous fais grâce des sélections parcellaires qui offrent à peine quelques centaines de flacons d’exception que vous ne trouverez que dans leur cave, et encore… Mais si vous voulez boire un beau vin blanc, un très beau vin blanc, minéral, à l’attaque vive sur l’orange et le citron vert, avec une bouche ample où explosent la mangue, l’ananas, le litchi, sans pour autant en faire un vin exotique, essayez d’obtenir une bouteille d’ « Hegoxuri » (à partir de 20 €) : le 2009 vous ferait couler des larmes sur les joues mais, trop tard, j’en ai bu, il y a peu, une des dernières quilles, au petit-déjeuner dans le séchoir du divin charcutier Éric Ospital, à Hasparren !

Chez Éric Ospital © Greta Garbure

Chez Éric Ospital © Greta Garbure

Alors, n’attendez plus, buvez un bon irouléguy !

Patrick de Mari

Domaine Arretxea
Thérèse et Michel Riouspeyrous
64220 Irouléguy
Tél./Fax : 05 59 37 33 67
Courriel : arretxea@free.fr

Jeux de quilles

Des vins que vous aimerez !

Christian Chabirand

Christian Chabirand

Ici, on est à Vix, en Vendée. Une ancienne île au milieu des terres. À mi-chemin de la Loire et de l’estuaire de la Gironde. Alors, quand Christian Chabirand, l’enfant du pays, décide de planter de la vigne sur ces terres vierges de toutes cultures, il marie surtout le merlot avec le cabernet-sauvignon, en respectant le régional de l’étape : la négrette et même du pinot avec du chardonnay pour une alliance toute champenoise. Le vignoble bénéficie d’un sol d’argile et de sable sur une roche calcaire. Il est totalement enherbé, les engrais sont organiques et la culture bio certifiée Écocert.
Les vinifications se font exclusivement en cuves (inox et époxy) et les barriques sont bourguignonnes, ayant déjà connu trois vins (pas de bois neuf), juste pour ménager une respiration durant… le temps qu’il faudra, selon les millésimes, selon les assemblages. L’élevage est long, très long. D’ailleurs Christian préfère parler d’accompagnement des jus !

Vous me connaissez, je manifeste, parfois même lourdement, une exigence de netteté et de précision pour certains vins car les goûts d’écurie sont légion parmi les cuvées prétendument « nature », « naturelles ». Autant de mots dont l’usage semble confisqué au seul bénéfice des tenants du « sans sulfites ajoutés ». Je dis bien « semble » car quel est le contraire de naturel ? Artificiel ? Industriel ? Surnaturel ? Mais ceci est une autre histoire…

Ici, pas de déviance, seulement du fruit mûr et l’âge venant, une maturité, une profondeur, comme une sagesse que certains pourraient bien envier ! Notre cher vigneron est par ailleurs conscient que plus personne n’accorde aux vins le temps de leur épanouissement. Ni le grossiste ni le caviste ni le restaurateur ne sont insensibles aux exigences comptables de l’époque. C’est donc dans sa propre cave que l’on peut trouver des millésimes à point et qui ont encore de belles années devant eux ! Les arômes sont alors toujours aussi fruités, frais, mais les tanins sont assouplis. Les structures restent bien présentes mais la matière ressentie en bouche se fait douce.

C’est rien et banal de dire que ses vins lui ressemblent ou peut-être, est-ce le contraire ? Il aime répéter la célèbre phrase du grand Jacques Puisais, que Greta Garbure a faite sienne depuis sa création : « Le vin doit avoir la tête de l’endroit où il est né et les tripes de celui qui l’a fait. » Écoutez Christian Chabirand parler de sa vigne et de ses vins, vous comprendrez rapidement ce que cela signifie.
Ses bouteilles contiennent son intelligence, sa sensibilité, ses convictions. À nous de faire fructifier les promesses de bonheur qu’il nous confie comme autant de secrets !
Pour vous en convaincre, allez sur le site http://www.prieure-la-chaume.com, très bien fait, et lisez ses 10 commandements. En fait, lisez tout ! Ce garçon est passionnant, au moins autant que ses vins. Je me suis senti ému à la dégustation mais ce sont surtout de merveilleux vins à boire à table !

Mes préférences me conduisent à vous conseiller :

RIGOLETTO

— Bel Canto 2013, franc comme l’or, sorti de cuve et délicieux sur sa fraîcheur, 8,50 €.

— Rigoletto 2010, 100% merlot, récolté en légère surmaturité et issu d’un coteau exposé plein sud, un délice, 15 €.

— Orfeo 2008, un parfait équilibre, alliant l’exubérance de la jeunesse (même au bout de six années !) à une belle complexité, 13 €. Le 2009 est un vin que l’on sent accompli, d’une évolution lente. Le 2010 est encore très refermé sur lui-même mais le 2011 qui sort tout juste de ses barriques sera bientôt extraordinaire ! Mise en bouteilles au printemps.

— Bellae Domini (Belle du Seigneur) 2009 mérite son nom. 17 €.

Magnum

Patrick de Mari

La Chaume 85770 Vix
Tél : 02 51 00 49 38

Jeux de quilles

Oh ! Des vins à boire !

Dans une autre vie, j’ai été petit grossiste et je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’il y avait décidément des vins à boire et puis… des vins à vendre. Petits ou grands, certains vins m’étaient réclamés alors qu’ils ne me parlaient pas. Ils ne me donnaient pas de plaisir, ni à les goûter ni à les vendre. Alors ? Alors, j’ai changé de métier !

Convié par un beau distributeur dont le nom est celui-même de cette rubrique (Jeux de quilles), la destination était le château de Jurque dans l’appellation jurançon, sur les contreforts de Pyrénées à peine enneigées aujourd’hui. On y produit des vins aimables et sincères qui sentent le bon raisin. Des vins blancs secs aromatiques et des doux, très doux. À la télé, on dirait « gourmands et croquants ».

Pyrénées enneigées © Greta Garbure

Il est question de goûter (ou de regoûter !) des vins de toutes provenances, enfin presque toutes, on n’est pas des bêtes ! Avec de belles découvertes et notamment :
— Les vins du domaine du Peyra. François Fourel fait des vins de jouissance et de réjouissances. Et sérieux, en appellation Pic Saint-Loup, qui ne craignent aucun plat d’une cuisine sudiste mais aussi des petits vins d’Oc délicieux, de vrais « verres de contact » (comme Antoine Blondin aimait à définir l’apéro). Les cuvées « Cent pour cent grenache » en rouge et « Cent pour cent chardonnay » en blanc sont incroyablement rafraîchissantes, tout en légèreté. Ce sont des vins qui vous font prendre la vie par le bon bout, par le goulot ! On se demande pourquoi on boirait autre chose quand des amis débarquent ou qu’on a simplement soif. Et tout ça pour 8 € environ !
Ah ben si, on sait pourquoi on ne boit pas que ça ! Parce que, plus haut, juste avant les pommiers à cidre…

Cent pour cent grenache
Cent pour cent chardonnay

Pour ceux qui n’aiment pas le muscadet, je recommande — j’exige presque — qu’ils achètent chez leur caviste une bouteille de chez les Luneau-Papin. Ils arrivent à tirer le meilleur de ce cépage unique au nom curieux, le melon de Bourgogne. Tous leurs muscadets sont enthousiasmants mais c’est surtout le p’tit dernier de la famille qui m’a fait rire : Froggy wine ! Alors là, mais alors là…! Un petit prix (± 10 €) qui vous permettra d’être heureux. Ils ont de plus la sagesse et la gentillesse d’offrir à la vente de nombreux millésimes anciens dans leurs grandes cuvées : « L d’Or » (sur granit), clos « Les pierres blanches » (gneiss, quartz) et surtout l’immense « Excelsior » (sur schistes), mûres, affinées, dont l’ampleur et la complexité sont propres à détruire les certitudes les plus affirmées sur cette appellation. On trouve ici de grands vins à des prix extrêmement raisonnables.

Froggy wine
L d'or © Greta Garbure
Dans ce val de Loire qui produit tant de belles bouteilles, j’ai évidemment adoré les sancerres de François Crochet et les pouilly-fumés de Masson-Blondelet. Et si vous tombez nez à nez avec une bouteille du domaine Robert Sérol en côte roannaise, dégoupillez sans aucune hésitation. Vous serez récompensé par de la fraîcheur, de la pureté, de la netteté, au nez comme en bouche. Le gamay a souvent le triomphe trop modeste !

Et puis aussi, les madirans du château d’Aydie : je ne vais pas rabâcher tout le bien que j’en ai déjà dit çà et là : « J’adooore le pigeon ! » (http://gretagarbure.com/2013/02/22/reconnaissance-du-ventre-5/et « La bouteille de madiran a 50 ans ! » (http://gretagarbure.com/2013/11/23/lieux-de-vie-lieux-du-vin-3/).

Et j’aime particulièrement leur façon d’évoquer l’« L’Odé » d’Aydie (70% tannat, 30% cabernet-franc) : « C’est un rocker qui se prend pour un jazzman » !

Le « château Tour des Gendres » de Luc de Conti à Bergerac ainsi que le « château du Cèdre » de son ami Pascal Verhaeghe à Cahors : des valeurs sûres, établies mais qui arrivent encore à surprendre, millésime après millésime. Interdiction absolue de dire « Bof, un bergerac ! » ou « Moi, les cahors ! » Ce sont des bombes !

Sans oublier un très estimable bordeaux de restauration, les cuvées « Callipyge » dans les deux couleurs du château de Respide en graves. Il y a de la matière derrière un boisé discret.

Une belle journée de dégustation qui m’aurait presque fait oublier une bière irlandaise de la Saint-Patrick… mais pas tout à fait !

Patrick de Mari

Jeux de quilles

GRAVES, TRÈS GRAVES !!!

Vignes dans les graves (château Brondelle)
Bon, alors voilà, classique voyage de presse : invitations aimables par les syndicats viticoles des Graves et de Pessac-Léognan.

Les propriétaires se mettent en quatre pour recevoir des journalistes et des blogueurs à leurs tables, dans leurs vignes et dans leurs chais. Ils servent même de chauffeurs à l’occasion ! 

Visite du château de La Brède, soupirs de soulagement : Montesquieu était très correctement logé !
Conférence sur l’architecture viticole de la région : la passionnante intervenante a tenté de nous transmettre son enthousiasme mais notre attention faiblissait à mesure que se rapprochait opportunément l’heure du dîner.

Château de La Brède via jedecouvrelafrance.com
Buste Montesquieu via chateaulabrede.com

Je sais, il ne faut pas se moquer des noms propres mais quand on dort au château Le Cossu et qu’on déjeune chez Monsieur et Madame Leriche, ça mérite de mettre une petite pièce à l’Euro Millions car on commence à s’y croire ! Pas de fausses notes donc dans ce concert de rencontres et de dégustations : où que vous croisiez ces bouteilles, achetez-les sans crainte !

En blanc : le château Floridène, du professeur Denis Dubourdieu, est merveilleusement aromatique, c’est-à-dire ni trop ni trop peu.
Le château Ferrande est plus typé sémillon avec des dominantes d’abricot et d’ananas et une rondeur très séduisante.
Mais aussi le château Respide, un vrai graves qui sent le caillou chaud et le fumé ; les châteaux Rahoul, Crabitey ainsi que Le Cossu sus-cité, très plaisant à boire dans sa jeunesse, sur sa fraîcheur.

Et puis, évidemment, l’irremplaçable cuvée Caroline du château Chantegrive. J’ai encore une fois vérifié la justesse, la netteté, l’équilibre parfait de cet archétype de ce qui se fait de mieux dans l’appellation. Je n’ai pas eu le temps de goûter le rouge : zut ! Je vais devoir revenir voir la charmante Hélène Lévêque qui sait exprimer le meilleur de ses vignes.

Les graves rouges demandent toujours un peu de garde pour se livrer, même si la qualité moyenne est tirée vers le haut par les nouvelles générations. Mais attention aux excès de bois neuf !

Pour finir, deux propriétés m’ont plus particulièrement séduit.

Le château Brondelle :

Jean-Noël Belloc est à la tête de plusieurs domaines dont une vingtaine d’hectares en appellation Graves. Issu d’une très ancienne famille bordelaise, il a d’abord pris le temps de voir ce qui se faisait ailleurs dans d’autres activités, éloignées de la viticulture, puis est revenu au bercail.
Aux commandes de cette propriété depuis 1995, où il succède à son grand-père, puis à son père, tout a évolué, lentement mais sûrement. Pleine de souvenirs, on y voit toujours les vestiges de la polyculture longtemps pratiquée mais aussi  clapiers, poulailler,soue, étable, pigeonnier…!
Plus loin, on trouve les superbes alignements des cuves inox thermorégulées et du chai à barriques. L’air du temps  a changé mais ni l’esprit ni le goût des beaux raisins dans des belles vignes.

Chai du château de Brondelle
Tout me plaît chez ce vigneron ! Sauf la dénomination « Grand Vin » qui occupe les étiquettes de ses bouteilles les plus ambitieuses. En effet, ça ne veut rien dire, ça fait trompe-couillon alors que les vins sont tout simplement délicieux. Un point commun aux rouges et aux blancs : ce sont des vins charnus, avec du gras, de l’ampleur en bouche, de la complexité. Il faudra seulement être patient et attendre quelques années que l’élevage affine les matières et que les tanins s’effacent, se fondent. Pour avoir goûté à table un rouge 2005, je sais que l’évolution est lente mais va dans le bon sens.

Château Brondelle blanc 2003
Château Brondelle rouge 2002

Le château de Lionne :

Une copropriété de 30 hectares sablo-graveleux rachetée en 2007 par un pépiniériste et par Véronique Smati qui s’est totalement investie dans cette aventure. Le mot n’est pas trop fort quand on voit l’ampleur des tâches à accomplir et les moyens à mettre en œuvre. Mais les progrès sont déjà remarquables et dès aujourd’hui, la dégustation donne confiance en l’avenir. Pas d’élevage sous bois, juste des séjours prolongés dans de mignonnes cuves en béton. Sans rechercher une matière très concentrée, elle obtient pour son rouge 2010 (80% merlot, 20% cabernet-sauvignon) un magnifique fruité avec beaucoup de fraîcheur et une bouche bien équilibrée. 7 hectares de blancs (sauvignon et sémillon) donnent un vin comme on les souhaite dans les graves : élégant, avec des agrumes mûrs, des fleurs et surtout cette signature légèrement fumée. J’aime les vins de Véronique et leurs prix tout doux, tout doux… À 7,25 € TTC prix départ, inutile de s’en priver, on peut en remplir sa cave !

Château de Lionne blanc 2011
Château de Lionne rouge 2010

À bientôt pour la dégustation des Pessac-Léognan !

Patrick de Mari

Jeux de quilles

Jolie dégustation au « V » :
Château Soucherie
(Anjou – Val de Loire) :
j’en veux dans ma cave !

Verre de blanc ivoire © Blandine Vié   Verre de rouge Carmen © Blandine Vié   Verre de cabernet d'Anjou © Blandine Vié
Il y a des jours bénis des dieux même quand on est treize à table !

Vous imaginez : mon ami Olivier Poussier (Meilleur Sommelier du Monde) qui m’invite au George V pour découvrir les vins de Château Soucherie (Anjou – Val de Loire), un domaine que je ne connais pas. Ça ne se refuse pas ! On est en petit comité : lui, Roger-François Beguinot, le propriétaire du vignoble, Thibaud Boudignon, le vigneron maître de chai, et dix journalistes.

Olivier Poussier © Blandine Vié

Mais posons d’abord le cadre : le « Cinq », le restaurant doublement étoilé de l’hôtel Four Seasons.
Personne n’ignorant plus à quel point j’adore les bistrots, on ne pourra pas m’accuser de flagornerie, mais ce restaurant est vraiment magnifique et je suis sous le charme à chaque fois que j’y vais (3 fois en un an, ce n’est pas non plus ma cantine). Les ors sont discrets, les compositions de fleurs éblouissantes — et, détail qui a son importance, jamais perturbantes pour l’olfactif (ce qui n’est pas le cas partout) —, les tables joliment dressées avec l’apparat des beaux dimanches à l’ancienne. Le tout nimbé par une lumière que les hautes portes-fenêtres voilées donnant sur la cour intérieure rendent blonde. Bref, on est bien.

Mais ce que j’aime particulièrement dans cette maison, c’est l’accueil et l’atmosphère. Éric Beaumard, directeur du restaurant (et sommelier de renom), vous reçoit comme personne, toujours affable et drôle. Il aurait dû être comédien ! Quant au personnel de salle, il est toujours souriant mais avec une vraie bonne humeur jamais forcée. Je le pense vraiment. Ça, c’est dit !

Et bien sûr, pour ce qui est de la cuisine d’Éric Briffard, elle est tout simplement — et j’insiste sur le « simplement » — évidente. Je veux dire par là que le travail du cuisinier — que l’on devine immense — n’altère jamais la vérité du produit. Il y a une réelle créativité, une « patte », mais sans jamais ces fioritures « french-chichis » que beaucoup d’établissements gastronomiques se croient obligés de rajouter pour épater le chaland fortuné. Bon, ça, c’est dit aussi !
Regardons plutôt le menu salivant qui nous a été concocté :

Menu Château Soucherie au George V

Pour nous préparer le palais, nous attaquons avec un anjou blanc 2011 « Blanc-Ivoire » (cépage chenin) qui va nous être également servi sur les amuse-bouche et la « chair de tourteau ». 2011 étant le premier millésime de la maison qui a été reprise en 2008 par la famille Béguinot. Ce qui me frappe d’emblée, c’est la pureté, la fraîcheur du vin. Sa « buvabilité » dit Olivier. C’est vrai qu’il est désaltérant, équilibré, pas d’une folle exubérance aromatique (donc pas racoleur) pour un vin d’apéritif, mais sa complexité, sa tension, sa précision et j’ai envie de dire sa sobre austérité me plaisent. Je suis agréablement surprise par la patine apportée par le boisé qui me fait fuir quand il est agressif. À table, il dévoile une petite pointe de réglisse sur les préambules que sont la « mousse de melon et de poivron », le « poulpe laqué » et le « poulpe mariné aux petits légumes », puis sur l’entrée, et surtout, une minéralité, une salinité et une légère amertume (sur le tilleul) en fin de bouche que j’adore. Typiquement « mon genre » de blancs ! Et l’accord avec les mets est très réussi. Olivier précise qu’une garde de 10 à 15 ans est possible, ce qui lui apportera de la souplesse en plus de ses qualités actuelles. À mon avis à moi — plus humble évidemment — un grand blanc sec fait pour la gastronomie.

Blanc ivoire © Blandine Vié
 Mousse de melon et de poivron © Blandine Vié               Poulpe laqué © Blandine Vié               Poulpe mariné aux petits légumes © Blandine Vié

Chair de tourteau frais, crémeux de corail © Blandine Vié

Mais continuons avec le savennières 2011 « Clos des Perrières » destiné à accompagner le « homard pêché au casier des îles de Chausey/Bréhat ». Sa personnalité bien définie malgré sa prime jeunesse  il est déjà mûr, souple, confit — le rend sans doute plus facile d’accès. Son potentiel est de 10, 15 ou même 20 ans ajoute Olivier qui insiste aussi sur l’énergie du vin, son amplitude, sa sapidité, les amers minéraux. La touche de fenouil du plat a été ajoutée pour relayer le vin et c’est vrai que ça fonctionne, comme ça aurait pu marcher aussi avec un risotto à la truffe blanche, des langoustines, des chipirons.

Savennières © Blandine Vié

Cocotte de homard © Blandine Vié   Homard de Chausey © Blandine Vié   Homard détail © Blandine Vié

Avec l’« Échine de cochon ibérique grillée teriyaki, oignon roussi et cèpes caramélisés », nous passons au vin de pays du Val de Loire « Rouge Carmen » 2012 (50% gamay, 25% grolleau, 25% cabernet-franc) dont le pulpeux du fruit, la jutosité, la sensualité et les notes poivrées de la finale me séduisent immédiatement. Un vin de plaisir, non filtré, tout en rondeur et qui épouse parfaitement le contenu de nos assiettes. Thibaud Boudignon en dit que « c’est plus un esprit de vin qu’un assemblage » ! Moi je vous dis : on s’encanaille, on s’encanaille ! On dirait du velours qu’on caresse à rebrousse-poil ! Tout ce que j’aime !

Rouge Carmen © Blandine Vié     Échine de porc détail © Blandine Vié     Cèpe caramélisé et oignonroussi © Blandine Vié

C’est pas tout ça mais nos agapes ne sont pas terminées. On poursuit avec une « noix de ris de veau de lait et des girolles étuvées à l’abricot » et un coteaux du Layon Chaume 2010. J’avoue que l’accord est somptueux (avec le ris et les abricots) et moi qui n’ai pas une appétence particulière pour les moelleux, j’en apprécie la bouche suave mais sans excès de sucre, l’amplitude et surtout sa tension acide qui lui donne du caractère et évite le côté « mou » que je n’aime pas dans ce type de vins. Je suis bluffée.

Coteaux du Layon et verre © Blandine Vié     Noix de ris de veau de lait © Blandine Vié   Girolles étuvées à l'abricot © Blandine Vié

Pour clore cette symphonie, voilà une « arlette caramélisée aux fraises des bois » sur laquelle nous buvons un cabernet d’Anjou 2012, un vin dont généralement je me détourne à toutes jambes. Eh bien là encore, jolie surprise : presque perlant, très aromatique, complètement sur le fruit rouge, délicieusement croquant, il est d’une grande fraîcheur et se laisse boire avec beaucoup de plaisir. Je n’en reviens pas !

Cabernet d'Anjou © Blandine Vié
Arlette caramélisée aux fraises © Blandine Vié

Maintenant, faut que je vous parle du domaine : une propriété de 36 hectares située sur un coteau schisteux orienté au sud et abrité des vents du nord, à la limite de Beaulieu-sur-Layon, et qui bénéficie donc d’un micro-climat. Un domaine entièrement restauré avec des matériaux d’origine et qui propose aussi des chambres d’hôtes, plusieurs espaces dédiés aux événements privés et professionnels, un atelier dégustation, une boutique cadeaux, etc.

Thibaud Boudignon précise que c’est une propriété « à la bordelaise », en ce sens que 24 ha de vignes sont répartis autour du château, « ce qui nous permet d’être très réactifs quand des traitements s’avèrent nécessaires ». 4 ha représentent le vignoble de Chaume et 2 ha la parcelle « Clos des Perrières » en Savennières (surnommée le « Jardin »).
Les vendanges sont toutes effectuées à la main afin de préserver la qualité des raisins. Et comme dit le
passionnant maître de chai : « Les vignes sont préparées dès la taille à certains vins. » Il considère aussi que : « au moment de la cueillette, il y a 100% de potentiel et 90 % au moment de la mise en bouteilles, chaque opération étant soustractive. » Thierry Boudignon est également captivant quand il parle d’avoir un parc à bois cohérent sur une propriété. Il aime particulièrement les fûts de 500 hectolitres : « une contenance que je comprends ». « Notre philosophie globale est de faire travailler des petits artisans tonneliers qui viennent goûter sur place. Et pour la chauffe, on préfère une température très basse, mais très longue (3h). Un fût, on l’accompagne pendant 3 ans, il se patine. »
Bon, je ne vous explique pas la fabrication du cabernet d’Anjou mais j’ai tout compris !

Thibaud Boudignon © Blandine Vié

Enfin, quand je vous aurais dit que les prix de ces vins (à la propriété) sont tout doux : 9,90 € l’anjou « blanc-ivoire », 18 € le savennières, 9,90 € le « Rouge Carmen », 25 € le chaume et 6 € le cabernet d’Anjou, je crois que je vous aurais presque tout dit ! Sauf que si j’avais la place, j’en commanderais tout de suite 2 caisses de chaque !
Bon, j’entends le ricanement vengeur  de mon partenaire de jeux textuels (qui n’était pas présent) : « De toute façon, tu n’as pas de cave ! »
Et non… hélas ! Ce qui est bien dommage.

Mais comme nous a joliment dit l’un des serveurs en nous apportant nos assiettes alors qu’en discutant avec mon voisin et moi, nous l’entravions dans sa démarche : « Excusez-moi, je suis porteur de bonnes nouvelles ! », j’espère moi aussi avoir été porteuse de bonnes nouvelles !

Merci Roger-François Beguinot, Merci Thierry Boudignon, et bien sûr… merci Olivier Poussier !

Blandine Vié

Bouchons © Blandine Vié

Domaine de la Soucherie
49750 Beaulieu-sur-Layon
Tél : 02 41 78 31 18
www.soucherie.fr