Déjeuners de presse

Si j’avais su, j’aurais pas venu !

Mais rien que pour la marrade,
je ne regrette quand même pas d’y être allée !

Presse et relations presses via hicetnunc-rp.com
Il y a des déjeuners de presse où l’on ne regrette pas d’être allé parce que le produit à découvrir est intéressant — mais si, mais si ! —,  la cuisine bonne — parfois même excellente — et l’ambiance conviviale à souhait. Un moment particulier où il y a une réelle alchimie entre la personne qui invite (vigneron, coopérative, producteur, fromager, industriel de l’agro-alimentaire, etc.), l’attaché(e) de presse qui défend le budget, le restaurateur qui reçoit et les journalistes présents. C’est rare, il vaut mieux ne pas être trop nombreux pour ça, mais ces moments presque magiques existent.

Il y a les déjeuners de presse où l’on regrette de ne pas être allé parce ça avait l’air vraiment chouette mais on n’a pas pu dégager assez de temps pour créer cette parenthèse dans un emploi du temps hyper chargé : période de bouclage, engagement ailleurs, réunion et tout le toutim ! C’est encore pire quand les copains vous racontent après… juste pour vous faire baver d’envie.

Il y a les déjeuners de presse où l’on n’irait pour rien au monde : on n’aime pas le produit mis en exergue, ou pas le resto où le déjeuner a lieu, ou pas l’attaché(e) de presse qui a ses têtes, etc. etc. On n’est quand même pas obligé d’aimer tout et tout le monde !

Il y a aussi les déjeuners de presse d’où l’on sort en ayant le sentiment d’avoir perdu son temps : producteurs imbus d’eux-mêmes, cuisine pas adaptée au produit, voisins chiants comme la pluie ou prosélytes, déception quant au produit lui-même, etc. etc. En plus, justement, il pleuvait ce jour-là ! Rageant !

Et puis, et puis…
Depuis une trentaine d’années que je vais ponctuellement à des déjeuners de presse, je pensais avoir tout connu ! Je veux dire tous les cas de figures ! Eh bah non ! Parce qu’aujourd’hui, c’était le pompon ! Tellement le pompon que je ne dirai pas où ça s’est passé ni pourquoi (pour qui) c’était ! Je ne suis pas pour la mort du commerce. Mais je vais vous raconter quand même…!

Rendez-vous était donné à 12 h 30 dans un restaurant parisien à la notoriété établie. Même si des pour et des contre. Disons seulement que le produit  à découvrir était un vin : 3 bouteilles précisément. Nous sommes une trentaine !
Première surprise : le nombre de « journalistes » du quatrième âge présents, plus connus pour leur appétit — aujourd’hui, les dentiers sont très fonctionnels ! — que pour leur plume ! Du genre avec qui s’engage ce type de dialogue de sourds :
— « Où écrivez-vous déjà ? »
— « Chère amie, vous m’en voyez désolée mais je n’ai plus de carte de visite sur moi ! »
Bah tiens !
L’attachée de presse — je ne suis pas parisienne, parisienne, parisienne… ! — a quelques décennies de retard. Certes, on ne peut pas toujours avoir des fichiers de presse parfaitement tenus à jour, mais là, c’est carrément l’exhumation de fossiles !
Y en avait même des que je croyais morts, dis donc ! C’est dire…
Mais passons !
Allons plutôt saluer la maîtresse de maison. On a déjà dû se croiser au moins une trentaine de fois — on a même fait un banc d’essai chez elle un jour, en petit comité — mais là, pas un bonjour, pas un sourire, juste une humeur de bouledogue qui n’a pas mangé de viande depuis au moins trois jours.
Tu parles d’un accueil ! Je n’ai jamais compris pourquoi certains commerçants étaient si peu aimables.

Bon, prenons quand même un verre et repérons quelques têtes amies.
Quelques embrassades, quelques poignées de main… mais pas le temps de s’installer — pour le moment, seuls les plus de 80 ans sont assis ! — qu’un serveur distribue des coupelles avec un amuse-bouche.
On parlotte avec les uns et les autres — non… pas les autres ! —, on se rassemble par affinités, l’apéro quoi ! Mais alors que nous venons seulement de délimiter la zone géographique où nous allons nous installer à quelques-uns, deuxième tournée d’amuse-bouche ! Cette fois, il s’agit d’un petit tronçon de cabillaud façon tapas. Un peu gros pour le manger comme ça avec les doigts mais à la guerre comme à la guerre ! On prend place.
Et là, stupeur, le poisson était en fait le premier plat qu’on nous a servi debout à la va-vite, sans nous prier de nous asseoir. Il n’est pourtant que 13 h ! Les langues commencent à se délier. On goûte le deuxième vin contenu dans un salmanazar (bouteille de 9 litres, soit 12 bouteilles normales). Pas de chance, il est bouchonné ! C’est léger mais quand même ! Impossible de goûter le vin dans sa vérité !
Tout le monde a pris place maintenant. De nouvelles assiettes arrivent, de petit diamètre : de l’agneau !

Agneau aux petits légumes © Greta Garbure
Mais nous n’avons pas de couverts, ni d’ailleurs de serviettes ! Nous interpellons le garçon qui nous demande, presque incrédule :
— « Vous voulez des fourchettes ? »
— « Euh ! Bah oui ! Et même des couteaux ! »
Les fourchettes arrivent, bon gré, mal gré.
On réclame les couteaux. Le serveur maugrée.
Ils finissent par arriver aussi, mais cette fois, franchement de mauvais gré.
Jugez un peu de la bonne volonté mise à nous satisfaire :

De l'harmonie des couverts © Greta Garbure

Nous pouvons enfin couper notre viande ! Très bonne d’ailleurs ! Mais froide !

Nous avons aussi demandé du pain mais la jeune femme auprès de qui nous avons fait notre requête nous répond un peu penaude :
— « Désolée, mais il n’y a pas de pain prévu avec ce repas ! »
Repas ?
Une grande première dans l’histoire de la restauration !

Nous goûtons le troisième vin.
Pour que vous compreniez bien, personne ne s’occupe du service du vin. Les bouteilles sont sur une table centrale et chacun se lève à sa guise pour faire le service à sa table. Et comme il n’y a pas de seaux-crachoirs sur les tables, on est obligé de les boire. Jusqu’à ce que je me paye l’audace d’en privatiser un sur les deux de la table centrale.

Côté journalistes, ce n’est pas mieux. Un peu plus loin, à ma droite, je remarque un vieux monsieur peu loquace qui n’a pas de verre. Gentiment, je lui propose d’aller lui en chercher un. Et voici ce qu’il m’assène :
— « Oh non ! Je ne suis pas du tout œnophile ! »
Je suis tellement interloquée que je n’ai pas le réflexe de lui rétorquer : « mais alors, qu’est-ce que vous faites là ? »
Je lui demande quand même sa carte. Il n’en a pas mais m’écrit son nom et son adresse sur le papier que je lui tends : Hubert de… Non, non ! Pas celui qui fait le buzz en ce moment !
Mais sous ses coordonnées, il a ajouté  avec superbe : « taper sur Google à mon nom » !
Je n’invente rien :

HdC © Greta Garbure

Comme quoi, on peut signifier à son entourage qu’on est né avec une petite cuillère en argent dans la bouche et accepter de manger sans couverts ! Quand la faim vous taraude ?
Finalement, il se lève et quitte la table quelques minutes pour revenir outré, un verre d’eau à la main pendant que nous, nous sirotons notre petit verdot !
— « J’ai demandé un Coca-Cola et on m’a répondu que ce n’était pas prévu dans la prestation ! »
Finalement, on lui en apportera un quelques minutes plus tard.
Mais je n’ai pas su si c’était un geste de courtoisie ou s’il l’avait payé sous le manteau !

Que dire de plus ?
Trois petits desserts sont arrivés en rafale, précédés d’une cuillère à soupe.
Peur de nos foudres ?

Bref, je n’ai rien appris sur le vignoble, j’ai mangé chichement à la vitesse d’un régiment de cavalerie au galop, j’ai été sidérée par plusieurs scènes que je n’avais jamais vues, ni du côté hôtes, ni du côté invités, mais en fin de compte, je ne regrette pas d’y être allée parce qu’à l’arrivée, je me suis bien marrée. Et puis, heureusement, j’avais un copain en face de moi !
S’il en était besoin, je tiens à préciser pour qu’il n’y ait pas de malentendu que je n’attends évidemment pas après ce type d’invitations pour manger. Mais si l’on me dérange, faut quand même que les règles du jeu soient respectées. Or là, à un moment, je me suis même demandé s’il n’y avait pas une caméra cachée tellement c’était improbable et gros !

J’ajouterai juste qu’on a eu droit à la même gueule de la restauratrice en partant.
Peut-être qu’il y a eu un litige au niveau du budget entre le commanditaire et le prestataire de services pour qu’on nous traite avec autant de désinvolture ?

Quoi qu’il en soit, il me semble que l’accueil est un atout primordial en restauration, non ?
Sans tomber dans l’obséquiosité, un bonjour, un sourire, c’est pas… sorcier(e) quand même ! Si ?

Blandine Vié

 

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10 Commentaires

  1. Mag

    C’est drôle, j’ai l’impression de reconnaître ce déjeuner de presse. En tout cas, il ressemble beaucoup à celui où je suis allée en novembre dernier et à la suite duquel je me suis jurée de ne jamais retourner. Entre les journalistes retraités pique-assiettes, la "chef" médiatisée insupportable qu’on entendait hurler dans sa cuisine, l’accueil indécent…, je me demande pourquoi le viticulteur y revient à chaque fois.

  2. christopheriedel

    Belle autopsie des reliquats d’un microcosme délétère et géronte… Qui n’a pas honte. Oui, il faudrait renouveller les fichiers de journalistes et d’ap… Résistants aux particules fines, mais en aucun cas à un bon repas. Discrimination ?

  3. Nadege

    hahaha ! Blandine j’adore ta plume ! Et je trouve tes réactions très saines ! Surtout continue de nous régaler de tes papiers. Tu es un de mes rayons de soleil :)

  4. Hélène Piot

    Merci Blandine pour l’indice laissé quant au restaurant… J’ai bien ri, d’autant plus que je partage ton avis sur l’endroit et la restauratrice hystérique. Mais si c’est bien le déjeuner auquel je pense, désolée en revanche pour l’attachée de presse, jeune, dynamique et pleine de bonne volonté, qui a hérité de fichiers hérités du XXe siècle. Qui sait, elle s’est peut-être fait imposer une liste de noms par le vigneron ? Ça arrive parfois.

  5. Anne-Laure Pham

    Wah la quintessence de geekisme ce coup de "Gougueule-moi"! :D
    Merci pour ce post bien rigolo. Les repas de presse, c’est heureusement beaucoup de plaisir et moins de cirque la plupart du temps ^^

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