Catégorie: P’tit billet d’humeur

P’tit billet d’humeur

Échos iconoclastes
et viniques (ta mère) !
3

On dirait que notre capacité d’écoute de l’Autre s’est aujourd’hui réduite à la mesure du zapping télévisuel. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais votre interlocuteur semble ne vous écouter que pour mieux rebondir par un « Ah bah ! c’est comme moi ! » ou un « Tiens, moi aussi ! », prélude à un copié-collé de votre dernière phrase, mais censé être évidemment plus drôle, plus extraordinaire, bien plus intéressant !

Alors que vous évoquez à mots choisis, avec sensibilité, toute l’émotion récemment procurée par un Puligny-Montrachet du Clos des Lambrays, « Ah bah ! c’est comme moi ! » dit aussitôt l’Autre con. « La semaine dernière, j’ai bu un Saint-Estèphe ou un Médoc, je ne sais plus, mais il était drôlement bon ! »

lambrays-puligny-cailleret-2002 via winenoodle.com

On peut s’autoriser un « C’est cela, oui… » consterné. Mais pas plus ! Surtout pas plus ! Sinon l’Autre pourrait bien surenchérir par un « Moi aussi, ça me rappelle… » ou « Comme dit Marcel, mon beau-frère… » !!!

Patrick de Mari

P’tit billet d’humeur

Quelques propos qui n’ont rien à voir
avec la gastronomie

Il fut un temps où j’aimais bien le free jazz et le message qu’il véhiculait (entre autres) : « Chacun joue ce qu’il veut et rendez-vous au point d’orgue ! » Je dois avouer que l’application de ce précepte dans les bureaux de la SNCF m’amuse moins ! « Moi, je fabrique des trains, toi tu construis des voies et des gares, après on voit si par hasard, ça peut fonctionner ensemble. »

Voies SNF via corto74.blogspot.fr

Et tous ces cols blancs ne sont toujours pas en taule !

On se préoccupe à juste titre des conditions de vie dans les prisons. Moi au contraire, je suis interpellé par le nombre de gens encore en liberté !

Je me souviens de la lecture édifiante du livre de souvenirs d’un célèbre ténor du barreau. Il rappelait qu’à l’époque, c’est-à-dire avant l’abolition de le peine de mort, on pouvait à tout moment, en toute circonstance du quotidien le plus banal, côtoyer sans le savoir, le bourreau officiel de la République !

Guillotine permanente via fr.wikipedia.org

C’était certes dans des activités généralement plus pacifiques que celles pour lesquelles il était mandaté et rémunéré. On pouvait ainsi faire la queue à la boulangerie sans savoir que le type derrière soi avait déjà coupé en deux 30 ou 40 de nos congénères…

Coupe-pain-cisaille via lacabaneduchasseur.com

Mais le pire, c’était de penser qu’à chaque démission ou départ à la retraite du bourreau titulaire, un appel à candidatures recueillait plus de 300 lettres d’hommes et de femmes enthousiastes à l’idée de trucider leur prochain… Et forcément frustrés, voire rancuniers de ne pas avoir été choisis, alors qu’ils se reconnaissaient toutes les qualités nécessaires !

Ça fout la trouille, non ?

Patrick de Mari

P’tit billet d’humeur

Échos iconoclastes
et viniques (ta mère) !
2

Il n’est pas utile de railler ces « sauvages » Américains qui mettent du cola dans leurs verres de Petrus ou se font des granités à l’Yquem, selon des anecdotes à l’authenticité douteuse.

Granité via cuisinebyh.canalblog.com
Car nous autres Français, de souches anciennes d’avant le phylloxera ou de greffages récents, nous sommes aussi capables du pire !

Moi, je veux bien tout ce qu’on veut. « On » a tous les droits, y compris d’avoir des goûts étranges.

« On » a évidemment le droit d’aimer boire un grand pomerol avec sa choucroute ou une "vendanges tardives" sur son entrecôte saignante…
Mais à condition de ne pas professer à voix tonitruante, péremptoire, que l’accord est idéal…

Pomerol Petrus via avis-vin.lefigaro.fr

Patrick de Mari

P’tit billet d’humeur

Échos iconoclastes
et viniques (ta mère) !

L’élitisme est exaspérant quand il se moque du populo qui n’y connaît décidément pas grand chose ! Et dans ce registre, rien n’arrête le bonobo (malheureux métissage obtenu par croisement entre une bobo et un snob, ou le contraire).

Bonobo via zmescience.com

Si l’on s’habille exclusivement chez TATI, ce n’est pas par coquetterie ou souci d’élégance suprême, tout juste pour se couvrir à moindre frais.
De même qu’on ne roule pas en DACIA d’occasion seulement pour pouvoir à loisir frimer sur les parkings de LEADER PRICE ! Et quand bien même…

Tati via justacote.com

Alors, que les critiques-journalistes-blogueurs du monde du vin fassent parfois l’effort (et avec le sourire si possible) de conseiller leurs meilleures trouvailles à partir de 3 ou 4 €. Celles-ci combleront — et convertiront peut-être — quelques buveurs d’eau impécunieux !

Patrick de Mari

 

P’tit billet d’humeur

Quand le whisky coupe du monde !

France-Allemagne via eurosport.fr

Voilà, nous y sommes : demain soir, l’honneur de la France sera vengé… ou pas.
Enfin, l’honneur… la France… n’exagérons rien !

En ce 8 juillet 1982, ce ne fut pas la guerre, il n’y eut pas mort d’homme. Malgré la tentative d’assassinat perpétrée par Harald Schumacher sur notre si gentil Battiston. Tout le monde se souvient de l’instant où Neil Amstrong a impeccablement posé le pied sans se casser la gueule depuis l’échelle de son LEM ! Eh bien, tout pareil, itou, kif-kif pour ce France-Allemagne de Séville. On se rappelle tous ce moment dramatique où le goal teuton a tout aussi impeccablement posé sa hanche droite sur la gueule du franzose en lui faisant sauter deux de ses plus belles dents. L’un était dans la lune, l’autre dans le cirage et le troisième dans un cynisme assumé.

schumacher-harald-vs-battiston-patrick via mathildekhlat.wordpress.com

J’avais été convié par le directeur général de France-Rail (filiale de la SNCF avec laquelle nous avions contracté des accords de commercialisation liés à l’événement). Le match était retransmis sur un écran géant dans une salle de la Maison de la Radio à Paris. J’étais à l’époque plus actif qu’aujourd’hui ! La preuve, je n’avais pas pris le temps de déjeuner et n’arrivais même que juste à l’heure du coup d’envoi, à 21 heures précises, c’est-à-dire trop tard pour profiter des petits fours et pains surprises roboratifs. C’est donc l’estomac doublement vide que j’abordais la rencontre, enfoncé dans un fauteuil club et cerné par un aréopage de célébrités sensiblement plus confirmées que moi. Des hôtesses uniformisées mais exceptionnellement prévenantes s’inquiétaient sans cesse des risques majeurs que j’encourais tels que déshydratation ou perte du goût de la vie… Sans aller jusqu’au tilleul-menthe, j’aurais dû choisir de m’imbiber dès le début du match avec du soft drink, du light, du pas prétentieux, quoi. Au lieu de ça, j’optais avec aplomb pour un single malt sur glace. J’étais dans ma période Glenfiddich.

Whisky Glenfiddich via glenfiddich.com

La mode n’autorisait pas encore les bouteilles de vin sur les plateaux d’apéritifs et d’ailleurs le virus pinardier ne m’avait pas encore contaminé ! Hélas, trois fois hélas, car la journée avait été particulièrement chaude et l’ambiance dans la salle ne l’était pas moins : la soif ne me quitta pas de toute la soirée ! Avais-je eu une parole aimable envers une des jeunes filles préposées au ravitaillement des gloires invitées ? D’autres craignaient-elles que mes mains inoccupées ne s’égarassent ? Toujours est-il qu’elles unirent leurs efforts afin que je n’aie pas besoin de réclamer quoi que ce soit. À vrai dire, leur collectif ne fut jamais pris en défaut. À chaque arrivée d’un nouveau verre compensateur, mon sourire se fit d’abord de plus en plus béat, puis bientôt figé en position publicité pour « Sufrice Dentiper Colphile à la Chlorogate »…!

Dentifrice colgate à la chlorophylle via metro.fr

Je conserve une vision à peu près claire de la première période de ce match.                  
Puis, la mi-temps me sembla ne durer que 3-4 minutes, juste le temps de faire le vide avant de refaire le plein.                   L’attentat sus-cité me tint heureusement éveillé… presque jusqu’à la fin du match…                       
Dire que les prolongations me furent fatales serait très exagéré. En effet, j’étais déjà cramé depuis bien longtemps !!!    
J’avais pu m’en apercevoir quand un haut dirigeant de Thompson avait eu la courtoisie de s’enquérir de mes impressions sur le déroulement de la partie. Il avait assez rapidement compris que mon opinion n’était pas assez tranchée pour pouvoir émettre plus intelligiblement un pronostic fiable…!                                                              
Une nouvelle égalité (3-3) au coup de sifflet final entraîna une longue pause dont les effets ne me furent pas que bénéfiques. La sollicitude des cantinières ne faiblissait pas bien que mes clins d’œil reconnaissants du début se soient peu à peu transformés au point d’avoir plus souvent les deux yeux fermés en même temps. Heureusement, les hurlements et vociférations du voisinage couvrirent opportunément mes ronflements.                   
Que dire de la séance de tirs aux buts qui n’ait été tant de fois relaté… par d’autres ? Euh… rien !                 
J’ai seulement conservé de ce match de football hitchcockien une forte détestation à l’encontre des sieurs Littbarski, Rummenigge, Fischer, et évidemment du Boucher de Séville…                           
Une éternelle reconnaissance envers Platini, Trésor, Giresse, et évidemment Battiston…                       
Beaucoup de compassion pour Maxime Bossis dont la fonction n’incluait pas de tirer un penalty…
Et du ressentiment contre Didier Six dont c’était plus le rôle.

Eh oui ! La vie est injuste ! Moi aussi ! Mais j’ai arrêté les boissons fortes !

Pour ce nouveau France-Allemagne, j’ai prévu de narguer nos adversaires avec un blanc de cette Alsace que nous leur avons reprise en son temps.      
Trimbach et Frédéric Émile seront mes coéquipiers. Avec eux, je ne crains plus rien, même pas la défaite !

Patrick de Mari