Catégorie: Dégustations

Dégustations

C’est où Fitou ?


Carte Fitou via lapassionduvin.com
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et qu’on n’a que ça à faire ?
Fitou, c’est la seule Appellation d’Origine Contrôlée de France (heureusement !) qui ait été accordée à deux terroirs géologiquement très différents et géographiquement séparés (d’une trentaine de km).

« Je ne critique pas le côté farce mais (…) il y aurait quand même à redire ! » (Lino Ventura, Ne nous fâchons pas, 1965).
Cette bizarrerie administrative n’est pas très grave, elle vous oblige seulement à goûter les vins pour savoir si vous préférez les ceusses près de la mer et de l’étang de Leucate ou les autres qui naissent dans le massif des Corbières, le nez en l’air (200 à 400 m) et les pieds dans les schistes.
Faut d’abord lui demander son adresse au fitou, avant de l’acheter. Mais d’autres caractéristiques sont aussi à prendre en compte : vous avez très soif ou vous pouvez attendre ? Vous cherchez un vin sympa à boire avec des copains au cours d’un casse-croûte estival ou bien une bouteille à mettre en cave, à oublier quelques années et que vous déboucherez lors d’une belle occasion ?

Dans la première catégorie, mon champion est la cuvée « Prestige » 2010 du domaine Lerys à 7,90 €.
Vin qui efface toutes les idées noires, qui donne le sourire, qui met l’ambiance à lui tout seul. Le cassis explose, l’intensité est maximum, au nez comme en bouche. On n’est pas loin du défaut tant ses arômes primaires décapent les sinus, mais on s’y habitue très facilement et les topettes peuvent alors défiler à un rythme soutenu si l’on n’y prend pas garde.

Fitou Lerys © Patrick de Mari

À noter également le domaine du Capitat dont j’ai goûté deux belles cuvées à des prix tout doux (4,90 € et 5,40 €).
Magnifique également, le domaine du Mandraou d’Évelyne Suzanne qui produit en 2010 un grenache-carignan-mourvèdre. Un vrai vin de littérature puisqu’après un nez profond sur la réglisse, on passe en bouche de la mine de crayon aux saveurs d’encre (vieux souvenir pour ceux qui mordillaient leur porte-plume). À 6,50 €, l’écriture est garantie joyeuse.
D’autres jolis vins : château Wiala, cuvée « Harmonie », et château Champ des Sœurs, cuvée « Bel Amant » (ben voyons !).

Champ des sœurs © Patrick de Mari


Dans les vins de garde, ceux qui doivent digérer leur élevage en barrique ou dont les tanins pourront s’assouplir plusieurs années en cave, quelques très beaux vins sortent du lot (mais non, pas du Lot !) :

Château des Erles, « cuvée des ardoises » (12 €). Beaucoup d’élégance malgré une forte concentration. La charge tannique est importante aujourd’hui mais elle permettra à cette bouteille de freiner son évolution, sinon votre impatience.

Château des Erles © Patrick de Mari

Château de Nouvelles « Gabrielle ». Grosse carrure pour ce vin à dominante carignan. Sa vinification et son élevage ont été très longs, comme le temps qui vous séparera de sa maturité optimum (14 €).
Domaine Bertrand Bergé : les deux cuvées « Ancestrale » (14 €) et « Les Mégalithes » (11,90 €) sont de belle facture et issues de culture biologique.

Domaine des Mille Vignes : « La Cadette » (17 €) et « Atsuko » (35 €) ont une haute ambition et des prix qui piquent un peu les yeux mais pas les papilles.

Une belle région à visiter sur la route du pays catalan.
Tiens, au fait, et les vins du Roussillon ?
Plus tard, bientôt !

Patrick de Mari

Dégustations

   « Les jolies filles »
et
« Les mauvais garçons »

  

Les jolies filles

Pas besoin de vous expliquer ce qu’est une jolie fille, je pense !
N’est-ce pas messieurs ? Vous qui avez tendance à loucher sur leurs appâts et à trouver tout de suite les mots justes : « Vous habitez chez vos parents ? », « T’as de beaux yeux, tu sais ! », « Vous avez du feu ? » « J’peux vous offrir un verre ? », « J’aimerais être ton parfum pour que rien ne nous sépare… » et j’en passe… des encore plus niaises !
Plus le décolleté est profond et suggestif (même siliconé), plus la chevelure est blonde, plus la mini-jupe est courte, plus les talons sont hauts, plus le bronzage est patiné à coups d’ultraviolets, bref plus « l’emballage » est racoleur et plus la fille est jolie… au dire de certains (j’ai dit certains…) !

Jolifes filles via priceminister.comLes mauvais garçons

Là non plus, pas d’ambiguïté !
Un mauvais garçon c’est rugueux, ça roule les mécaniques, ça porte un jean, un tee-shirt et un blouson de cuir noir, ça passe pas forcément à la douche tous les jours et surtout, c’est provocateur, ça aime la bagarre et ça circule en bandes.
Ils sont presque gentils d’ailleurs les « mauvais garçons » de notre époque par rapport à ceux à qui ils doivent historiquement leur nom : les brigands de grands chemins, les mercenaires, les lansquenets, les reîtres et autres auteurs de désordres qui ont ponctué les siècles de méfaits en tous genres.

L'equipée sauvage via rockabilly.blogspot.com


Bon, voilà pour les clichés !
Mais les clichés sont sources de fantasmes et le « mundovino » l’a bien compris — même ceux qui ne s’en réclament surtout pas ! — en adoptant des noms racoleurs ou provocateurs pour leurs vins. Attractifs pour le chaland en tout cas.
Nous y reviendrons d’ailleurs très très bientôt sur http://www.gretagarbure.com
Ainsi « Les jolies filles » et « Les mauvais garçons » ont-ils inspiré des négociants pour appâter une clientèle plus jeune sur un mode ludique.

  

« Les jolies filles », Côtes de Provence rosé 2012

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Ce qui est avéré 
: il a une robe pétale de rose… très fille !
Il se compose de 30% grenache, 55% cinsault, 15% syrah.
Il titre 12,5°.
Il coûte 6,90 €.
En vente sur www.vinatis.com, chez les cavistes (notamment à Paris et à Saint-Tropez) et dans les boutiques Aegerter à Beaune. 

Ce qu’il promet : le dossier de presse le présente comme un vin fin et élégant, acidulé, avec de la fraîcheur et de la rondeur en finale.
Il est conseillé à l’apéritif et pour accompagner les barbecues, la bouillabaisse — diantre ! —, le couscous et la salade de tomates au basilic. 

Ce qu’il donne : Que dire ?
Sinon qu’il est insipide, faible et bien plus acide qu’acidulé.
Voilà, n’en parlons plus.

Les jolies filles
Côtes de Provence rosé 2012
Winenot SARL (à Nuits-Saint-Georges)
contact@winenotparis.com

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« Les mauvais garçons », Vins de pays d’Oc

Les mauvais garçons se déplaçant en bande — comme nous l’avons vu plus haut —, cette fois, ce sont 3 vins proposés par Gabriel Meffre, avec sur chaque bouteille ce slogan : « Mais c’est qui cet Émile (ou ce Raoul, ou ce Max) ? Un vin sérieux qui ne se prend pas au sérieux » ! :

TRANQUILLE Emile_Chardonnay_2012                                                            COOL Raoul_Syrah Grenache                                                            RELAX Max_Merlot_2012

• Le blanc : « Tranquille Émile » 2012
  100% chardonnay – brut de cuve – bouchage synthétique
  12,5°.
Argumentation de vente : « Astuce/bon plan : Soirée entre filles,  sushi party, potins mondains (penser à caser les mômes !), accompagnée de ce blanc rond aux notes d’agrumes… Une pause TRANQUILLE ! » 

Notre avis : arômes classiques mais aucun caractère, acidité assez forte (plus que vivacité). 

• Le rosé : « Cool Raoul » 2012
  Syrah-grenache.
  12,5°.
Argumentation de vente : « Astuce/bon plan : Repas improvisé et épicé, plat chinois ou indien (penser à passer chez le traiteur !), accompagné de ce rosé expressif et fruité à souhait… Une soirée COOL ! » 

Notre avis : robe brillante couleur pelure d’oignon soutenue (ce qui veut dire trop), presque orangé. Assez neutre en bouche avec une très légère sucrosité.

• Le rouge : « Relax Max » 2012
  100% merlot du Languedoc – brut de cuve – bouchage synthétique
  12,5°.
Argumentation de vente : « Astuce/bon plan : Bonne bouffe entre potes, soirée pizza – karaoké (vérifiez les piles du micro !), accompagnée de ce rouge généreux et fruité… Un moment RELAX ! » 

Notre avis : assez vulgaire, à boire bien frais… si on y est obligé !

Les mauvais garçons
GMDF (Gabriel Meffre), Le Village à 84190 Gigondas
Prix de vente conseillé : 4,50 €
Enseignes Carrefour de proximité (City, Huit à huit, Marché +, Shopi), U-tile et U-Express.
www.vins-mauvais-garcons.com

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Notre conclusion

Déception donc — un peu attendue tout de même — pour ces vins de négoce qui jouent plus sur l’habillage des bouteilles que sur leurs contenus. Étiquettes qui se veulent humoristiques mais qui restent malgré tout un peu tristounettes.
Dommage car drainer un public jeune vers le vin est une démarche réellement enthousiasmante. Mais il ne suffit pas de les hameçonner en parlant le même langage qu’eux, encore faut-il leur donner à boire des vins qui soient vraiment gourmands et qui leur donnent envie d’en boire à nouveau.
Ce que savent faire des pays comme l’Italie, l’Espagne et l’Australie…

Blandine & Patrick

Dégustations

Corbières miraculées

L’AOC Corbières est la plus vaste du Languedoc mais aussi celle dont la réputation a le plus pâti de pratiques anciennes, de choix coupables et plus généralement d’un niveau moyen déplorable.

Il aura fallu environ cent ans pour installer lentement mais sûrement, une viticulture plus moderne, à la recherche non plus de rendements abusifs mais d’une qualité jamais encore approchée.
Aujourd’hui, on peut et on doit même boire ces magnifiques vins issus de parcelles reconquises sur la caillasse par le courage, la ténacité et la vision de quelques-uns. Les cépages anciens, très productifs et souvent sans réels potentiels ont été remplacés. Des vieilles vignes de carignan ont pu être sauvées in extremis de vastes campagnes d’arrachage. Elles donnent enfin des vins exceptionnels ou participent à des assemblages dont profitent les grenaches et syrahs plus jeunes.

Patrick de Marien © Blandine Vié

Patrick de Marien © Blandine Vié

Une fois n’est pas coutume (mais ne sera pas un cas unique), je veux mettre en avant la place importante qu’occupe une cave coopérative : l’excellente coopérative d’Embres-et-Castelmaure présidée par mon presque homonyme et visionnaire Patrick de Marien. Elle produit une trentaine de cuvées dont le niveau général est formidable, même si leurs noms semblent sortis de l’imagination d’un dangereux psychopathe (et c’est d’ailleurs le cas !). Vous pouvez lui faire une totale confiance, vous y trouverez forcément votre bonheur. Les bouteilles les plus ambitieuses (« Castelmaure n° 3 », « La Grande Cuvée »  ou « La Pompadour ») mais aussi les vins de soif (« La Buvette ») sont des récompenses, du bonheur en bouteilles à des prix serrés (de 5 à 20 €).
http://www.castelmaure.com

La Pompadour © Blandine Vié

La Pompadour © Blandine Vié

Il ne faudra pas oublier non plus les estimables mais plus traditionnels Celliers d’Orfée, auteurs de l’emblématique cuvée « Sextant » de belle facture, qui nécessite une longue garde de 5 ans minimum. « L’Infernale » et « Croix du Sud » sont également de très jolis vins
http://www.celliersdorfee.com

En fait, cette région regorge de bons gorgeons et de vignerons somme toute très fréquentables ! Et même en blanc, ce qui est moins connu. Deux propriétés dont j’aime particulièrement les blancs et dont j’apprends à l’instant qu’elles ont le même œnologue-conseil, le grand Marc Dubernet :

— Les « Vieilles Vignes » du domaine Roque Sestière sont ensoleillées par les arômes fruités du macabeu dominant. Dès sa sortie de cuve, c’est un délice et un cadeau (7 €).
http://www.roquesestiere.com

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— Au château La Voulte-Gasparets à Boutenac, le terroir parle. Patrick Reverdy (joli prénom !) a fait un superbe travail tant sur ses rouges que sur ce blanc 2012 que j’ai goûté récemment. Une élégante gourmandise, un vin droit dans ses bottes, épatant à l’apéro comme à table, pour un petit billet de 8 €.
http://www.lavoultegasparets.com

Sans jamais oublier les vins rosés mais sans non plus nous extasier exagérément, passons aux magnifiques rouges de l’AOC Corbières. La production moyenne présente une qualité qui ne cesse de grimper et dont on ne sait où elle s’arrêtera !

Outre dans les deux maisons susnommées, les belles bouteilles sont légion.

— Le domaine de Villemajou propose une très bonne approche des Corbières nouvelle manière, civilisée mais pas aseptisée, des tanins présents mais souples, de la cerise et des épices (10 € environ).
http://www.gerard-bertrand.com

— Le domaine des 2 Ânes nous oblige à hésiter entre toutes ses cuvées, séduisantes dans les trois couleurs à Peyriac-de-Mer. La densité, la puissance, la violence parfois, des vins à attendre pour un bonheur assagi.
http://www.domainedes2anes.com

— Le château Vieux Moulin dont il déploie « Les Ailes ». En 2010, une belle alliance de carignan, grenache et mourvèdre (j’aime beaucoup la syrah mais ça repose aussi de la boire séparément des autres !). Cette cuvée est la seule que j’ai goûtée mais la gamme me semble intéressante. À vérifier par vous-même, vous me raconterez.
http://www.vieuxmoulin.net

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— L’immense domaine Pech-Latt, 110 hectares plantés en agriculture biologique, vous offrira (non, là je plaisante !) une palette étendue de vins où le grenache tient bien son rang, sans surprise ni défaut. Mérite une visite à Lagrasse.
http://www.louismax.com

Non loin de là, toujours au pied de la montagne d’Alaric, dans le petit village de Moux (sitôt entré, vérifiez que vous n’en êtes pas déjà sorti !). Vous pouvez grouper vos achats car trois maisons bien différentes les unes des autres vous accueilleront (avec plus ou moins d’enthousiasme selon que vous aurez pris rendez-vous ou non. Normal !).

— Au château Mansenoble, vous tenterez d’obtenir du «nez » belge Guido Jansegers quelques flacons de la cuvée « Marie-Annick » à l’équilibre parfait.
http://www.mansenoble.com

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— Au château La Baronne (certifié agriculture biologique), la famille Lignères vous fera accéder à d’immenses vins dont malheureusement la majorité part à l’exportation sans prendre le temps de mieux se faire connaître chez nous. Le choc sera immédiat dès la première gorgée. Les prix sont plus élevés mais très justifiés.
Plusieurs cuvées monocépages de compétition :
 — Pièce de Roche : très vieux carignan,
 — Notre Dame : pure syrah,
 — Las Vals : un 100% mourvèdre à gémir
mais aussi des assemblages intelligents, superbes (Les chemins de traverse). En blanc, leur roussane est… riche !
http://www.chateaulabaronne.com

— Et puis le Prieuré Sainte-Marie-d’Albas. Aaaah ! le Prieuré Sainte-Marie-d’Albas, précédemment propriété de M. et Mme Gallibert, de saintes personnes elles aussi ! Vincent Licciardi entretient ma foi en ce domaine qui est mon coup de cœur depuis dix ans !

 — Un 100% Pinot Noir soyeux, à la minéralité exemplaire, 7,50 €,
 — Un Terre Rouge enivrant de plaisir, 7,90 €,
 — Un Clos de Cassis qui porte bien son nom, 11,90 €.
http://www.saintemariedalbas.com

Et puis d’autres, bien d’autres encore !

Demandez, questionnez, Greta Garbure vous répondra.
Proposez, évoquez, commentez, nous en parlerons ensemble.

Si vous souhaitez vous reposer avant ou après toutes ces dégustations, il y a un ravissant logis de France : « L’Auberge Côté Jardin », entre Lézignan et Moux. Il y fait bon manger, boire et dormir. La cuisine est juste et les chambres sont toutes neuves.

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Stitched Panorama
http://www.auberge-cotejardin.com
Tél : 04 68 27 08 19

Patrick de Mari

Dégustations

Les vins de J-M Dufouleur


Cette dégustation constitue le point d’orgue de l’interview de Jean-Marc Dufouleur que vous pouvez (devez !) lire dans la rubrique "Interviews" : http://gretagarbure.com/category/gueules-damours/interviews/

 

MOREY SAINT DENIS 1er cru "Les Monts Luisants" 2009 :

- Magnifique couleur dans le verre, qui vous appelle, vous interpelle: grenat, limpide, brillante. L’explosion des arômes fait presque reculer le nez. Au rugby, on dirait qu’on vient de prendre un "bourre-pif" ! La corbeille de fruits noirs semble trop petite pour les contenir tous: cassis, mûres, myrtilles mais aussi confiture de cerise d’Itxassou… En bouche, l’attaque est vive grâce à une acidité de bon aloi vu son jeune âge. Elle partage la vedette avec une structure tannique qui soutient bien l’importante matière qui fait des roulés-boulés sur la langue. Ce vin présente une fougue, aujourd’hui contenue, qui ne demandera qu’à s’extérioriser d’ici 4 à 5 ans jusqu’à…plus soif (c’est dire s’il en a encore sous la semelle!).

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MOREY SAINT-DENIS 1er cru "Les Monts Luisants" 2003
:

- La tenue commence à prendre des reflets très légèrement ambrés. Et puis le nez a vite fait de tenter un "demi-tour contact" digne du légendaire docteur Mias, tant la réduction se fait sentir. Là, on est dans les vestiaires après un match du mois d’août…! Mais il suffit de faire tourner le vin dans le verre pour l’aérer et la vilaine odeur s’évanouit aussitôt. On retrouve alors un fruité net, propre sur lui. L’alcool est présent (13,5%) mais la trame et le volume l’équilibrent. C’est un vin au moins aussi complexe que les règles du Board ! La bouche est à la fois kirschée et viandée, suffisamment pour faire hésiter entre un magret de canard sanguin et un faux-filet de la même couleur… C’est une magnifique expression du pinot issu d’un terroir riche. La finale est épicée comme un Clermont-Toulon au Grand Stade de France…à Saint-Denis !

MOREY SAINT-DENIS 1er cru "Les Monts Luisants" 2000 :

- Le maillot est d’époque et commence à faire son âge. Un peu délavé, plus vraiment gallois mais pas encore australien ! D’ailleurs, le match n’est pas encore fini pour lui. Il peut encore jouer une ou deux prolongations mais à son rythme. Le nez est animal, comme on l’aime quand on aime le pinot qui vit sa vie. Un petit manque de hauteur et de poids pour captiver la bouche du spectateur et capter les ballons en touche… Sa course sur le terrain est un peu latérale, on souhaiterait évidemment un pet de panache en plus dans une dernière relance audacieuse, à la Boniface… Parce que la race est là ! Il ne fera sans doute pas un beau vieux, lui non plus, mais sa maturité actuelle est belle et bonne.

La relecture du lendemain soir sur une échine de porc grillée et des pommes de terre sautées (comme les passes du même nom !) n’a pas inversé le score final de la rencontre:

- Le 2009 toujours aussi gaillard dans l’effort

- Le 2003 long et puissant comme un deuxième ligne

- le 2000, la mélée s’est un peu écroulée mais je crois que l’adversaire fatigué avait peut-être bien posé le bras sur l’herbe ou effacé l’épaule…involontairement bien sûr !

Morey Saint-Denis 1er cru « Monts Luisants » © PdM

PdM

Dégustations

Les schistes de Faugères


Là, on ne rigole pas ! Non qu’on n’ait pas d’humour par ici mais si l’on évoque les vins de Faugères, il y a, comme pour les lièvres, un point de passage obligé ! Sertie comme une pierre précieuse par Béziers, Narbonne, Carcassonne, Bédarieux et plus loin Montpellier, l’appellation Faugères c’est d’abord 7 communes et leurs hameaux qui se partagent 2000 hectares d’un terroir unique par la composition de son sous-sol : un peu de grès et de buttes calcaires mais essentiellement du schiste, du schiste et encore du schiste !

Schistes Faugères via unefemmedesvinstypepad.com
Depuis l’ère primaire, argiles et sables se sont accumulés et agrégés pendant des millions d’années. Compressés puis feuilletés, ces sédiments ont donné naissance à ces schistes omniprésents. Bien sûr, "je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître", ni Charles Aznavour, ni même Line Renaud, puisque c’est le surgissement des Alpes et des Pyrénées qui a soulevé ces formations schisteuses pour former aujourd’hui un splendide balcon qui domine la plaine.

Vignes en terrasses à Faugères

Ce sol, fracturé et drainant, permet l’alimentation de la vigne en profondeur et lui évite ainsi d’avoir les pieds dans l’eau (pléthore de raisins peu sucrés) ou de subir au contraire un stress hydrique (blocage du mûrissement des grappes). Ses cirques et coteaux culminent à 400 mètres ce qui participe également à la fraîcheur que l’on retrouve dans ses vins, puissants mais élégants à la fois.

Les cépages ? Eh bien, ce sont ceux du Languedoc, la Bande des Cinq que vous pouvez définitivement apprendre par coeur afin de briller en société, lors des dîners en ville: le grenache, la syrah, le carignan, le cinsault et le mourvèdre. Seuls ou à plusieurs, ils font aussi du rosé. Les blancs, moins présents dans l’appellation mais souvent excellents, sont issus de grenache blanc, de roussane, de marsanne et de vermentino.

La minéralité exemplaire du sous-sol, l’altitude bienfaisante, les pentes idéalement exposées ne sont rien si les hommes cochonnent leur instrument de travail, leur matière première en ne respectant pas la nature qui les entoure. Rendons justice aux vignerons de Faugères dont un tiers des surfaces est déjà en agriculture biologique ou en biodynamie, avec des rendements parmi les plus bas de France (33 hectolitres à l’hectare) ! L’environnement des garrigues étant maintenu, le ciste, le poivre blanc, les plantes aromatiques sautent au nez et aux papilles à la première gorgée !

Les Carasses © Patrick de Mari

Toujours retranchés au château "Les Carrasses" *, comme toute la semaine dernière, nous avons goûté la majorité de la production lors de  dégustations stakhanovistes ou de repas pris avec les vignerons et leurs bouteilles ! Notant que nos vins préférés se situent dans une fourchette de 6 à 25 € environ,  nous vous encourageons à aller visiter les domaines suivants et rencontrer si possible les belles personnes qui font ces vins remarquables.

- Brigitte Chevalier au domaine de Cébène http://www.cebene.fr

- Thierry Rodriguez http://www.masgabinele.com

- Didier Barral au domaine Léon Barral 04 67 90 29 13

- Frédéric Albaret http://www.domainesaintantonin.fr

- Catherine Roque http://www.masalezon.fr

et puis La Liquière, Le Clos de la Rivière, le Domaine Binet et Jacquet, d’autres encore, sans négliger les vins de la coopérative "Les Crus Faugères", bien tenue par Luc Salvestre, qui offre des rapports qualité/prix très favorables, notamment avec son emblématique Mas Olivier ! A l’occasion, vous demanderez poliment à un caviste local quelques bouteilles de Jean-Michel Alquier car celui-ci n’a jamais rien à vendre sur place. Dommage, c’est indéniablement un des tous meilleurs de cette splendide appellation-phare du Languedoc moderne !

Je vous avais promis de parler des "Corbières miraculeuses" ?

Ne relâchez pas votre attention, c’est pour bientôt et il y a du très bon !

PdM